HISTOIRE. Ponts, phare, villas : sur les pas de Gustave Eiffel en Bretagne

Il est mort il y a cent ans, le 27 décembre 1923, et un timbre postal vient d'être édité à son effigie. Si Gustave Eiffel est surtout connu pour la statue de la Liberté à New York, le viaduc de Garabit, et bien évidemment pour la tour parisienne, qui porte son nom, l'ingénieur a aussi laissé un peu de son empreinte dans la région. Petite balade en Bretagne, sur les traces de Gustave Eiffel.

Gustave Eiffel, industriel et ingénieur prolifique, a essaimé dans le monde entier ses constructions, des charpentes, des ponts, des gares, des phares, de multiples bâtiments, avec un trait commun, le métal. Son œuvre maîtresse, la Tour Eiffel, a été construite à la fin des années 1880 pour l'Exposition universelle de 1889, de Paris, dont elle est devenue le symbole. À l'occasion du centenaire de sa mort, cette année 2023, un timbre vient d'être édité à son effigie.

La villa Ker Avel à Ploumanac'h, repère de la famille Eiffel

Originaire de Dijon, Gustave Eiffel vivait à Paris, mais la famille a longtemps gardé des habitudes en Bretagne. L'ingénieur avait fait édifier en 1903 pour son fils, Albert, une résidence de villégiature sur la côte de granit rose à Ploumanac'h, la villa Ker Avel, dite la maison Eiffel.
Cette propriété, nichée au cœur des fameux rochers, est battue par les vents. Gustave y a beaucoup séjourné, y installant même une station météo. Toute la famille Eiffel y a passé de nombreuses vacances. La propriété a été vendue en 2016.

La passerelle métallique du domaine de Kermezen

Ce lieu de vacances en Bretagne, a permis au célèbre bâtisseur, de marquer de son empreinte les environs et notamment les Côtes-d'Armor. Le domaine de Kermezen à La Roche-Jaudy abrite par exemple une passerelle métallique, signée par Gustave Eiffel.
Elle a été érigée en 1874 à la demande du comte Joseph de Kermel, le propriétaire du château. Celui-ci souhaitait remplacer le pont de bois existant, reliant les jardins du château aux bois et champs situés sur la colline voisine. Un ouvrage aujourd'hui en très mauvais état et qui bénéficie de l'aide du Loto Patrimoine pour sa réfection.


Le Pont bleu de Frynaudour, pour faire passer la Vapeur du Trieux

Non loin de là, c'est un joli trait de couleur dans le paysage. Dans la région, on l'appelle le pont bleu, ou encore le viaduc du Leff. Conçu par Gustave Eiffel, le pont ferroviaire de Frynaudour, en treillis métallique, a été construit en 1893, pour enjamber la rivière le Leff et relier Guingamp à Paimpol. Un ensemble de 152 mètres de long sur quatre mètres de large. Frynaudour, comme "Fri-an-daou-dour" en breton, "Le Nez des deux Eaux" en référence à la confluence des rivières du Trieux et du Leff.

Ce pont de Frynaudour est un des points de passage de La Vapeur du Trieux, train touristique, tracté par une locomotive à vapeur, qui assure pendant la saison, de mai à septembre, des trajets aller-retour sur cette ligne.

L'incroyable épopée du phare de Moguériec

En s'enfonçant vers l'ouest, le phare de Moguériec est aujourd'hui l'emblème du petit port de Sibiril sur la côte nord du Finistère, mais ça n'a pas toujours été le cas. 

Après avoir été construit et assemblé à Paris, aux usines Sautter, selon les plans de Gustave Eiffel, le phare a d'abord été installé en août 1876 au bout de la jetée ouest du port de Honfleur, en Normandie. Le petit phare en métal a été peint à maintes reprises et en particulier par Georges Seurat, Félix Valotton, Raoul Dufy ou encore par Paul Signac.
Mais lors de la seconde guerre mondiale, la jetée est bombardée. Le phare est coupé du continent. Il sera démonté en 1948 et entreposé au Havre pendant des années. 

C'est en 1960, que le phare de Moguériec trouvera sa place définitive à Sibiril, après des travaux d'aménagement portuaire. Port de marins-pêcheurs, où on a successivement pêché la sardine, la langouste et aujourd’hui le tourteau. 
Après quelque 150 ans de service, le socle en béton du phare et sa structure sont fragilisés, des travaux de restauration ont donc été engagés par une association, créée en 2017 pour le sauver.

Le premier pont de Kérisper à La Trinité-sur-mer

Direction le sud, pour une petite escapade dans le Morbihan. Aujourd'hui disparu, il a été remplacé par un ouvrage en béton. Le pont de Kérisper emblématique, de la Trinité-sur-mer, se dresse au-dessus de la rivière de Crac'h, pour rejoindre Saint-Philibert.

Le premier pont, une construction Eiffel en acier, a été construit en 1901. Mais il est détruit en août 1944, lors du retrait des troupes allemandes. Ce sont alors, durant 14 ans, des bateaux passeurs qui se sont relayés pour assurer le passage entre les deux rives, avant la construction en 1958 du nouveau pont.


L'œuvre du temps sur le pont de Port-de-Roche

Le pont de Port-de-Roche à Langon, près de Redon, au sud de l'Ille-et-Vilaine, a été construit pour l’exposition universelle de Paris de 1867 et installé à cet endroit en 1868. C'est l’un des tout premiers ouvrages en acier réalisés au XIXe siècle. C'est aussi l'unique point de traversée, permettant de passer d'une rive à l'autre de la Vilaine, assurant ainsi le lien entre Langon et Sainte-Anne-sur-Vilaine.

Mais au fil du temps, la construction a montré de plus en plus de signes de fatigue, sa structure métallique est fragilisée et fait craindre un affaissement de l'ouvrage. Pour des raisons de sécurité, il avait déjà été limité au passage des engins de moins de 12 tonnes.

Après un dernier rapport alarmant, le Conseil Départemental a pris la décision, ce 11 février 2023, de l'interdire aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, ce qui a provoqué la colère des habitants et des agriculteurs, contraints d'effectuer un détour d'une vingtaine de kilomètres pour passer de l'autre côté. Des alternatives sont en cours d'études.

Le mystère de la "maison de fer" Ker ar Bruck à Crozon

Elle est posée sur les hauteurs devant la plage de Morgat à Crozon, dans le Finistère, et souvent appelée la Villa Eiffel ou encore "la maison de fer". Il est vrai que c'est une maison démontable, sans soubassement, en tôle galvanisée, construite en 1889 pour un Parisien, proche de la famille Peugeot.

Mais l'origine de cette villa, avec son clocheton, reste mystérieuse et rien n'atteste qu'elle soit l'œuvre de Gustave Eiffel. Elle est en effet conçue selon le système de construction par tôles embouties de Joseph Danly. Cette villa Ker ar Bruck pourrait être une réplique d'un pavillon de l’Exposition Universelle de 1889.

Une maison du même genre existe à Poissy, d'autres encore se trouvent en Amérique du Sud, au Pérou et au Mexique. 

La villa de Morgat est classée à l'inventaire des monuments historiques depuis 2004.