Féminicide. Marche blanche en souvenir d'Angélique et Eva : l'émotion des proches et des voisins à Saint-Brieuc

Une marche blanche en hommage à Angélique (22ans) et sa fille (3ans) a eu lieu ce samedi 28 janvier. Les proches et voisins se sont recueillis devant le lieu du drame à Saint-Brieuc. Le père de famille est soupçonné d'avoir tué sa famille avant de s'être suicidé.

Des roses et des ballons entourent une photo des visages de la petite Eva et de sa maman. La mère de 22 ans, Angélique, et la fille de 3 ans ont été tuées par arme à feu ce dimanche 22 janvier à Saint-Brieuc dans un appartement de la cité Waron, laissant une famille et tout un quartier en état de choc.

Une marche blanche et un recueillement

Ce samedi 28 janvier, entre 150 et 200 personnes se sont réunies pour marcher en souvenir des deux victimes. Fleurs et ballons en mains, le cortège a sillonné le quartier de Saint-Brieuc en partant de la place Nina Simone, pour s'arrêter devant l'appartement du 11 rue Célestin Bouglé et se recueillir.

Une marche à l'initiative de la famille des deux victimes. Devant les photos du sourire de la jeune maman et de sa fille, les proches de la famille sont encore dévastés.

"Eva, une adorable petite fille, sa mort nous a touchés" souffle une jeune femme dans le cortège. "Quand je vois le visage de la petite, j'ai mal" poursuit-elle, une rose à la main.

"Je suis venue pour le souvenir d'Eva et de sa maman" témoigne une femme prise par l'émotion. "Cela aurait pu être ma fille". 

  

Les voisins entendent encore les cris et les coups de feu qui ont résonné ce dimanche 22 janvier vers 16h.

"Je ne pouvais pas être à côté et ne pas venir, c'est trop horrible" témoigne un homme d'une cinquantaine d'années. "Quand j'ai appris le drame, j'ai cru que cela s'était passé aux Etats-Unis. Alors quand j'ai su que c'était à côté de chez moi..."

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L'incompréhension 

L'incompréhension est toujours présente pour les voisins de ce petit collectif d'une soixante d'appartements, qui vivaient près de cette famille en cours de séparation.

Le père de Eva et mari d'Angélique est soupçonné par les enquêteurs d'avoir pris sa carabine et d'avoir tiré sur sa famille. Les corps de sa femme et de sa fille ont été retrouvés gisant au sol dans l'appartement, avec des traces de plomb dans les boîtes crâniennes.

La mère d'Angélique présente au moment du drame, a également reçu des coups de feu au visage et dans la jambe. Elle est toujours hospitalisée à l'hôpital de Brest.

L'auteur présumé des tirs, âgé de 24 ans, est également décédé. Il aurait retourné l'arme à feu contre lui.

Un contexte de séparation

Selon les informations du procureur de Saint-Brieuc, le couple mixte franco-tunisien s'était marié en Tunisie en 2018. La jeune femme, originaire de Saint-Brieuc avait rencontré son futur mari, tunisien, en août 2016 sur les réseaux sociaux. Elle était encore mineure au moment de leur rencontre. 

Après recherche, le procureur signale que la victime avait effectué une plainte au commissariat de Saint-Brieuc en août 2018, pour des menaces. Plainte qu'elle avait retirée le mois suivant.

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Le procureur de Saint-Brieuc a précisé avoir fait une demande pour savoir si l'homme était connu des services de police tunisienne.

En France, l'auteur des faits travaillait pour le département des Côtes d'Armor, comme apprenti électricien. La jeune femme recherchait du travail.

Le couple était en cours de séparation depuis mi-décembre. La victime qui avait pris la décision de cette séparation, vivait depuis peu chez ses parents avec son enfant. Le couple n'avait pas encore lancé de procédure de divorce.

L'auteur des faits détenait un permis et une arme de chasse. Arme qui a été utilisée sur la scène du crime. 

Les victimes

La jeune femme de 22 ans était originaire de Saint-Brieuc, dans les Côtes d'Armor. La fillette était scolarisée en petite section de maternelle dans une école privée. 

La famille occupait un appartement dans cette résidence de Saint-Brieuc loué par l'association Sillage qui aide les jeunes à se loger au sein du parc Terres d'Armor Habitat. Depuis peu, l'homme vivait seul dans l'appartement, sa compagne étant repartie vivre chez ses parents.

François Aussanaire, l'un des dirigeants de l'organisme de logements sociaux, explique que la famille venait de se voir attribuer un nouvel appartement au centre-ville "en location directe cette fois. Ils devaient libérer leur précédent appartement ce lundi, dit-il. Le déménagement était en coursOn ne comprend pas ce qui s'est passé. Ce couple ne posait aucun problème et n'était pas repéré comme tel".

7 tirs à bout touchant

L'autopsie sur les trois corps effectuée à l'Institut médico-légal de Rennes a révélé que les tirs ont été effectués à bout touchant. L'enquête se poursuit pour définir avec certitude que l'homme décédé dans l'appartement est bien l'auteur des faits.

Sept cartouches percutées ont été retrouvées au sol dans le logement, précise le procureur, indiquant que l'homme a dû recharger à plusieurs reprises. L'enquête a révélé que le mari avait des munitions supplémentaires dans ses poches.

La seule personne survivante, la mère d'Angélique, actuellement en réanimation, sera prochainement interrogée. Son témoignage sera déterminant pour l'enquête de police.

De très nombreux voisins ont été entendus pour l'enquête, tous témoignent de cris d'enfants et d'une femme.

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Le procureur de la République de Saint-Brieuc, Nicolas Heitz, confirme, dès le dimanche soir, "que l'on est effectivement face à un drame familial. Du premier scénario, ajoute le magistrat, il semblerait que l'homme ait utilisé une carabine pour tirer dans un ordre que nous ne connaissons pas sur sa conjointe et sur leur fille".

Benoit Thibaut avec Gwendal Kerbastard