"J’avais peur des aliments, je ne pouvais plus manger". Les Anorexiques Boulimiques Anonymes réunis à Rennes

Ce week-end, les Anorexiques Boulimiques Anonymes sont rassemblés à Rennes. L’association a vu le jour en 2002 à Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor. Sur le modèle des Alcooliques Anonymes, elle propose des réunions hebdomadaires pour apporter aide et soutien à tous ceux qui ont un problème avec la nourriture.

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Elle a choisi de raconter son histoire sous le prénom de Camille, un prénom d’emprunt. C’est la règle dans l’association. "Toute petite, commence-t-elle, j’ai eu une relation particulière avec la nourriture. J’étais en surpoids et le médecin m’a mise au régime à 8 ans."

À l’âge des goûters et des bonbons, Camille a vécu l’expérience de manière incroyable." J’ai adoré le retour des personnes de mon entourage. J’étais valorisée. On me disait : T’es bien comme ça !" La petite fille en a conclu que c’était bien d’être mince !

À l’adolescence, Camille a alterné périodes de régime et périodes de laisser-aller. "L’été, je ne mangeais presque rien pour être menue et l’hiver, je me rattrapais." Et puis l’année de ses 16 ans, Camille a fait "le régime de trop". "Je n’ai pas réussi à l’arrêter". Elle voulait perdre 5 kilos. Elle en a perdu 25.

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"Le régime de trop"

À son arrivée à l’hôpital, elle ne pesait plus que 34 kilos. "Je ne m’alimentais plus du tout. Je ne voulais plus perdre de poids, mais j’avais peur de tous les aliments, je n’arrivais pas à manger." Pour la nourrir, l’équipe médicale lui a installé une sonde.

"L’anorexie est une maladie mortelle, soupire-t-elle. Le danger de mort est réel."

Malgré le suivi médical, Camille continue d’osciller entre anorexie et boulimie. Et passe des journées entières sans rien avaler, d’autres journées à tout dévorer.

Les Anorexiques Boulimiques Anonymes

Et puis, un jour, elle a poussé la porte des Anorexiques Boulimiques Anonymes. Un premier groupe avait été fondé à Saint-Brieuc en 2002, sur le modèle des Alcooliques anonymes. Un autre avait vu le jour à Rennes en 2005.

Camille a assisté à sa première réunion en mai 2007. "J’ai tout de suite su que j’étais à ma place, confie-t-elle. "On ne m’a pas dit, "tu as vu dans quel état tu es, il faut absolument faire quelque chose". Les personnes qui étaient là savaient ce que je vivais, elles sentaient, comprenaient".

Les personnes qui étaient là savaient ce que je vivais, elles sentaient, comprenaient

Camille

L’anorexie et la boulimie sont souvent liées. "On passe tour à tour d’une phase à une autre : on se restreint et puis, épuisée par ces restrictions, on dévore", explique Camille. En réunion, on se comprend parfaitement.

"On m’a proposé une marraine. Au début, je lui téléphonais tous les jours et même parfois plusieurs fois par jour se souvient-elle, et petit à petit j’ai réussi à réintroduire tous les aliments, j’ai repris des kilos et réappris à manger normalement".

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Réapprendre à manger

"Quand on est anorexique ou boulimique, on a la même relation avec la nourriture qu’un alcoolique avec sa bouteille, c’est pour cela que l’association fonctionne sur le même principe que les AA. Des réunions, un programme en 12 points, des parrains, des marraines."

"La seule chose différente, c’est la méthode. On suggère des "Plans de repas". L’idée c’est de pouvoir vivre comme Monsieur et Madame tout le monde, et donc de manger normalement. Dans nos réunions, on ne conseille et on n’interdit aucun aliment. On ne parle pas non plus de grammes de ci ou de grammes de ça, de nombre de calories, c’est à la personne de savoir de quelle quantité elle a besoin pour se sentir bien. Souvent, les gens qui viennent ont fait beaucoup de régimes, l’idée c’est de sortir de tout cela pour avoir un rapport normal avec la nourriture."

Pendant des années Camille avait cherché le moyen pour pouvoir s’asseoir à table sans trembler. "Ce qui me manquait, c’était une méthode concrète. Devant mon assiette, je n’avais pas de solution. Le fait d’avoir des témoignages de personnes qui s’en sont sorties, ça aide. On peut s’appuyer sur leur expérience. Quand j’ai entendu leurs témoignages en réunion, je me suis dit, je veux réussir à faire ce qu’elles font."

L'obsession de la nourriture

"Quand on est anorexique ou boulimique, on a une obsession pour la nourriture et certains aliments peuvent nous faire peur ou au contraire nous faire perdre les pédales, décrit Camille. Pour se soigner et retrouver une vie normale, une personne peut, par exemple, avoir besoin de manger de la quiche au fromage tous les jours pendant 6 mois pour que ce plat cesse de l’attirer de manière exagérée ou de lui faire peur."

Quand on n’a pas de problème avec la nourriture, on a du mal à imaginer pourquoi la personne ne peut pas manger un pain au chocolat

Camille

La jeune femme peut imaginer à quel point il peut être difficile pour l’entourage d’avoir un conjoint, un parent ou un enfant qui souffre de boulimie ou d’anorexie. "Quand on n’a pas de problème avec la nourriture, on a du mal à imaginer pourquoi la personne ne peut pas manger un pain au chocolat. Les parents ne savent pas quoi faire et c’est d’autant plus difficile que nous sommes des personnes qui faisons beaucoup de choses en cachette. Quand on est en période de crise de boulimie, on dissimule des paquets de gâteaux, des tablettes de chocolat."

Ce qui doit interpeller les proches, prévient Camille, "c’est la récurrence, quand quelqu’un refuse systématiquement de partager des repas, quand quelqu’un fait un régime et n’arrive pas à s’arrêter. Quand on voit que la personne n’a pas un rapport normal avec la nourriture."

Il existe une association Solidarité anorexique pour les parents et tous les mois les Anorexiques Boulimiques Anonymes ouvrent leurs réunions à tous ceux qui sont intéressés par la question des troubles alimentaires. "C’est l’occasion pour les proches de venir prendre des informations, des conseils."

L'arbre qui cache la forêt 

Aujourd’hui, Camille a retrouvé une alimentation normale mais elle continue d’aller en réunion chaque semaine. Pour aider les autres, mais aussi pour elle. "On dit souvent que la nourriture, c’est l’arbre qui cache la forêt. Quand on recommence à se nourrir, il y a encore tout un chantier émotionnel derrière. J’ai toujours eu des difficultés dans les relations avec les autres, des soucis pour m’intégrer dans les groupes, je suis anxieuse. En fait les Anorexiques Boulimiques Anonymes, c’est un programme de toute une vie avec la maladie.

 

Il existe deux groupes d’Anorexiques Boulimiques Anonymes en Bretagne. Celui de Saint-Brieuc se réunit le lundi soir à 20h, celui de Rennes, le mercredi soir à 20h30.

Groupe de Saint-Brieuc : 06 46 87 00 92

Groupe de Rennes : 06 49 38 11 30