"On attend d'avoir un suicide pour agir". En organisant une manifestation à Saint-Brieuc, Ewann, victime de harcèlement scolaire, veut aujourd'hui lutter contre ce fléau

Une manifestation pour alerter sur les dangers du harcèlement scolaire aura lieu samedi 16 octobre à Saint-Brieuc, organisée par une jeune association qui veut que la parole se libère. Son président Ewann a lui-même vécu des brimades quotidiennes, pendant 5 ans.

"Le harcèlement tue beaucoup trop de jeunes aujourd'hui". Ewann Delaunay, un Lamballais âgé de 17 ans et président de l'association Jeunesse France dresse ce constat. Il sait de quoi il parle. Du CE2 jusqu'en 5ème, il a été brimé tous les jours. "C'est très très long" dit-il. Au primaire, il est le garçon qui reste avec les filles. Il se fait insulter, mordre, taper. A cause de ça, il redouble son CM1. 

Au collège, ça continue. Les insultes fusent : "tafiole", "sale pute". La situation se tend. Ewann échappe à un coup de couteau grâce à l'intervention d'une surveillante. Deux jours après, une élève le frappe au visage. "J'étais en sang. Le collège n'a pas prévenu mes parents. Je suis rentré et on est allés à l'hôpital". Il déposera une plainte, classée sans suite. 

Les adultes peinent à répondre présents selon lui. Les enseignants minimisent : "c'est pour jouer" entendra-t-il. 

Libérer la parole

Ewann s'est senti soutenu par ses parents même s'il ne parlait pas beaucoup de ce qui se passait à l'école. "C'est ça qui est compliqué avec le harcèlement. En parler ça veut aussi dire prendre le risque d'être encore plus mis de côté". Il se rappelle qu'au collège après l'histoire du coup au visage, la situation s'est envenimée. Tout le monde s'est ligué contre lui. Aujourd'hui pourtant il l'affirme, il faut s'exprimer, pour éviter des drames. 

Après cette période difficile, il a vécu une scolarité plus sereine, en filière professionnelle, malgré les angoisses lorsqu'il se retrouvait dans une nouvelle classe. Il est pour l'instant salarié dans la restauration rapide mais va reprendre des études.

En septembre 2020, il crée l'association Jeunesse France avec David Pasquiou, Sara Palazzi et Coraline Deroulez, pour venir en aide aux jeunes victimes de harcèlement scolaire. Vingt bénévoles en font partie. Avec eux, il espère pouvoir devenir un soutien, organiser des groupes de parole, "en présence d'un psychologue agréé", insiste-t-il. L'association démarche aussi les établissements scolaires pour de futures interventions. 

On attend d'avoir un suicide pour agir

Ewann à propos du harcèlement scolaire

Un manifestation à Saint-Brieuc

L'association organise une manifestation à Saint-Brieuc samedi 16 octobre. Rendez-vous est donné à 14 h sur le parking du Carrefour de Langueux. Elle rendra hommage à Chanel, une adolescente de 12 ans vivant dans les Hauts-de-France et qui s’est suicidée le 30 septembre. Le cortège se rendra place du Général-de-Gaulle, devant la préfecture des Côtes-d’Armor.

Un numéro vert existe pour toute personne susceptible de rencontrer des difficultés en milieu scolaire : le 3020.

 

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