Vétérinaires de campagne, un métier en voie de disparition ?

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Vétérinaire de campagne. Vers des déserts vétérinaires ? ©S. Breton; C. Rousseau /FTV

Sur les 19.000 vétérinaires qui exercent en France, seul un tiers a choisi d’exercer en rural pour soigner les animaux d’élevage. Un chiffre qui ne cesse de diminuer, presque 15% de moins en 5 ans. Et moins les vétérinaires prêts à intervenir dans une étable ou un pré sont nombreux, plus ils doivent assurer les gardes, parcourir de longues distances, plus leurs tâches se compliquent. Vétérinaires et éleveurs s’inquiètent.

Élodie Prual attendait le vétérinaire dans la cour de la ferme. Une de ses juments a perdu son petit la veille et la seconde a perdu un peu de sang. "Est-ce qu’elle ne serait pas elle aussi en train d’avorter ?"

À peine descendu de voiture, Aurélien Lebreton enfile sa blouse et la suit dans la stabulation. L’animal se laisse examiner et le vétérinaire rassure. La jument ne semble pas souffrir, mais "une échographie est nécessaire pour vérifier que tout se passe bien." 

Petit à petit, l’éleveuse se détend. "Aujourd’hui, les vétérinaires mettent de plus en plus longtemps à venir, il faut parfois attendre 2 ou 3 heures. C’est long. Nos bêtes, c’est notre moyen de vivre. S’il arrive à en sauver une, c’est génial ! "

Un métier passion

Aurélien Lebreton rêvait d’être vétérinaire depuis tout petit, mais pensait se consacrer aux chiens et aux chats. Et puis, dans sa formation, il a fait un stage chez un éleveur et a découvert un univers passionnant. "Quand on échange avec un agriculteur, on parle entre professionnels. Ce n’est pas du tout la même relation qu’avec les propriétaires de matous ou de caniches, c’est très intéressant et très enrichissant, ils connaissent plein de choses. On se sent utiles ! "

Depuis son arrivée à Plancoët, Aurélien partage donc son temps entre les petites et les plus grosses bêtes. 

Un métier exigeant

Ce jour-là, il doit aller faire des prises de sang pour un suivi de troupeau sur des chèvres, ensuite, il y a une brebis qui n’est pas bien. Elle a de la fièvre. 40,6°. "C’est beaucoup !" s’alarme le vétérinaire. L’animal est couché dans le foin, ses pattes s’agitent en désordre. "Ça a commencé quand ? Elle a mangé quelque chose de particulier ? ", commence-t-il par interroger. L’examen clinique n’est pas plus rassurant. "Elle a un regard qui ne suit pas, cela ressemble à un problème méningé. Je vais lui faire une transfusion et lui administrer des antibiotiques, annonce le praticien, parce que là, vraiment, ça ne va pas". Le temps de raser une petite surface du cou de l’animal, Aurélien Lebreton s’agenouille dans la paille. 

Le métier est physique, cela fait partie des difficultés. Certains animaux pèsent plusieurs centaines de kilos, il faut pourtant les palper, parfois les déplacer pour les soigner. 

Une vache a pu se blesser dans un chemin ou avoir commencé à vêler tout au fond du pré. Le téléphone du vétérinaire sonne 24h sur 24. "Nous, nous sommes une grosse clinique donc on partage les gardes mais il y a des endroits où cela revient souvent", constate le jeune praticien. 

Des vétérinaires ruraux de moins en moins nombreux

Sur les 1 400 vétérinaires bretons, 504 s’occupent d’animaux d’élevage. Moins il y a de vétérinaires à faire du rural, plus la tâche est ardue pour ceux qui continuent l’activité. Les vétérinaires doivent aller plus loin, aller soigner des bêtes dans des fermes qu’ils connaissent moins. "Quand on a un appel pour un vêlage difficile et que le GPS nous indique qu’on y sera dans 1h et demie, on roule en pensant au petit veau qui en souffrance, c’est une sacrée pression", reconnaît Aurélien Lebreton. 

Le dernier week-end où il était de garde, deux vaches, dans deux élevages différents, ont eu besoin de lui à 6h55 et à 7h05 du matin. "Évidemment, la deuxième a dû patienter" déplore le vétérinaire. 

Il adore son métier mais il en connaît les difficultés."On le fait souvent par vocation, mais quand on commence, il y a des désillusions. On a envie de soigner mais on est aussi en contact permanent avec la mort et moralement, cela peut être difficile. "

On ne trouve pas de vétérinaires sous les sabots d’un cheval


Dans les écoles vétérinaires, le nombre de places a été revu à la hausse et l'accès facilité. Depuis la rentrée 2021-2022, il est également possible d’intégrer une école en post-bac via Parcoursup. Une première année de prépa est intégrée au cursus et est suivie des 5 années de formation. 160 places ont été ainsi ouvertes. 

Selon l’atlas 2022 de l’Ordre national des vétérinaires, le nombre total de vétérinaires a augmenté de 10 % en cinq ans.

La loi Ddadue de novembre 2020 permet aux collectivités territoriales d’attribuer des aides aux vétérinaires décidant de soigner des animaux d’élevage, dans des zones définies comme des déserts vétérinaires. Trois départements, la Creuse, la Corrèze et l’Isère ont débloqué des aides. En Isère par exemple, une indemnité de logement de 300 euros est offerte aux étudiants en stage. Une aide de 15 000 euros est proposée aux praticiens qui viendraient s’installer. L’activité vétérinaire auprès des animaux domestiques est plus rentable financièrement, les temps de trajet des vétérinaires d’élevage ne sont pas rémunérés et les tarifs pour les soins pour les chiens et les chats beaucoup plus attractifs. 

Une mission de santé publique


Car si les vétérinaires sont importants pour la jument d’Elodie ou pour la brebis de Gilbert, ils ont un rôle capital pour l’élevage dans son ensemble. "On a eu la grippe aviaire, la peste porcine est à nos portes, sans vétérinaires, ce serait la catastrophe",  explique Philippe Hénaff, président du conseil régional de l'Ordre des vétérinaires de Bretagne. "Les vétérinaires sont un maillage essentiel." 

Aurélien Lebreton est déjà reparti dans sa voiture. Quelque part, une vache l’attend. Puis sans doute une autre. La vie d’un vétérinaire de campagne !