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Crise porcine : la cotation de la dernière chance

Constatant l'absence de la Cooperl et de Bigard/Socopa,le président du MPB Daniel Picart a annoncé la suspension de la cotation prévue jeudi matin mais n'a pas écarté qu'une séance exceptionnelle puisse être organisée ce vendredi. 
La salle des cotations au Marché du Porc Breton (MPB), de Plérin (22).
La salle des cotations au Marché du Porc Breton (MPB), de Plérin (22). © M. Villaverde
Les éleveurs sont appelés à converger ce matin vers Plérin (22). Ils n'excluent pas, si aucune cotation n'avait lieu, de se rendre à Rennes, la capitale de région.

"Si Valls ne répond pas de la journée, surveillez vos portables car vous recevrez sans doute un SMS pour une mobilisation. On ne peut pas laisser les choses comme ça", a lancé Didier Lucas, président de la FDSEA 22 devant des dizaines d'éleveurs. 

Hier soir, environ 150 éleveurs ont lâché symboliquement une truie devant la sous-préfecture de Morlaix (29) puis bloqué la RN12 à quatre voies reliant Brest à Rennes. Un autre groupe, d'une centaine d'agriculteurs, a procédé à un barrage filtrant à Plounévez-Moëdec (22), à une vingtaine de km de Guingamp.

"Les producteurs sont essoufflés, plus qu'essoufflés d'un point de vue trésorerie", a ajouté M. Bloc'h, qui est aussi vice-président du comité régional porcin.

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a expliqué qu'il ne disposait d'aucun levier juridique pour forcer la cotation à reprendre sur le marché de Plérin, car il s'agit d'une association type loi 1901 dont seuls les adhérents peuvent prendre les décisions.

Il a toutefois affirmé que le patron de Bigard lui avait promis d'acheter cette semaine 90.000 porcs au niveau national, comme il le fait d'habitude, au prix revalorisé de 1,40 euros/kilo demandé par les éleveurs. Les porcs habituellement achetés par l'entreprise à Plérin seront achetés dans d'autres endroits.

En boycottant le marché au cadran tout en maintenant ses achats par ailleurs, "M. Bigard veut signifier que ce niveau de prix n'est pas tenable pour lui et pour son entreprise", a expliqué le ministre.

Deux entreprises "hors la loi"


"Aujourd'hui ces deux entreprises ont dévié du règlement du marché qu'elles ont signé" et elles "sont aujourd'hui hors la loi", a martelé le président du MPB Daniel Picart. "Dès demain ou dès lundi ce sont nos avocats qui vont discuter ensemble".

Le MPB représente 15% des ventes de porcs hebdomadaires, mais c'est lors de ses deux jours de cotation, le lundi et le jeudi, que sont fixés les prix de référence du porc au niveau national.

Les acteurs de la filière soulignent l'urgence de la situation, sachant qu'"un cochon prend un kilo par jour" et que son alimentation non prévue constitue un coût supplémentaire pour le producteur.

De leur côté, les industriels attendent de l'État qu'il leur permette d'être compétitifs à l'export en compensant les distorsions de concurrence qu'ils subissent vis à vis des concurrents européens, qu'ils dénoncent depuis des années.

Outre ces problèmes, Moscou a décrété, début 2014, un embargo qui continue de peser très lourdement sur le marché européen du porc.


Baisse des charges sociales


Le président de l'Union des groupements de producteurs de viande en Bretagne, Michel Bloc'h, a appelé vendredi le gouvernement à diminuer les charges sociales des entreprises de la filière porcine afin de les rendre plus compétitives face à l'Allemagne et l'Espagne.

"C'est un peu une guerre des nerfs qui se joue, mais pas avec des entreprises d'abattage qui ont quitté le marché, mais avec l'Etat qui refuse d'entrer dans le discours de la compétitivité", a déclaré M. Bloc'h sur RTL ajoutant que les éleveurs n'avaient pas reçu de réponse à leur demande de rencontre avec le Premier ministre Manuel Valls.

Il faut que "les charges sociales qui pèsent sur les salariés de l'agroalimentaire soient diminuées", a-t-il ajouté estimant qu'en attendant que l'Union européenne se penche sur cette question "il faut que l'Etat français aide directement les entreprises".

"Les coûts sociaux sont d'un rapport de 1 à 3 entre la France et l'Allemagne et entre la France et l'Espagne, on ne peut pas jouer sur un même terrain de jeu quand les règles sont différentes à un tel niveau", a-t-il poursuivi estimant que "c'est l'ensemble du secteur porcin qui est en grave danger aujourd'hui".

Les éleveurs porcins bretons ont appelé jeudi le Premier ministre Manuel Valls pour qu'il intervienne directement dans la nouvelle crise qu'ils traversent après l'annonce d'une deuxième suspension de la cotation jeudi au Marché du porc breton (MPB) à Plérin (Côtes-d'Armor).

Ce nouveau rebondissement de la crise agricole menace de s'étendre de nouveau à tous les secteurs de l'élevage.

Depuis jeudi matin une centaine d'agriculteurs, toutes productions confondues, sont rassemblés devant la préfecture du Calvados, à Caen, avec des remorques de déchets qu'ils menacent de déverser.
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