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Recycler, récupérer, fabriquer soi-même, privilégier le local, le bio, l’éthique, en gros moins consommer mais mieux, c’est une tendance de fond qui émerge depuis quelques années. Face au gaspillage, à l’obsolescence programmée, pour des raisons d’économie ou de santé, les Français sont de plus en plus nombreux à franchir le pas. Et la Bretagne n’échappe pas à la règle. Rencontre avec des Bretons qui ont choisi, pour leur plaisir, par nécessité, convictions ou besoins de se lancer dans l’aventure de la dé-consommation. Et s’en portent plutôt bien.

Café couture à Lamballe


C’est une boutique à taille humaine. Une mercerie de quartier installée dans une jolie rue piétonne de Lamballe. Il y a deux ans, Christelle Faramus a créé le café couture des Grands-mères après avoir travaillé pendant des années à Paris, dans la restauration.

Dans sa mercerie avec de beaux produits, tissus, laines, coton et au fond, un atelier ou elle organise des cours de couture trois fois par semaine. En deux heures, et pour une vingtaine d’euros elle propose à ses clientes de réaliser de petits objets utiles et pratiques : trousses, vanity, boite réversible, à la portée des débutantes. Ses clientes-essentiellement des femmes- ont souvent voulu se mettre à coudre au moment de l’arrivée de leur premier enfant puis ont mordu à l’aiguille. C’est le cas d’Anne-Laure qui grace aux conseils de Christelle a pu améliorer sa technique, elle qui dit-elle "partait de loin". Par plaisir de faire soi-même, mais aussi par souci d’économie ou pour redonner vie de de vieux vêtements, elles ont appris à dompter la machine à coudre et ont parfois transmis le virus à leurs propres enfants. C’est le cas de Cindy, une jeune maman qui vient aux ateliers avec ses deux filles. Melody, 9 ans, adore la couture et réalise de petits ouvrages avec une grande méticulosité.
 
Des boutons, à foison au Café couture / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Des boutons, à foison au Café couture / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Durant les ateliers, Christelle offre un café ou un thé et les clientes ramènent parfois des gâteaux. Un moment de convivialité qui fait aussi le charme et l’attrait de ces temps d’apprentissage. Au –delà des cours de couture, Christelle propose aussi du crochet et un samedi par mois, une matinée "tricote et papote". Elle espere pouvoir proposer des initiations à la broderie ou au punch needle. De quoi attirer de nouvelles clientes et faire vivre sa jolie mercerie.
 

Kits en stock


La couture et surtout le crochet, c’est aussi la passion de Christelle Marécaille. Il y a six ans, elle a crée son entreprise à Guidel dans le Morbihan : Chouette kit. Aidée de Riwanon, Christelle conçoit des modèles uniques qu’elle propose sur internet. Ses clientes peuvent ensuite acheter le kit contenant matériel et fourniture qui permettent de réaliser soi-même le modèle. Vêtements, doudous, sacs, objets de déco, il  y’en a pour tous les goûts, toutes les bourses et tous les niveaux de pratiques même si la plupart des modèles s’adressent plutôt à des couturières ou à des tricoteuses confirmées.
 
Des baleines tricotées mains / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Des baleines tricotées mains / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Chaque kit contient de quoi réaliser un ou plusieurs modèles avec un livret explicatif très pratique. Christelle privilégie les belles matières, du mohair, de la soie et des tissus type Liberty même si parfois trouver des fournisseurs en France reste compliqué.
 

Il n’y avait plus de filatures de laine ces dernières années, explique la créatrice, mais heureusement, ça revient et on est ravi de pouvoir travailler avec des marques françaises


Christelle propose six collections éphémères par an et une quarantaine de modèles permanents, ceux qui ont obtenu le plus de succès. Elle vend 10 000 kits chaque année avec des prix compris entre 15 et 100 euros. La petite entreprise de Guidel est devenue l’un des leaders du marché français sur ce créneau.
 
Dans le Morbihan et les Côtes-d'Armor, les cafés couture renouent avec le faire soi-même
Un reportage d'I. Rettig, C. Bazille, G. Poiron, T. Descamps / avec Christelle Faramus, mercière et couturière - Anne-Laure Hascoët, couturière "qui partait de loin" - Cindy Doux, "en quête d'idée" - Raffaella Cancelli, "couturière curieuse" - Christelle Marécaille, créatrice de "Chouette kit" - Rozenn Ferrec, cliente de Chouette Kit - Nathalie Boisseau, créatrice d' "Esprit cabane"

 

Un site internet et des ateliers


De Guidel, direction Pont l’Abbé dans le Finistère ou est installée Nathalie Boisseau. Depuis longtemps, Nathalie est convaincue que le "do it yourself", le fait maison ou fait soi-même a de l’avenir. Cela permet de limiter le gaspillage, de faire des économies ou de vivre plus sainement. Il y a six ans, cette ancienne journaliste a crée son site internet, le magazine des idées créatives et écologiques : une véritable mine de conseils en tout genre qui séduit un large public puisqu’il reçoit chaque mois la visite de 120 000 personnes.

Nathalie propose aussi des ateliers, pour apprendre à faire soi-même ses cosmétiques, ses produits ménagers ou de la gouache qui peut remplacer de la peinture industrielle.
 
Nathalie pendant un atelier peinture / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Nathalie pendant un atelier peinture / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Aujourd’hui le Do It Yourself - qui est surtout un Do it together (faire ensemble plutôt que seul) - a le vent en poupe. Pour preuve, on ne compte pas moins de 550 000 blogs consacrés à cela sur le net.
 

Ses meubles font un carton


La passion du fait main peu aussi permettre de créer son emploi. À l’image de Christelle Marécaille, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure pour vivre de leurs créations. C’est le cas de Jean-Michel Trédan, installé près de Lannion qui fabrique des meubles en carton recyclé. Cet ancien militaire de carrière a découvert les meubles en carton sur internet. Séduit par le concept, il a bricolé durant deux ans dans son garage pour mettre au point ses propres créations puis s’est lancé il y a deux ans en créant son entreprise baptisée : le "Cartonniste"
 
Le carton, dans tous ses états ! / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Le carton, dans tous ses états ! / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Aujourd’hui, le carton n’a plus de secret pour lui. Il récupère sa matière première auprès de magasins ou d’entreprises de la région et réalise avec d’innombrables pièces originales, sur mesure : tabourets, tables, fauteuils, étagères, buffet, le carton s’adapte à tout et permet de réaliser des meubles insolites et originaux. Et cela plait puisque le carnet de commande de Jean-Michel est plein. Il propose aussi des stages et des formations très demandées et à la portée de tout public afin d’apprendre à réaliser ses propres meubles.

Si Jean-Michel s’est installé à l’Objèterie, la toute nouvelle déchetterie-recyclerie de Lannion, il a un autre projet : trouver des locaux qui pourraient accueillir tous les artistes et artisans œuvrant dans le domaine de la récupération et du recyclage. Un lieu qui permettrait aussi de vendre les créations et de sensibiliser le public et notamment les plus jeunes au thème du recyclage, des déchets et de la protection de l’environnement. Malgré ses demandes, Jean-Michel n’a pour l’instant obtenu aucune réponse de la part des communes ou des collectivités mais il ne désespère pas de voir un jour son projet devenir réalité.
 
En Bretagne, quand le faire soi-même permet de se créer son propre emploi
Un reportage d'I. Rettig, C. Bazille, G. Poiron, T. Descamps / Alicia Simonin dite "Lili" , Lili Recup - Jean-Michel Trédan, Le Cartonniste

 

Des bijoux de papier


Lili elle aussi a crée sa petite entreprise avec ses bijoux artisanaux. Des bijoux qu’elle réalise essentiellement avec du papier cadeau usagé. Titulaire d’un master en écologie des zones humides, Alicia Simonin, dite Lili ne trouvait pas de travail. Alors elle a choisi une autre voie sur les conseils de proches qui appréciaient ses petites créations originales : des bijoux en matériau recyclé, bois ou graines. C’est ainsi qu’est né Lili Recup.

Dans son minuscule atelier aux murs couverts de bois, blotti dans un hameau de la campagne lambalaise, Lili conserve tous ses trésors : des stocks de papier cadeau, des enveloppes, mais aussi des bouteilles en plastique, des vinyles, du tissu ou des chutes de cuir qui lui servent à fabriquer boucles d’oreilles, colliers ou bracelets.
 
Lili dans son atelier / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Lili dans son atelier / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Lili vend ses créations sur les marchés de la région, dans quelques boutiques comme le magasin de créateurs qui a ouvert ses portes à Lamballe en novembre dernier. La une douzaine d’artistes et artisans proposent leur création : bijoux, vêtements, lampes ou objets de déco, autant de cadeaux originaux que l’on peut s’offrir à des prix plutôt raisonnables. Lili propose aussi des ateliers d’initiation notamment aux  enfants. Une jolie façon de s’amuser et de s’occuper pendant les vacances tout en étant sensibilisé à la gestion des déchets, un thème qui a toujours particulièrement intéressé Lili.
 

Récupérer pour créer et mieux consommer


Dans la thématique fait soi-même, les recycleries ne sont pas en reste. Elles sont de plus en plus nombreuses à avoir mis en place des ateliers ou salariés, bénévoles et parfois public font du neuf avec du vieux. Remettre en état d’anciens meubles ou en créer de nouveaux avec des matériaux de récup, venir apprendre à bricoler en profitant du savoir-faire des autres, c’est l’état d’esprit des Chiffonniers de la Joie à Morlaix. Cette recyclerie existe depuis 34 ans et est l’une des plus grandes de Bretagne : 900 tonnes d’objets collectées chaque année, 800 revalorisées et revendus dans un hall de 2000 m2, 12 salariés, 40 bénévoles et entre 200 et 300 visiteurs chaque jour, c’est un véritable succès. Mais dans l’un des bâtiments, on trouve aussi un atelier de menuiserie ou quelques bénévoles , comme Stéphane, un ancien graphiste qui s’est formé à la menuiserie, s’affairent autour de Christophe et Laurent, les deux salariés.
 
Chez les Chiffoniers de la joie, les meubles repartent pour une nouvelle vie / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Chez les Chiffoniers de la joie, les meubles repartent pour une nouvelle vie / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Le premier est charpentier de marine de métier. Le second est arrivé ici au terme d’un parcours de réinsertion professionnelle et tous les deux ont trouvé chez les Chiffonniers de la joie un terrain favorable pour s’épanouir. Heureux de pouvoir remettre sur pied non seulement des meubles mais aussi des personnes que la vie n’a pas épargnée. Dans l’atelier, ils restaurent, relookent, détournent des meubles dont personne ne veut et leur redonnent une seconde vie. Les meubles sont ensuite vendus dans la boutique, ou directement à des particuliers ou des entreprises. Pour Isabelle Ogès, la responsable des Chiffonniers c’est un atout supplémentaire pour l’association et surtout cela valorise le travail des Chiffonniers qui ont participé aux ateliers, leur redonne confiance et leur permet parfois de retrouver un travail au sein d’une entreprise.
 
Morlaix et Quimper : des recycleries pour récupérer, créer et mieux consommer
Un reportage d' I. Rettig, C. Bazille, G. Poiron, T. Descamps / avec Christophe Do, responsable de l'atelier bois - Stéphane Hébréard, menuisier bénévole - Isabelle Ogès, responsable des Chiffonniers de la Joie - Clément Le Fur, président de Zero Déchet Cornouaille

 

Tendance zéro déchet


En Bretagne, plusieurs recycleries ont lancé des ateliers soit d’insertion sociale ou professionnelle soit destinés au grand public qui peut ainsi venir apprendre à réparer un meuble ou  à fabriquer ses produits d’entretien. Des nouvelles pratiques plus écologiques, économiques et qui favorisent le zero déchet comme le prône justement l’association Zéro Waste France (Zéro déchet)  et toutes ses antennes régionales comme Zéro Waste Cornouaille. Cette année encore, comme en 2018,  l’association a lancé un nouveau défi "Rien de Neuf".
 

Le défi Rien de Neuf, explique, Clément Le Fur, son président, vise comme son nom l’indique à tenter de ne rien acheter de neuf cette année.


15 000 personnes de tous âges et de toutes conditions sociales ont participé à l’opération en 2018 et 15 000 sont d’ores et déjà inscrites cette année. "L’idée c’est de se demander si on a vraiment besoin de vêtements, d’ustensiles ou de meubles neufs alors que l’on peut en trouver d’occasion. Cela permet de faire des économies, de moins gaspiller et c’est bon pour la planète."

En France, la tendance à la déconsommation est en hausse car il y a aujourd’hui une prise de conscience des consommateurs qui ne veulent plus continuer à acheter sans réfléchir. Un seul exemple très parlant de notre mode de consommation irresponsable et polluante : selon l’ADEME, le seul secteur de la mode émet chaque année 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre soit davantage que les vols internationaux et le trafic maritime réunis (chiffres ADEME 2016, source La Croix). 
 

Rien que du vrac, une autre façon de s'alimenter


Dans le même ordre d’idée, les épiceries en vrac commencent elles aussi a recueillir un beau succès auprès des consommateurs. Plusieurs ont ouvert en Bretagne ces derniers mois à l’exemple de l’épicerie des Jeannettes à Morlaix. A l’initiative du projet, deux jeunes femmes, Chloé Chevalier, 26 ans et Pauline Remeur, 28 ans. Leur petit commerce a ouvert en décembre dans une belle maison du centre-ville de Morlaix et depuis la boutique ne désemplit pas. Dans la jolie piece ou se marie pierre et bois – avec du mobilier crée par les Chiffonniers de la joie - des pots en verre, des cagettes, des doseurs ou sont stockés les aliments. Les clients viennent avec leur sac en papier, en toile, leurs bocaux, leurs paniers et leurs cagettes. Une question d’habitude. La plupart des légumes, fruits, ou fromages sont issus de l’agriculture locale et souvent bio et même si les deux Jeannettes ont mis un peu de temps à trouver leur réseau de producteurs, les échanges sont fructueux. Elles organisent aussi des ateliers tous les mercredis.
 
L'épicerie vrac, acheter seulement ce dont on a besoin / © I. Rettig - France 3 Bretagne
L'épicerie vrac, acheter seulement ce dont on a besoin / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Dans l’épicerie des Jeannettes, on trouve aussi quelques produits en bouteille ou en bocaux comme les soupes ou les sauces de Babelicot. Cette petite conserverie artisanale de Brest transforme les surplus de production d’une dizaine de maraichers du Finistère. La petite PME a été créée en 2016  par un jeune couple d’ingénieurs agronomes, Eléonore et Benjamin Faucher, qui s’intéressaient de près à la cuisine, au bio et au local. Ils achètent les légumes à un prix inférieur au prix des légumes premier choix mais cela permet néanmoins aux maraichers de ne pas jeter et de rentrer dans leur frais. C’est le cas de Nolwenn Virot, maraicher à La Roche-Maurice entre Brest et Morlaix. Chaque année, il fournit a Babelicot 500 kg de courges qu’il ne pourrait pas commercialiser-en raison de défaut ou parce qu’elles sont un peu abimés- et presque autant de carottes. Les légumes sont  ensuite acheminés à Brest dans le laboratoire de Penn Ar Bio, un prestataire qui prépare des repas bios pour les cantines du département. Les salariés en insertion qui préparent les repas, pèlent et tranchent aussi les légumes destinés à la conserverie. Un gain de temps pour le couple qui élabore déjà les recettes, cuit les préparations, les met en pots et en carton et s’occupe de les distribuer en magasins bios ou dans des épiceries de la région.
 
En Bretagne : le circuit court et le vrac repensent l'alimentation
Un reportage d'I. Rettig, C. Bazille, G. Poiron, T. Descamps / avec Chloé Chevalier, épicerie Les Jeannettes - Eléonore Faucher, Babelicot - Benjamin Faucher, Babelicot - Nolwenn Virot, maraîcher - Pauline Remeur, Epicerie Les Jeannettes

Autant d’initiatives qui favorisent le local, l’équitable, l’anti gaspi ou le zéro déchet et qui aujourd’hui séduisent de plus en plus de consommateurs.