Bac en breton : les lycéens de Diwan remettent ça

Des lycéens frondeurs de Diwan qui ont rédigé leur épreuve du bac en breton / © France 3 Bretagne - B. Le Borgne
Des lycéens frondeurs de Diwan qui ont rédigé leur épreuve du bac en breton / © France 3 Bretagne - B. Le Borgne

L’an dernier, ils étaient 15. Cette année, ils sont 14 candidats au baccalauréat du lycée Diwan de Carhaix, dans le Finistère, à avoir rédigé leur épreuve de mathématiques en breton ce vendredi matin. Et ce, contre l'avis du rectorat.

Par Bleuenn Le Borgne


"Les lycéens basques, scolarisés en basque, sont autorisés à rédiger leur épreuve de mathématiques dans leur langue au bac. Pas nous. Ce n’est pas normal, nous demandons à avoir les mêmes droits", résume Sterenn Cueff, élève en terminale S au lycée Diwan de Carhaix, dans le Finistère. Comme ses camarades, elle étudie toutes les matières dans la langue régionale depuis l'école maternelle. Avec 13 autres élèves de sa classe, elle a rédigé son épreuve de mathématiques en breton ce vendredi matin. L’an dernier, 15 élèves du lycée avaient eux aussi composé en breton pour cette épreuve, malgré l'interdiction du rectorat.

"Nos revendications sont les mêmes car rien n’a changé", explique Sterenn Cueff.

En mai dernier, Emmanuel Ethis, nouveau recteur de l’Académie de Rennes, s’était déplacé au lycée Diwan de Carhaix. Les lycéens membres de l’association Bak e Brezhoneg y voyaient une occasion de lui faire part de leur demande. "Il a esquivé la question et ne nous a parlé que de la réforme du lycée qui entrera en vigueur dans deux ans et des contrôles continus que l’on pourra éventuellement rédiger en breton", déplore Sterenn Cueff.  "Pour les deux prochaines années, rien ne change", regrette-t-elle.
 

Les copies vont-elles être corrigées ?

Cet échange infructueux avec le recteur a conforté quelques élèves de terminale dans leur idée de reproduire le coup de force de leurs prédécesseurs, à l’occasion du baccalauréat. Mais contrairement à l’an passé, ils n’ont pas souhaité médiatiser leur action avant le jour J. "Pour nous protéger des pressions que l’on pourrait subir de la part du rectorat", disent-ils. Mais leur objectif est bien de relancer le débat sur le statut de la langue bretonne : "Nous souhaitons qu’elle soit reconnue officiellement", détaille Sterenn Cueff.

Les lycéens rebelles reconnaissent que ce combat a un prix. Leurs copies vont-elles être corrigées ? Vont-ils obtenir leur bac ? Mettent-ils leur avenir en danger ? Ils se posent évidemment les mêmes questions que leurs camarades frondeurs l’an dernier. Pour ces derniers, la consigne du rectorat avait été claire : seule les parties rédigées en "langage mathématique" devaient être corrigées, les parties écrites en breton ne devaient pas être prises en compte. Les lycéens de Diwan avaient retenu leur souffle jusqu’à la publication des résultats. Ce jour-là, à la surprise générale, les notes de maths des élèves frondeurs allaient de 3 à 17. Une de nos équipes était à leurs côtés à la découverte des résultats. 


Une manifesation le 29 juin

Aujourd’hui encore, le doute plane sur la façon dont leurs copies ont été corrigées. A l’été 2018, les lycéens ont créé l’association Bak e Brezhoneg et ont fait appel à un avocat pour défendre leur cause. Maître David Rajjou a alors exhumé un document susceptible de changer la donne : une lettre, rédigée en 2012 par le recteur d’Académie de Bordeaux, autorisant les lycéens scolarisés en basque à composer l’épreuve de mathématiques dans leur langue d’enseignement. Ce courrier prouvait qu'il y avait eu rupture d'égalité entre les élèves basques et bretons. L'association Bak e Brezhoneg a introduit deux recours auprès du rectorat en y joignant ce document. Si elle n'obtient aucune réponse, l'affaire sera portée devant le tribunal administratif.

Les nouveaux frondeurs auront-ils plus de chance que leurs prédécesseurs? Les prochaines semaines le diront. En attendant, ils invitent leurs soutiens à manifester à leurs côtés le 29 juin devant le rectorat, à Rennes.
"Bak e Brezhoneg est fier de vous inviter à une manifestation afin de pouvoir passer l'épreuve de mathématiques du bac et SVT du brevet en breton. Rendez-vous devant le rectorat de Rennes (96 rue d'Antrain) le 29/06/2019 à 10h30. Prenez votre Gwenn ha Du. Militons pour le breton!"

Les lycéens rebelles attendent désormais avec impatience leurs notes de mathématiques, le jour des résultats du baccalauréat, le 5 juillet prochain.
 

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