A Plouvien, des fresques du XVIe siècle découvertes à la chapelle Saint-Jean. "On a un trésor ignoré sous les yeux"

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Écrit par Carole Collinet-Appéré (avec Julie Jeunemaître)

Les travaux de sauvegarde de la chapelle Saint-Jean-Balanant à Plouvien recèlent de bonnes surprises. Des fresques ont été découvertes sous la chaux qui habillait les murs. Elles datent du XVIe siècle. Des restaurateurs sont à l'oeuvre pour les conserver.

Sous la charpente de la chapelle Saint-Jean-Balanant de Plouvien, dans le Finistère, Aude Rebours gratte les murs en douceur et avec minutie. Au fur et à mesure que le badigeon de chaux qui les recouvre disparaît, des dessins et inscriptions latines se dévoilent.

La restauratrice de peintures murales utilise un petit scalpel. Puis une seringue pour retirer la couche picturale qui sera ensuite recollée une fois l'enduit consolidé. L'opération, entamée depuis quelques mois, sera longue et délicate. "On va faire tout ce que l'on peut pour sauver l'ensemble de ces vestiges, dit l'artiste. Tout n'est pas en très bon état, c'est très fragile".

Des scènes datant du XVIe siècle

Le temps et l'humidité n'ont pas épargné ces fresques découvertes tout récemment, à l'occasion d'un vaste chantier de sauvegarde de l'édifice construit entre 1430 et 1443. "On voit ici deux personnages qui apparaissent peu à peu, montre Tristan Mahéo, lequel est en train de mettre à jour d'autres peintures sur un mur voisin. C'est usé et lacunaire mais on distingue bien les personnages représentés dans des costumes d'époque que l'on situe au XVIe siècle".

C'est trop tôt pour savoir ce que ces scènes disent

Aude Rebours, restauratrice de peintures murales

Ici des musiciens et leurs instruments, là une couronne de roi. Des scènes et des mots qui racontent une histoire pour l'instant encore difficile à décrypter. "C'est trop tôt pour savoir ce qu'ils disent, confirme Aude Rebours. On verra cela à la fin de la restauration cet été".

"Une chapelle liée aux familles nobles"

Pierre Jollé observe le travail de ces restaurateurs. L'enthousiasme se lit sur son visage. Il est membre de l'association Sant-Yan qui, depuis sa constitution en 1998, veille amoureusement sur cette chapelle. "On sait que ces fresques ont un intérêt historique et artistique, souligne-t-il. Il y a des écrits, datant du XVIIe siècle, qui disent que les murs étaient recouverts de peintures mais on n'en connaissait jusque-là pas la nature".

La chapelle Saint-Jean-Balanant est classée monument historique depuis 1913. Elle est le seul bâtiment qui subsiste d'un prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem, un ordre religieux catholique et militaire qui a existé de l'époque des Croisades jusqu'au début du XIXe siècle. "Elle a subi peu de transformations, note Pierre Jollé, hormis la construction de la sacristie en lieu et place du transept nord".

L'homme, féru d'histoire locale, rappelle encore que cette chapelle est "certainement liée aux familles nobles du secteur, les Carman, Marc'hec et Penmarch. Ces familles étaient reliées au Duc de Bretagne, Jean V"

Profane ou religieux ?

"C'est un trésor ignoré que nous avons là, sous les yeux" sourit René Monfort, lui aussi membre de l'association Sant-Yan. Il aimerait bien savoir ce que ces fresques racontent et s'interroge sur leur caractère profane ou religieux. "On va devoir patienter pour lever le mystère" confie-t-il.

Ces peintures méritent d'être vues par tous

Pierre Jollé, association Sant-Yan

Pierre Jollé pense déjà à l'après et aux visites publiques que l'association organisera. "Ces peintures méritent d'être vues par tous, affirme-t-il. La difficulté est qu'elles sont haut perchées, ce qui veut dire que les gens ne pourront pas en admirer les détails".
Alors, il imagine une série de photos et de vidéos à réaliser pour révéler toute la beauté de ces fresques, dans ses moindres aspects.

Rendre à la chapelle toute son histoire, un sacerdoce pour l'association Sant-Yan qui entretient les lieux depuis 24 ans. Outre ces travaux de conservation des peintures murales, c'est aussi la charpente de l'église qui sera entièrement refaite, ainsi que la toiture. Une restauration complète dont chacun pourra mesurer l'ampleur dès 2023.