Brest. Les intermittents du spectacle font entendre leur colère

Les intermittents du spectacle et d'autres professions ont organisé une action spectaculaire ce vendredi à Brest, à coups de percussions sur les flight cases et de fumigènes. La revendication principale, sur fond de restrictions liées à la pandémie : "non à la réforme de l'assurance-chômage".

Les intermittents ont embrasé la place de la Liberté dans une action symbolique
Les intermittents ont embrasé la place de la Liberté dans une action symbolique © Carole Collinet-Appéré/France Télévisions

Comme un symbole, ils l’appellent le "flight case Tour". Outil de travail des pros du spectacle, une « flight case », c’est cette valise très solide, montée sur roulettes, qu’on utilise pour transporter instruments et matériel audiovisuel. Ce vendredi après-midi, place de la Liberté à Brest, il s'est transformé en outil de manifestation. 

Brest, tête de pont de la mobilisation

Le mouvement est inspiré des collègues italiens, mais en France, ce sont bien les occupants du Quartz qui ont lancé l’initiative. 80 intermittents ont tapé sur des flight cases pour se faire entendre, en compagnie de cracheurs de feu et d’échassiers. Ils réclament l’annulation de la réforme de l'assurance-chômage et une deuxième année blanche pour conserver leur statut en pleine pandémie.

Le mouvement a été relayé dans 36 villes en France, dont Lorient, Quimper, Morlaix, Saint-Brieuc et Rennes en Bretagne.


Les soignants, les cheminots aussi

Les revendications, notamment l’annulation de la réforme de l’assurance-chômage, faisant écho à plusieurs corps de métier directement impactés par la COVID-19, des soignants, des cheminots mais aussi des militants pour les droits des femmes se sont joints au mouvement.

Tous ont pris la parole ce vendredi après-midi place de la Liberté.

Sentiment d’abandon

A Brest, les intermittents du spectacle occupent la salle emblématique du Quartz depuis le 11 mars. Parmi eux, essentiellement des techniciens, qui n’ont presque pas travaillé depuis plus d’un an.

"On n’a quasiment aucun espoir de reprise dans les mois qui viennent, explique Dan, régisseur pour des tournées ou des festivals depuis 25 ans. Je travaille notamment pour Les Petites folies, Faites du Bruit ou l’Ilophone. Même si ces festivals ont lieu cet été, ce qui n’est pas sûr, je vais devoir diviser par 4 les effectifs de techniciens, car tout est limité".

Pour ce pur Brestois, l’arrêt de l’activité est surtout difficile "parce qu’on est tous impliqués, les métiers du spectacle sont des métiers de passion. Là, on ne fait rien et on sait en discutant avec les producteurs qu’il n’y aura probablement rien, ou très peu, avant 2022".

Dan, régisseur intermittent depuis 25 ans
Dan, régisseur intermittent depuis 25 ans © DR

 

Une baisse de revenus préoccupante

Mais il y a aussi, derrière l’arrêt des concerts et festivals, un problème matériel pour des milliers d’intermittents. "En moyenne, ils ont perdu un tiers de leurs revenus. C’est dur. Personnellement, j'ai perdu encore plus, avec un seul concert en un an".                                                                                                                                                                       

Le régisseur brestois s’inquiète aussi pour la saison estivale 2022. "Chez les jeunes, qui n’avaient pas encore obtenu leur statut d’intermittent, beaucoup ont changé de métier. Ils n’avaient plus aucun revenu. Ils ne reviendront pas. A l’été 2022, on risque d’être en manque de techniciens pour assurer la tenue des concerts".

Des artistes en soutien

Certains artistes locaux, comme Miossec, David Crozon ou Benoît Fournier, alias Scholl, batteur du groupe Matmatah, sont venus afficher leur soutien aux intermittents du spectacle.
"La situation est vraiment préoccupante, confie Benoît Fournier. La culture n’est pas non-essentielle, la culture c’est la santé. Ce n’est pas dramatique pour nous, les musiciens, car on peut travailler en sous-marin, composer, écrire, et on est plus à l’aise financièrement. Mais pour eux, les intermittents, techniciens, c’est dramatique. Tous ces gens là existent, ils ont raison d’ouvrir leur gueule aujourd’hui".


La santé prévaut. Mais on devrait consulter les responsables de salles, de festivals, qui eux connaissent leur métier, et tenir compte de leur avis, de leur expérience. Là ce sont des gens qui ne connaissent rien à ce domaine qui prennent des décisions. C’est dramatique, c’est un déni de démocratie  

Benoît Fournier "Scholl", batteur de Matmatah

 

L’artiste travaille actuellement à un nouvel album avec son groupe, après une grosse panne d’inspiration lors du premier confinement il y a un an. Il comprend bien que les festivals et les concerts ne peuvent avoir lieu normalement.

"La santé prévaut, admet-il. Mais on devrait consulter les responsables de salle, de festivals, qui eux connaissent leur métier, et tenir compte de leur avis, de leur expérience. Là, ce sont des gens qui ne connaissent rien à ce domaine qui prennent des décisions. C’est dramatique, c’est un déni de démocratie".

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture covid-19 santé société