Témoignage. "Heureusement que ma mère m'a poussée à faire ce prélèvement ", Émilie, première Bretonne devenue maman après une greffe d'ovaire

Publié le Mis à jour le Écrit par Manon Le Charpentier

En janvier 2024, Émilie a donné naissance à une petite fille après une greffe de tissu ovarien. Atteinte d’un lymphome de Hodgkin à 25 ans, la jeune femme avait subi de lourds traitements et s’était retrouvée en situation de ménopause précoce, l’empêchant d’avoir un enfant.

Alix est née le 27 janvier 2024. Un "beau bébé de 3,6 kg" qui fait le bonheur de ses parents, Émilie, 33 ans et Florent, 35 ans, habitants de Plouzané, dans le Finistère.  

"Moi qui, de base, n’aime pas trop les bébés, je suis en extase devant ma fille, plaisante la jeune femme. Je suis très contente que ma mère m’ait poussé à faire ce prélèvement. Je suis la plus heureuse des mamans."

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Reportage de Manon Le Charpentier et de Régis Massini ©FTV

Le diagnostique, ça a été un coup de massue

Émilie

Patiente greffée

Avoir un enfant, c'était le cadet des soucis d'Émilie, huit ans plus tôt. La jeune Finistérienne n'a que 25 ans quand elle apprend qu'elle est atteinte d'un lymphome de Hodgkin, un cancer des lymphocytes, un type de globules blancs. "On n'avait aucun cancer dans la famille à l'époque. Le diagnostic, ça a été un coup de massue" confie-t-elle.

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La maladie est bien avancée, le lymphome en est au stade 4. Pour conserver ses chances de survie, la jeune femme doit subir de lourds traitements de chimiothérapie le plus rapidement possible. "J’ai pris mon cancer sous le bras, j'ai décidé de tout prendre en positif, raconte Émilie. Je n'ai pas trop pleuré, seulement une heure au début et une fois à la fin, parce que j’en avais ras-le-bol."

Après sa première chimiothérapie, les oncologues du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest lui demandent si elle souhaite suivre un protocole pour conserver sa fertilité. "Je ne savais pas quoi répondre. Heureusement que ma mère était là pour dire 'on ne sait jamais de quoi demain sera fait.' "

Pour prélever des ovocytes, il faut stimuler les ovaires et cela prend du temps

Pr Philippe Merviel

Chef de service gynécologique, obstétrique et de médecine au CHRU de Brest

Pour conserver la fertilité des patientes soumises à des traitements potentiellement stérilisants, deux solutions. "L'idéal est de faire un prélèvement d'ovocytes, explique Pr Philippe Merviel, chef de service gynécologique, obstétrique et de médecine au CHRU de Brest. Mais pour cela, il faut stimuler les ovaires et cela prend du temps." Du temps qu'Émilie n'a pas. Pour elle, c'est la seconde option qui est adoptée. "On m’a demandé si je voulais faire de la conservation ovarienne pour être greffée par la suite" indique la jeune femme.

J'ai fait ma ménopause en même temps que ma mère

Émilie

Patiente greffée

Le prélèvement est "très douloureux" se rappelle Émilie. Il est réalisé après sa première chimiothérapie car "il fallait aller très vite." S'ensuivent des mois de douleurs, d'états vaseux. La jeune femme essaie de vivre, de continuer à sortir, même si elle "chope tout ce qui passait par là". Six mois plus tard, la chimiothérapie est terminée, la bataille gagnée, mais Émilie garde des séquelles. 

"J'ai fait ma ménopause en même temps que ma mère, se souvient-elle. J'étais crevée. Ensuite, les cycles [menstruels] sont revenus, mais c'était très irrégulier. J’avais parfois mes règles pendant un mois et j'étais toujours très fatiguée."

Une première en Bretagne

Pour la soulager, une greffe de ses tissus ovariens lui est proposée. "Plutôt que de lui donner un traitement pour sa ménopause, cette greffe permettait de restituer une sécrétion hormonale naturelle", souligne Philippe Merviel. La greffe aussi est douloureuse. Toutefois, un an plus tard, en mai 2023, Émilie tombe enceinte. "Sur le moment, je ne peux pas vous dire si j’étais heureuse ou pas. C'était un vrai chamboulement." 

C'est aussi la première fois qu'une greffe de tissu ovarien permet à une Bretonne de devenir mère. "Les oncologues ont longtemps pensé d'abord à la survie de leurs patients et fait passer au second plan la préservation de leur fertilité, relate Philippe Merviel. La loi de bioéthique de 2021 est venue rappeler l'importance de cette préservation. Maintenant, c'est davantage dans les mœurs." 

C'est la seule technique pour conserver la fertilité des jeunes filles prépubères

Pr Philippe Merviel

Chef de service gynécologique, obstétrique et de médecine au CHRU de Brest

La première grossesse, suite à une greffe de tissu ovarien, a eu lieu en Belgique en 2024. En France, la première greffe est réalisée en 2006 et la première naissance a lieu en 2009. Suivront une cinquantaine d'autres grossesses dans l'Hexagone jusqu'à aujourd'hui.

"C'est aussi la seule technique qui permet de conserver la fertilité de jeunes filles prépubères quand elles subissent des traitements potentiellement stérilisants comme la radiothérapie ou la chimiothérapie" note Philippe Merviel.  

Cinq ans après les greffes, 55 % des ovaires sont encore actifs

Pr Philippe Merviel

Chef de service gynécologique, obstétrique et de médecine au CHRU de Brest

Des greffes qui ont des effets durables sur la fertilité, selon plusieurs études. "Cinq ans après les greffes, 55 % des ovaires sont encore actifs" observe le professeur Merviel. 

Au CHRU de Brest, trois autres femmes ont subi une greffe de tissu ovarien au dernier semestre 2023. Des protocoles entièrement remboursés par la sécurité sociale.  

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