Incendie dans les Monts d'Arrée : "Le feu cavalait à une vitesse !" Témoignages d'habitants et vacanciers, réfugiés dans la salle des sports de Sizun

Publié le Mis à jour le
Écrit par V. Chopin avec T. Paga et M. Le Charpentier

Sur les quelques 500 personnes qui ont dû être évacuées de leur logement à cause de l'incendie dans les Monts d'Arrée, 92 ont trouvé refuge dans la salle des sports de Sizun. Lit de camp, sandwich et proximité. Récits de ces "exilés climatiques" temporaires.

"Ma voisine a sonné à notre porte à 5h du matin pour me dire qu'il fallait évacuer." Joëlle Lofficial fait partie des 92 personnes qui ont trouvé un lit de fortune en fin de nuit, dans la salle des sports de la commune de Sizun.

Ce mardi matin, dans le gymnase, la Finistérienne a des petits yeux : "Je ne dormais déjà pas beaucoup avant, parce que j'entendais les passages des tracteurs et citernes à eau qui faisaient des allers-retours."

Comme elle, Philippe témoigne : "Ils ont frappé à ma porte à 4h du matin. Il y avait beaucoup de fumée quand même... Et puis après on est tous partis en convois, les gendarmes étaient dans le village."

"Notre patrimoine part en fumée !"

Aux abord du lac de Drennec, beaucoup n'ont pas fermé l'œil de la nuit. Depuis le lundi après-midi, le feu se propage dans le secteur des Monts d'Arrée : "J'étais en train de naviguer sur le lac, quand on a vu que ça cramait autour, raconte Renan De Launet.

Le jeune photographe connaît bien les lieux, il est monté sur la crète pour juger et saisir l'ampleur des dégâts. "C'est dramatique, c'est notre patrimoine qui partait sous mes yeux en fumée."

"On n'a jamais vu ça !" renchérit Jean-Yves Faujour, qui a lui aussi dû évacuer. "Le feu est parti du mont Saint-Michel et a continué jusqu'à la Croix cassée, avant de redescendre vers Sizun... Il avançait très très vite, avec le vent qu'il y avait ! Ca cavalait à une vitesse !!!"

Elus et Croix Rouge mobilisés

Si l'homme a les traits tirés, c'est aussi parce qu'en tant qu'adjoint au maire de Botmeur, il n'a pas arrêté depuis que l'incendie s'est déclaré : "J'ai évacué avec monsieur le maire sur le coup de 3h30, la nuit a été rapide oui" concède discret Jean-Yves Faujour.

L'élu n'est pas du genre à développer mais on l'entend échanger avec quelques administrés : "Je voulais te remercier." lui glisse une habitante elle aussi réfugiée temporaire dans ce gymnase au sol vert.

Le maire et ses adjoints ont passé la soirée puis une bonne partie de la nuit à prévenir les habitants. "Les habitants font preuve de courage, de résilience, je les salue parce que ce n'est pas simple" note le premier édile de Botmeur Eric Prigent. "Pas de passe-droit", lui aussi à dû fuir sa commune, mais "j'ai la chance d'avoir famille pas très loin, je suis donc hébergé chez eux." Ce mardi matin, il est quand même venu au gymnase, saluer le travail de la Croix Rouge, écouter et rassurer : "On espère que ça va se résoudre rapidement, que la vie reprenne ses droits."

Autour d'eux, les habitants délogés relativisent : "Moi je suis d'ici, j'en ai connu des feux dans les Monts d'Arrée depuis que je suis toute petite ! relativise Marie-Françoise. On a suivi les consignes. Aucune maison n'a été détruite, moi j'ai dormi, pas comme dans mon lit, mais presque", poursuit-elle avec le sourire.

"Moi, je suis avec mon fils, alors ça va" complète Denise, réveillée par les gendarmes à 6h ce matin. "On a laissé la maison, ça m'a un peu perturbé quand même, mais bon : on garde la moral même si c'est un peu pénible."

"En France je savais, mais en Bretagne, je ne pensais pas !"

A côté de tous ces habitants, une famille de Hollandais se fait discrète. Autour de deux lits de camps, en voilà qui passent d'étranges vacances avec leurs deux adolescents : "Nous sommes ici pour une semaine, dans une maison de vacances des alentours, explique Hank Stikfort, le père de famille. Nous étions en train de nager dans le lac quand on a vu les flammes. Il y avait beaucoup de fumée..."

"Comme je n'ai plus rien vu ensuite, je pensais que tout était réglé mais on s'est fait réveillé à 7h du matin par la police qui est venue nous dire qu'il fallait bouger et venir ici, dans ce gymnase" raconte le Hollandais qui tient lui aussi à relativiser : "Les gens sont très gentils ici, ça met du baume au cœur. Nous n'avons plus qu'à attendre de bonnes nouvelles pour repartir. Je savais qu'il y avait des incendies en France, mais en Bretagne vraiment je ne pensais pas ! C'est original comme expérience !" finit le touriste.

Près de 500 personnes évacuées

Depuis lundi soir, aucune victime n'est à déplorer, mais près de 500 personnes ont été évacuées par les pompiers et gendarmes. La plupart ont été relogés chez des proches, familles ou amis des alentours, mais d'autres ont été pris en charge : 200 personnes au total, dont six enfants, selon le préfet.

La salle a été armée par les bénévoles de la Croix Rouge. "Ceux qui voulaient dormir ont pu dormir sur des lits de camps. Ce matin, on a trouvé dans toutes les boulangeries du coin de quoi leur fournir un petit-déjeuner et un repas froid a été amené ce midi" complète Daniel le Saint, le premier adjoint de Sizun.

Dans la nuit de lundi à mardi, "la progression du feu sur le secteur a amené les autorités à évacuer la commune de Botmeur, les hameaux de Ti Beron, Roquinarc'h situés sur la commune de Saint-Rivoal et du hameau de Roudouderc'h situé sur la commune de Sizun" a précisé la préfecture. 

Deux centres d'hébergement ont été mis en place, à Sizun et à Landivisiau. La préfecture précise également que "l'odeur de brûlé perçue actuellement sur place ne doit pas entraîner d'inquiétude, elle est due aux conditions météo qui plaquent la fumée près du sol".

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