Dany Calofer, conseiller funéraire : "Je suis un lien, je suis un liant, je sers de passerelle pendant la cérémonie"

Dany Calofer est conseiller funéraire depuis plus de 20 ans. Ce qui était un job d'été au départ est devenu une vocation. Il raconte ce métier où la mort permet de célébrer la vie. 
 

Dany Calofer a toujours été conseiller funéraire. Il aime son métier fait de rencontres.
Dany Calofer a toujours été conseiller funéraire. Il aime son métier fait de rencontres. © P. Queyroux - France Télévisions
"Tout ce qui a trait à la mort, ça fait fuir. On est vraiment dans un rapport où l'on touche l'affect, et aussi le porte-monnaie. Nous accompagnons la famille et nous facturons. Les gens ne connaissent pas notre métier, ils ne veulent pas le connaître." Dany Calofer, conseiller funéraire résume son métier encore mal méconnu ou mal perçu. Les clichés ont la vie dure. "On nous colle cette image de croque-mort, avec le haut-de-forme, le mètre à la main. Il ne nous manque plus que le vautour alors que nous sommes dans des aspects techniques, administratifs, et, le plus important, humains" ajoute-t-il. 
 

Les gens n'attendent pas que vous pleuriez avec eux, ils attendent que vous les souteniez

Dany Calofer

Dany a débuté à l'âge de 19 ans. "C'était un job d'été et c'est devenu une passion." Au quotidien, il est d'astreinte une fois par mois, peut enchaîner des journées de 11 heures. "On n'imagine pas le temps que l'on passe sur l'administratif, c'est de longues heures de travail. La profession est large et complexe. On est en lien avec plusieurs autres métiers, le marbrier, le fossoyeur, des traiteurs..." précise-t-il.

Il prend le temps, avec les familles qu'il reçoit. Avec elles, il s'attache à retracer un parcours, à préparer une cérémonie. "La mort, c'est une famille, tout le monde n'a pas la même approche, le même regard. Avec tout ça, que peut-on faire ?" Il précise : "Ce n'est pas mon mort, la famille doit s'impliquer. Je me fiche de savoir que Mr X est né le 3 juillet 1951, ce qui m'importe c'est ce qu'il a été." 
 

Il ne faut ni tomber dans le pathos, ni dans le pathétique. Il faut que la cérémonie colle à la peau du défunt, au sens noble du terme. On accompagne une vie.

Dany Calofer

Dany Calofer éclate de rire pendant l'entretien. Il dit rire aussi beaucoup dans son métier. "Je ne ris pas de la mort, je ris de la vie" précise-t-il
Dany Calofer éclate de rire pendant l'entretien. Il dit rire aussi beaucoup dans son métier. "Je ne ris pas de la mort, je ris de la vie" précise-t-il © E. Colin - France Télévisions


Pendant la cérémonie, Dany se voit comme "un lien, un liant, une passerelle et un tremplin". À lui de gérer les passages musicaux, les discours ou toute autre marque d'hommage. Il en a vu passer : des musiciens autour d'un cercueil, une artiste peignant une toile en direct, des lâchers de ballons ou d'oiseaux. "Tout est possible." Il n'écrit pas à l'avance, préfère vivre dans l'instant. 


Des décès plus difficiles que d'autres


Dany se heurte à des décès plus difficiles que d'autres. "Le décès d'un enfant, c'est un drame parce que, d'une part, vous n'avez pas les mots. Inventer des mots est impossible. Là, je ne vous cache pas qu'effectivement, je ne suis pas bien. Le décès d'enfant renvoie à l'injustice. On faillit. On a nos limites dans ces moments-là."

L'épidémie de coronavirus a aussi laissé des traces. "Notre corporation a été très touchée. Pendant le confinement, il fallait expliquer aux familles que le nombre de personnes était limité pendant les cérémonies. Comment faire de tels choix ? Dans une famille nombreuse ?" lance-t-il. "Il y a eu une injustice. Les familles ont été dépossédées. Elles n'avaient plus accès au corps, à ce temps dédié nécessaire pour faire le deuil. On a encore plus aseptisé la mort."

"Il est important de voir la mort, autant pour les grands que pour les petits",
note-t-il. "Assister à une cérémonie, c'est se rapprocher de la réalité. On vit alors le deuil, on visualise la mort, avec ses proches." 

Une fois sa journée terminée, Dany se replonge dans sa vie à lui. Le temps du trajet en voiture devient un sas de décompression. Quand on lui demande s'il a parfois voulu quitter le métier, il répond en souriant : "Je ne sais faire que ça." 

 
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