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En Bretagne, comme partout en France, la passion pour la pêche loisir ne faiblit pas. La pêche en eau douce est toujours l'activité qui compte le plus d'adhérents en France après le foot. Et cette activité entre sport et détente a toutes les raisons de franchir le cap des nouvelles générations parce que pêcher c'est aussi renouer le contact avec la nature. De nos jours, les pêcheurs et leurs associations sont devenus des militants pour la santé de nos rivières et souvent les meilleurs amis des poissons qu'ils remettent à l'eau après la partie de pêche.

 

La pêche : un loisir pour tous


La pêche plait toujours aux jeunes, motivés par la curiosité d'essayer de comprendre ce qui se passe sous la surface de l'eau. Motivés aussi par un instinct chasseur qu'ils vont apprendre à maîtriser. Les enfants aiment le contact avec la nature et avec l'eau, toujours dangereusement attirante. Ils aiment aussi le mystère autour des poissons, moins visibles dans la nature que les oiseaux ou les insectes. En approchant le milieu aquatique, les enfants se forgent une culture écologique. Ils apprennent à observer. Ils vont découvrir que les poissons respirent dans l'eau, qu'ils s'y nourrissent et s'y reproduisent. Du moins si l'homme ne pollue pas la rivière et ne prélèvent pas exagérément ses richesses.
Avec un bon pédagogue, les enfants sont intéressés par la pêche / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Avec un bon pédagogue, les enfants sont intéressés par la pêche / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne

Mais l'apprentissage de la pêche a d'autres vertus éducatives pour les enfants : apprendre à canaliser son énergie, apprendre la patience, la persévérance, la discrétion et l'adresse... Et tout ça c'est plus facile si c'est un jeu.

Les adultes aussi ont beaucoup à gagner à pratiquer la pêche, car c'est un excellent moyen de lutter contre le stress. À regarder son bouchon sans se laisser distraire par ses pensées, le pêcheur accède à un état proche de la méditation, cette pleine conscience d'être présent au monde si recherchée par nos contemporains.
 

Moderniser l'apprentissage de la pêche et transmettre aux générations futures


Ces dernières années la Fédération d'Ille-et-Vilaine pour la pêche et la protection du milieu aquatique mène une politique active pour moderniser l'image de la pêche et la rendre plus accessible à tous. Elle organise des animations et soutient des professionnels qui font de l'enseignement de la pêche leur métier. Animateurs et guides de pêche sont détenteurs d'un Brevet professionnel jeunesse et sport pêche de loisir (BPJEPS pêche de loisir).

Sur le terrain, ce sont les Associations Agréées de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA) qui font vivre la pêche loisir. Ces associations ont un agrément préfectoral et s'engagent à faire respecter les réglementations de protection de l'environnement. Ce réseau d'associations veille donc en permanence sur les rivières et les plans d'eau qu'il entretient et même aménage avec les pêcheurs. Ce sont souvent eux, les pêcheurs, qui découvrent les conséquences des pollutions d'où qu'elles proviennent.
 
Des étangs aménagés pour chaque type de pêche et équipés de nombreux pontons / © France 3 Bretagne
Des étangs aménagés pour chaque type de pêche et équipés de nombreux pontons / © France 3 Bretagne


Les associations de pêcheurs qui pouvaient faire sourire il y a encore quelques années, participent aujourd'hui à la modernisation de la vie sociale et culturelle.

À Mordelles, au sud de Rennes on pratique la pêche en club. L'AAPPMA "la gaule mordelaise" a doublé ses effectifs d'adhérents parce qu'elle a élevé la pêche au rang d'activité éducative et de loisirs pour tous. Pour y parvenir, l'association a organisé l'activité sur toute l'année. Elle a mis en place l'encadrement et l'animations de stages, en particulier pour les jeunes garçons et filles qui peuvent en faire une activité extrascolaire. L'association, aidée par la fédération d'Ille-et-Vilaine, a aménagé un vaste terrain de plans d'eau pour sécuriser l'accès et la pratique de la pêche pour tous, à tout âge, y compris pour les personnes à mobilité réduite.
La pêche en eau douce en Ille et Vilaine #1
Un loisir pour tous

 

Passion, techniques et matériels - exemple : la pêche de la carpe


De plus en plus les pêcheurs passionnés aiment les pêches spécialisées. On ne va plus à la pêche, on va "à la carpe" ou "au brochet" ou tout simplement faire du "poisson blanc" (tous les petits poissons type gardon, ablette, goujon, brème...). Certain aiment changer de pêche à chaque sortie, d'autres ne se lassent pas de sortir de l'eau les mêmes poissons chaque week-end. On mesure, on pèse, on fait une photo et hop on le remet à l'eau ! Et pour les poissons blancs on les compte comme dans les concours de pêche.

Des lieux spécialisés

Du coup chacun a ses coins qu'il partage avec les copains. Certains étangs, certaines retenues ou certains biefs du canal ont de meilleures caractéristiques que d'autres pour un type de poisson. Il existe même des étangs privés où l'on entretien une spécialité. c'est le cas de certains étangs pour carpistes. On y trouve des carpes parfois de plus de trente kilos. Dans certains étangs chaque carpe porte un nom. À force d'être attrapées les carpes deviennent plus méfiantes ou refusent certains appâts. Les passionnés tiennent un carnet des dates de leurs prises, des caractéristiques du poisson et de l'appât avec lequel ils l'ont attiré. Exemple la recette de "bouillettes" de Momo :
  • 150g de semoule de mais (maizena)
  • 150g de semoule de blé
  • 100g de mégamix chénevis
  • 100g de farine de blé
  • 5 oeufs
  • 1 c à s de mega sweetner
  • 2 c à s d'huile complexe stand art spice
  • 2 c à s de curry
  • 10 gouttes d'huile essentiel Cinnamon Starbaits
  • 2 ml d' émulsifiant
Sur Internet les carpistes rivalisent de variantes.
 

Des matériels spécialisés

Et le plus incroyable c'est la variété et la quantité de matériels. Et ça c'est bon pour le commerce du marchand d'article de pêche. Chez lui on trouve les cannes et les moulinets par exemple pour pêcher "à l'anglaise" ce qui consiste à envoyer assez loin un bouchon grâce à un moulinet. le bouchon coulisse jusqu'à une butée réglable qui permet de pêcher à la profondeur souhaitée. Ce bouchon varie selon le poids de la plombée, la distance (visibilité), les conditions météo (stabilité) il en existe même de lumineux pour la nuit. Et bien sûr on prend un repère sur la rive en face pour pêcher au bon endroit (celui où on a envoyé l'amorce) et un repère sur le fil pour la distance. On peut aussi pêcher "au posé" la ligne est tendue au fond avec des "bouillettes" et du maïs. On dispose alors une "batterie" de cannes (2, 3, 4 !) en éventail avec des détecteurs électroniques de touche qui émettent des bip dés que la carpe file avec sa bouchée !

Les plus "mordus" passent la nuit sur place avec un bed-chair, sorte de lit de camp relevable en fauteuil, et de quoi s'abriter et faire un peu de cuisine et des boissons chaudes. Avec les vêtements, les bottes, les lampes frontales et la station de pêche (siège réglable avec pieds télescopiques) ça fini par faire un budget annuel conséquent.
 
Thomas Garin remet à l'eau un esturgeon / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Thomas Garin remet à l'eau un esturgeon / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne


Nous avons accompagné deux pêcheurs sur un étang à carpes (entre-eux ils disent le carpodrôme). Thomas et Jérémy restent raisonnables sur le matériel : ils préfèrent pêcher à "la longue canne". C'est une canne creuse de 9,5 mètre en carbone. À l'intérieur il y a un élastique et seulement un mètre de fil invisible entre le bout de cet élastique et le bouchon pour réduire la prise au vent et permettre un ferrage rapide. Quand un poisson mord, l'élastique s'étend et le poisson peut s'éloigner de la rive d'une quinzaine de mètres. C'est là que ça devient sportif : un levier de 9m50 avec quelques kilos de carpe au bout.
 
La pêche en eau douce en Ille-et-Vilaine #2
La pêche de la carpe, le marchand d'article de pêche et la carte de pêche

Finalement ce n'est pas la cartes de pêche qui pèse le plus lourd dans le budget. La fédération de la pêche souhaite que cette activité reste un loisir populaire et accessible à tous. Un enfant peut pêcher pour 6 euros par an.  De plus on peut aujourd'hui télécharger sa carte de pêche facilement sur cartedepêche.fr. Quant à l'argent des pêcheurs il est investi dans de nombreuses actions pour l'entretien et la surveillance des rivières mais aussi pour l'animation et l'information des pêcheurs.
Maison de la nature et de la pêche à Hédé-Bazouges - 35 - / © France 3 Bretagne
Maison de la nature et de la pêche à Hédé-Bazouges - 35 - / © France 3 Bretagne



 

La pêche du silure


La pêche est un enjeu économique : elle draîne un chiffre d'affaires de plus de deux milliards d'euros par an et s'adresse à 1,5 millions de pêcheurs français. Alors quand une commune dispose d'atouts à faire valoir, elle ne doit pas s'en priver. C'est le cas de Messac-Guipry qui étudie la possibilité de devenir une "station de pêche", un label dérivé du modèle des stations nature.

Une station pêche doit pouvoir proposer des hébergements et informer les pêcheurs sur leur activité préférée : proposer des parcours, les services de guides de pêche, des commerces spécialisés en fourniture de matériel de pêche... mais aussi tous les services que l'on propose habituellement aux touristes en restauration, campings etc.
  
Aurélien Sagarrosse et Antony Roullier posant à coté d'un Silure de 2m14 / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Aurélien Sagarrosse et Antony Roullier posant à coté d'un Silure de 2m14 / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne


La pêche au gros

S'il est bien un atout dont dispose la vilaine c'est d'offrir des "spots" de pêche pour les poissons carnassiers : la perche du pays et le brochet qui sont familiers de nos rivières, mais aussi des carnassiers qui au contraire ne sont arrivés en France que depuis une cinquantaine d'années comme le Sandre, le Black-bass ou Achigan à grande bouche, et enfin le plus gros d'entre-eux : le Silure.
 
Le guide de pêche fourni ses connaissances et son matériel / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Le guide de pêche fourni ses connaissances et son matériel / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne

Tous ces carnassiers ont en commun d'être des prédateurs qui se régulent y compris par cannibalisme. Dernier arrivé, le silure a trouvé sa place en basse Vilaine dans des eaux profondes et poissonneuses. Avec le temps on constate qu'il s'y nourrit surtout d'écrevisses américaines, une espèce invasive ! C'est de toute façon un opportuniste capable de manger des rongeurs, des poussins de poules d'eau (comme les gros brochets), et même des pigeons !
Résultat les plus gros dépassent les deux mètres et  sont capables de tirer un pêcheur et sa barque. Gare à rester attentif car il peut déséquilibrer un homme et le faire tomber à l'eau.

Mais pas de danger qu'il vous attaque, ce n'est pas un requin.
Mais il a cependant un point commun avec lui, un sixième sens : des ampoules de Lorenzini qui lui permettent de percevoir des champs magnétiques même infimes. Une sorte de sonar pour deviner ses proies même dans l'eau boueuse ! Pas mal pour un poisson préhistorique dont des fossiles attestent qu'il vivait chez nous il y a quelques millions d'années avant de disparaître et de ne subsister que dans les eaux du Danube.
Et c'est l'homme qui l'a réintroduit en Europe de l'ouest. Mais il a une préférence pour les fleuves comme la Vilaine dans ses parties profondes et poissonneuses car il lui faut beaucoup à manger; ses proies préférées font 300 ou 400 grammes !
 
La pêche du Silure à Redon






 

Anguilles et brochets : des espèces en danger de disparition


On a tendance à croire que la nature résiste à toutes nos agressions. Pas du tout.

Dans les années 70 l'agriculture productiviste prend son essor et décide d'un grand remembrement national. Nous avons tous en tête la disparition du bocage, de ses arbres et de ses talus pour agrandir les champs et tracer des chemins plus adaptés aux tracteurs et à leurs outillages.

 

L'homme menace la biodiversité


Mais ce n'est pas tout. Savez-vous qu'en Bretagne 80 % des cours d'eau ont été modifiés ? On leur a supprimé quelques méandres, on les a creusé, on a aplani les reliefs et remblayé les marais et les mares dans les courbes. On a surélevé au buldozer et drainé ces champs pour que l'eau gagne plus vite des rivières rectifiées aux débits plus rapides.

Même les têtes des bassins versant ont été touchés, ces petits ruisseaux lents et serpentueux qui filtraient l'eau en amont, servait d'éponge et régularisaient les débits jusqu'en été. 

Quand aux moulins, une fois désaffectés avec l'arrivée de l'électricité, ils n'ont plus ouvert leurs vannes pour faire tourner la roue chaque jour. Les retenues se sont alors envasées. Autour il n'y avait plus de débordement, d'inondation, alors les anguilles et les saumons ont du renoncer à remonter ces cours d'eau barrés.
Une pêche électrique annuelle pour comptabiliser scientifiquement les anguilles / © Marcè-André Mouchère / France 3 Bretagne
Une pêche électrique annuelle pour comptabiliser scientifiquement les anguilles / © Marcè-André Mouchère / France 3 Bretagne


Les poissons de nos rivières menacés d'extinction


Parfois on a fait des passes à poissons comme au barrage de Arzal. Mais on a considérablement modifié la nature et brisé les espaces naturels des poissons. Aujourd'hui le brochet est en danger parce qu'il ne trouve pas assez de zones de reproduction, de prairies inondables en hiver.

L'anguille est aussi en danger, elle dont les alevins viennent de la mer des Sargasses portés par le gulf-stream, parce qu'on la massacre au stade de civelle, à peine arrivée dans les embouchures de nos rivières.

Mais aussi parce que la pollution favorise les parasites sur sa peau et parce que la rivière est devenue un parcours d'obstacles. Elle qui pourtant était capable de traverser des prés humides et de remonter jusqu'à 800 kilomètres dans les terres pour trouver des territoires pour se nourrir; elle disparaît.
Elle qui a une résistance incroyable, capable de retourner à la mer 7 ou 8 ans après son arrivée une fois adulte, pour retraverser l'Atlantique et affronter des pressions énormes à 6 ou 7000 mètres de fonds, la voilà menacée par le réchauffement climatique qui pourrait ralentir les courants marins
Une partie de pêche au brochet en No-Kill / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Une partie de pêche au brochet en No-Kill / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne

 

Les pêcheurs entretiennent et restaurent les milieux aquatiques

Les pêcheurs ont une relation privilégiée avec les rivières. Leurs associations protègent l'habitat des poissons. Ils observent plus que d'autres l'état de santé des cours d'eau. Et les fédérations emploient des scientifiques pour contrôler l'évolutions des rivières et des populations piscicoles.
 
La pêche du brochet et sa reproduction, pêche électrique et comptage d'anguilles