Redon : violents affrontements pour empêcher la tenue d’une rave

Un jeune homme a eu la main arrachée et plusieurs gendarmes ont été blessés au cours de la nuit du 18 au 19 juin alors que les forces de l’ordre tentaient d’arrêter l’installation d’une free party à Redon.  

Redon, la rave a bien lieu
Redon, la rave a bien lieu © LOIC VENANCE / AFP

Ce devait être un hommage à Steve Maia Caniço, le jeune nantais décédé, il y 2 ans, le jour de la fête de la musique. Hier soir, des centaines de jeunes se sont rassemblés près de Redon dans une zone commerciale. 

Alertées par des rumeurs annonçant le tecknival sur les réseaux sociaux, les préfectures de Bretagne avaient pris des arrêtés pour interdire tout rassemblement musical festif. Rapidement, les gendarmes sont donc arrivés sur zone pour empêcher l’installation du son.

Très vite, l’ambiance est devenue électrique. Aux grenades lacrymogènes lancées par les gendarmes, les jeunes ont répondu par des pétards, des cocktails molotov, des boules de pétanque, et même, selon la préfecture d'Ille-et-Vilaine, des morceaux de parpaing. Cinq membres des forces de l’ordre ont été blessés, deux ont été conduits à l'hôpital.

Plusieurs raveurs blessés

Un jeune homme de 22 ans a eu la main arrachée. Ses amis l'ont évacué vers l'hôpital de Redon. Un autre aurait aussi été blessé. Deux ans après la mort de Steve, " ils ne tirent aucune leçon sur l'usage de la force" s'indignent les teufeurs.

Sur place, Armand, membre de la Coordination nationale des sons raconte qu'"en trente ans de tecknival, il n'a jamaus vu ça. Des blessés, il y en a plusieurs dizaines, explique-t-il, des traumatismes craniens, des gens qui ont les mollets ouverts par des éclats de grenade." 

Dans un communiqué, le collectif Maskarade souligne que les jeunes voulaient juste faire la fête, "tout cela pour avoir voulu danser." 

Une enquête a immédiatement été ouverte et confiée à la section de recherches de Rennes. Elle doit permettre de déterminer les circonstances exactes et l’origine de ces blessures.

Le collectif Maskarade explique qu’ils avaient choisi de s’installer dans la circonscription de Rennes pour justement dénoncer la politique du procureur de la République, chargé de l’enquête sur la mort de Steve Maia Caniço et de la rave du Nouvel an à Lieuron.  "Sa gestion des dossiers est l'exemple même d'une politique anti-jeunes et anti-fête. Une vision d'une société orwelienne que nous combattrons toujours avec cette même soif de vie, de joie et de liberté. Nous ne sommes pas la cause du problème, seulement une réaction à l'injustice et nous n'existerions pas si le choix avait été fait d'accompagner au lieu de réprimer et de mutiler !"

Armand complète, " on est d'accord, les raves, c'est interdit, mais ce qui s'est passé cette nuit, c'est inoui. Est-ce que la seule réponse à une jeunesse en manque d'espoir c'est de mutiler les jeunes ?

"Ils n'étaient pas là pour faire la fête, ils étaient là pour en découdre" affirme Pascal Duchène, le maire de Redon. Il est arrivé sur le site vers une heure du matin, "on entendait des tirs, il y avait même des feux d'artifice. C'était fou."

 

Un mur de son a finalement été installé et ce matin le tecknival a commencé. Plusieurs centaines de jeunes gens sont toujours sur place. 

Dans un communiqué, le procureur de la République de Rennes confirme que plusieurs interpellations ont eu lieu dans la matinée de ce 19 juin. Cinq personnes (pour la plupart sans antécédents judiciaires) sont actuellement en garde à vue pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique. La brigade de recherches de Redon cherche, en outre, à identifier les organisateurs de la free party. 

Redon, les pompiers ont installé un poste de sécurité sur le site
Redon, les pompiers ont installé un poste de sécurité sur le site © K. Veillard/FTV

Emmanuel Berthier, le Préfet d'Ille et Vilaine demande aux participants de cette rave de quitter les lieux rapidement. 

Les teufeurs semblent avoir décidé de s'installer et entendent faire la fête jusqu'à lundi. 

Peu avant 15h, une quinzaine de fourgons de CRS sont arrivés sur le site. 

En fin d'après-midi, la fête bat toujours son plein. Huit murs de son se sont petit à petit montés. "Le soleil est revenu, décrit Armand, il y a de la musique, de la joie, de l'amour. Les gens dansent et après cette nuit terrible, ils n'ont qu'une envie : faire la fête."

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