Au conseil municipal de Rennes, le procureur dresse le portrait de ces "nouveaux délinquants" qui inquiètent la ville

Ce lundi 29 mars, le conseil municipal de Rennes s’est réuni pour débattre notamment sur les problèmes de délinquance qui augmentent dans la métropole. "Une fois que c'est vraiment installé, c'est très compliqué de remonter la pente", a confié Philippe Astruc, le procureur de la République.

Philippe Astruc, le procureur de la république, était l'invité du conseil municipal de rennes ce lundi 29 mars.
Philippe Astruc, le procureur de la république, était l'invité du conseil municipal de rennes ce lundi 29 mars. © Manon Le Charpentier / France Télévisions

Depuis plusieurs semaines, Rennes est le théâtre de plusieurs faits divers violents : meurtre par arme à feu  dans le quartier de Cleunay, violente bagarre entre bandes rivales dans le centre-ville… En terme de violence, “il y a une augmentation très significative”, a confirmé Philippe Astruc, le procureur de la République. Il a rappelé les chiffres. En 2020, Rennes a connu 10 règlements de compte en lien avec des trafics de stupéfiants, contre 4 en 2019 et 2 en 2018. Face  à ces violences, Philippe Astruc a rappelé sa stratégie. “Il faut absolument identifier les auteurs de ces faits. Il faut une enquête approfondie, incarcérer les plus dangereux”.

En adoptant cette stratégie, “cela peut donner à réfléchir. Si une forme d’impunité s’installe, le phénomène va se développer. C’est la seule façon de contenir ce phénomène afin d’éviter que Rennes ne bascule (…) Une fois que c’est vraiment installé, c’est très compliqué de remonter la pente”.

Pourquoi les faits de violence augmentent ?

L’effet confinement joue. Avec la fermeture des frontières pendant le premier confinement, les stupéfiants sont devenus plus rares. Une situation entraînant naturellement des tensions au sein des groupes criminels. “Mais tout n’est pas lié au confinement”, a rappelé le magistrat. 

Pour Philippe Astruc, “la nouvelle génération a un rapport plus décomplexé avec l’usage des armes”. Et à la tête de ces groupes criminels, les jeunes sont de plus en plus nombreux. “Ce n’est pas rassurant, mais c’est une réalité”. 

Les faits qui se sont déroulés à Cleunay témoignent de cette réalité. Le 17 mars dernier, deux frères ont été visés par des tirs en pleine rue. Le plus jeune des deux a été tué, l’autre blessé à la jambe. Un règlement de compte sur fond de trafic de stupéfiants serait à l’origine de cette agression.

Des jeunes armés 

Lors de cette prise de parole devant les élus ce lundi, Philippe Astruc a dressé un portrait de ces nouveaux délinquants”, de plus en plus armés. Il a évoqué une saisie importante début novembre dans un appartement rennais avec beaucoup de stupéfiants, d’argents liquides et des armes de guerre. “C’est assez inhabituel pour Rennes”. Il a confié que les personnes impliquées dans cette affaire ont été incarcérées la semaine dernière. “Il faut du temps pour démanteler les groupes criminels”. 

Densifier la vidéosurveillance 

Après avoir évoqué la situation actuelle à Rennes concernant la délinquance, Philippe Astruc a été interrogé sur les décisions à prendre pour éviter que la situation ne se dégrade. Il n’a pas pu répondre à toutes les interrogations, faute de temps, mais a tenu a expliqué sa position concernant la question de la vidéo protection. “Cela ne permet pas de lutter contre tout type de délinquance, mais c’est un outil qui permet de savoir ce qui s’est passé. Ça permet de savoir combien de personnes sont en cause, qui a fait quoi. La justice n’est pas un tarif de groupe”. Nathalie Apperé, la maire de Rennes, a répondu que le “déploiement de la vidéoprotection (…) là où ça avait du sens” serait envisagé.

Responsabiliser les usagers de drogue 

Pour Philippe Astruc, la lutte contre la délinquance passe aussi par une politique de responsabilisation des usagers. Car à Rennes, comme partout sur le territoire national, les consommateurs de cannabis sont nombreux. Ils seraient 4 millions en France, un quart d’entre eux seraient des consommateurs réguliers.On a une demande importante de produits de stupéfiants. Face à cette demande, logiquement, on a une offre qui se structure de plus en plus afin d’y répondre”, a affirmé le procureur de la République.

A ce titre, il a rappelé aux élus rennais que depuis le 16 juin dernier, l’amende pour usage de stupéfiants est déployée sur tout le territoire. L’usage illicite de stupéfiants, constaté par les forces de l’ordre, est désormais sanctionné par une amende de 200 euros. En Ille-et-Vilaine, il y a eu 831 verbalisations depuis sa mise en place.           

Miser sur le travail en commun 

Agir du côté des trafiquants, ce n'est pas le plus facile. Le magistrat a comparé ces organisations criminelles à des petites moyennes entreprises (PME). “Ce sont des PME illégales et criminelles”. A Rennes, il y aurait une vingtaine de zones de ventes de produits stupéfiants.On a une assez bonne connaissance de la situation”, a-t-il ajouté. Depuis le 17 juin, le département est désormais doté d’une Cross : une Cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants. Un protocole signé avec la police judiciaire, la direction départementale de la sécurité publique, la douane et la police aux frontières. “Collectivement, on a su dépasser cette petite ‘gueguerre’ entre les services", aujourd'hui, l’ensemble des informations à ce sujet convergent vers la Cross. 

Désormais pour la suite, selon le procureur, il faudrait multiplier les moyens et efforts pour s’attaquer aux fournisseurs et grossistes. “Ce n’est pas en interpellant les petits guetteurs que l’on fait cesser le trafic de stupéfiants”.

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