Drogue. "C'est le vide qui permet au trafic de s'installer" Après la fusillade au Blosne, 200 habitants partagent un repas pour se réapproprier leur quartier

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Reportage de Romuald Bonnant, Lara Dolan et Thierry Bouilly ©FTV

Près de deux mois après la fusillade qui a éclaté dans le quartier du Blosne à Rennes dans la nuit du 8 au 9 mars 2024, 200 habitants s'y sont réunis pour partager un repas solidaire ce samedi 4 mai. Encore traumatisés, ils entendent recréer du lien et reprendre possession de leur quartier.

Une dizaine de personnes déplient des tables et des bancs ce samedi 4 mai sur la place du Banat, dans le quartier du Blosne à Rennes. Ils se préparent à accueillir près de 200 habitants pour partager un repas gratuit  :

"On veut que les gens se retrouvent ensemble, qu'ils puissent échanger entre eux sur ce qu'ils ont vécu, explique Grégory Rougé, membre de l'association Avenir, à l'initiative de ce dîner partagé. On voit que jusqu'ici les gens n'ont pas été très sollicités, il y a eu un peu d'abandon. Autour d'un bon repas, la parole peut se libérer."

C'est sur cette même place que deux mois auparavant, sur fond de trafic de drogue, une fusillade à l'arme automatique a opposé deux bandes rivales pendant plus d'une heure dans la nuit du 8 au 9 mars 2024. Une dizaine de personnes sont impliquées. Deux d'entre elles seront blessées.

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Ce samedi 4 mai, face aux journalistes, la plupart des riverains préfèrent ne pas raviver le souvenir de cette nuit de violence :  "Beaucoup d'habitants sont traumatisés, mais moi et ma famille, on se dit juste qu'on n'est pas les cibles de ces trafiquants", rassure une jeune femme, ravie de participer à ce repas.

Qui supporterait de vivre sans pouvoir protéger ses enfants ?

Hassan Batil

Vice-président de l'association Avenir

 

Vice-président de l'association Avenir, Hassan Batil est encore en colère contre l'injuste insécurité dont souffrent les habitants du quartier de son enfance : "Qui supporterait de vivre sans pouvoir protéger ses enfants ? Qui supporterait de vivre toujours dans le risque de recevoir une balle ou d'être violenté par quelqu'un d'autre ? Qui le supporterait ? Ce n'est pas normal !"

Alors que l'opération "Place nette" - une opération d'ampleur contre le trafic de drogue mise en place quelques semaines après la fusillade - touche à sa fin, l'association Avenir mise sur la solidarité et la convivialité pour aider les habitants du Blosne à réinvestir leur quartier et empêcher les dealeurs de se réapproprier le terrain.

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"Quand on a frappé aux portes, les gens avaient peur d'ouvrir, témoigne Hassan Batil. Cela montre le climat de violence qui règne ici. Nous, on a connu le quartier où les femmes, les enfants, les vieux, les jeunes investissaient les lieux, parce qu'il y avait une solidarité, il y avait de la vie. C'est l'absence de vie, le vide, qui permet au trafic et à cette violence de s'installer."

1200 personnes déjà réunies avant la fusillade

Ce repas a été préparé à bord du nouveau food truck solidaire de l'association, qui a été financé par le budget participatif de la ville. Hassan, Grégory et tous les membres de leur association souhaiteraient renouveler cet évènement régulièrement. Un premier dîner solidaire avait déjà réuni près de 1200 personnes quelques jours seulement avant la fusillade, au moment de la rupture du jeûne du Ramadan.

Un moyen de fédérer durablement les habitants et de reprendre la main sur leur quartier.