Callac, Carnac, Saint-Senoux ou Saint-Brévin, des actes de l'extrême droite qui suscitent émoi et interrogation

Alors que les partis de gauche organisent une grande marche ce mercredi 24 mai, en soutien aux maires victimes de violences, est-il question d'épiphénomènes ou d'une tendance de fond ? De Callac à Saint-Brevin, la Bretagne historique, où l'extrême droite est traditionnellement plus faible qu'au niveau national, a connu récemment des épisodes de tensions ou de violences attribuées ou revendiquées par l'ultra-droite.

Le politologue Romain Pasquier livre une première réflexion sur ce phénomène : "La Bretagne est une terre très modérée sur le plan politique, ce qui fait que ça reste une terre de mission pour le RN et pour tous les groupuscules qui gravitent autour à moyenne ou longue distance". Au premier tour de la présidentielle, Eric Zemmour n'a en effet pas dépassé la barre des 5% en Bretagne (4,91% contre 7,07 % au niveau national) et Marine Le Pen n'était arrivée qu'en 3e position, près de quatre points en dessous de son score national (19,53% contre 23,15%). 

Des événements inédits et des intimidations

Plusieurs événements en Bretagne et Loire-Atlantique ont récemment défrayé la chronique.  En mai, des parents du village de Saint-Senoux, près de Rennes, ont vu un atelier de lecture pour enfants animé par des drag-queens perturbé par un groupuscule d'ultra-droite avec des militants cagoulés.  "A l'âge où ces enfants ont besoin de repères et qu'ils sont justement en pleine construction, cette idéologie funeste de déconstruction ne doit pas leur être imposée !", avait dénoncé Virginie D'Orsanne, conseillère régionale RN de Bretagne.  

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Dans les Côtes-d'Armor, la municipalité de Callac, 2.200 habitants, a renoncé en janvier à l'accueil de quelques dizaines de réfugiés, après des pressions pesant sur des élus, visés par des menaces de mort et la multiplication de manifestations portées notamment par des partisans d'Eric Zemmour. Le parquet de Lorient a ouvert une enquête pour violence volontaire et entrave à la liberté d'expression après qu'un concert d'une organiste américaine n'a pu se tenir dans une église de Carnac à la suite d'une manifestation de catholiques intégristes proches de Civitas. Enfin, en Bretagne historique, à Saint-Brevin (Loire-Atlantique), le maire Yannick Morez a annoncé sa démission à la suite de manifestations tendues en raison d'un projet de transfert d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile (Cada) et d'un incendie ayant touché un pan de sa maison.  À Nantes, un acte de sabotage a empêché la représentation du spectacle "Fille ou garçon ?" pour enfants autour de la question du genre.

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Une extrême droite proche d'Éric Zemmour

"Leur stratégie est de faire des points de fixation, des points de polémique, des points de mobilisation pour essayer de créer sur la longue durée un ancrage de cette idéologie. Il y a des tentatives d'organisation de manifestations, des intimidations... Ce genre de mobilisation se voit plus en Bretagne, car jusqu'à présent ça ne se passait qu'à la marge", observe Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS.

Selon le politologue Thomas Frinault, à Callac ou à Saint-Brevin, il y a une "rencontre de deux types de public qui ne sont pas exactement les mêmes : les habitants riverains, peut-être moins politisés au départ, qui n'ont pas envie de ce projet parce qu'il est sur leur territoire", et "des gens extérieurs souvent au territoire, dans une version très politisée et radicale".  "Autour de Zemmour et de cette galaxie-là, vous avez quelque chose de beaucoup plus dur et qui a davantage recours à des intimidations et des actions violentes", estime ce maître de conférence en Sciences politiques à Rennes 2, qui constate une "forme de désinhibition" d'une partie de cette extrême droite proche de Zemmour dans ce temps de "l'après présidentielle". 

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Le milieu rural ciblé

La députée LFI d'Ille-et-Vilaine Mathilde Hignet observe quant à elle "une montée progressive de groupuscules d'extrême droite, y compris en milieu rural : c'est ça qui est assez marquant", évoquant aussi des croix celtiques taguées sur une antenne du Secours populaire et de la CGT à Rostrenen (Côtes-d'Armor). Dans un communiqué intitulé "Face aux exactions de groupuscules", le président de la région Loïg Chesnais-Girard (ex-PS), avait demandé de ne pas se laisser "leurrer par ces actes criminels et malveillants" alors que "la Bretagne est une terre rassembleuse, chaleureuse et protectrice".  

Avec AFP     

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