Chênes, platanes… La santé des arbres de nos villes peut désormais être suivie par satellite

Grâce au satellite, un géographe primé par le CNRS, une biologiste et une spécialiste de l'imagerie se sont penchés au chevet des arbres de la ville de Rennes. L'objectif : repérer, en complément de l'observation physique, les arbres qui ne vont pas bien, comme les chênes après la canicule. Une aide très utile pour les jardiniers.

Comment surveiller tous les arbres d’une ville ? Un géographe a trouvé la solution. Il utilise les données d'un satellite pour étudier les 125 000 arbres de l’agglomération de Rennes. L’expérience, réalisée avec une biologiste et une spécialiste des données spatiales, a commencé en 2021 et porte ses fruits. Les premiers résultats viennent de tomber.

" Grâce aux données du satellite Sentinel-2, qui passe tous les cinq jours au-dessus de la ville, nous savons maintenant si un arbre est fragilisé et souffre de stress ", explique Jean Nabucet, géographe à l’université de Rennes 2. L'ingénieur de recherche, récent lauréat de la médaille de cristal CNRS 2023 pour sa créativité et sa maîtrise technique, coordonne le programme Astress. Cet acronyme signifie "Evaluation de la santé des arbres urbains par télédétection".

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Surveiller l'ensemble du patrimoine arboré

Les jardiniers de Rennes observent régulièrement des milliers d'arbres, pour savoir s'ils sont en bonne santé, malades ou souffrant de sécheresse. L’agglomération finance le programme Astress pour avoir une connaissance ultra-précise de l'ensemble de son patrimoine arboré, que les jardiniers ne peuvent ausculter chaque jour.

Pour cette étude, la biologiste Cécile Sulmon du laboratoire Ecobio prélève des feuilles d’une centaine d’arbres, chênes d'Amérique, chênes pédonculés et platanes. Elle note leurs teneurs en chlorophylle et leur état de santé. Ce sont les arbres témoins. Karine Adeline, ingénieure de recherche à l’Onera, le centre français de recherche aérospatiale, étudie et transforme les données du satellite, qui vole à 450 km d’altitude. Dans ses images, un pixel correspond à un carré de 10 mètres de côté.

Le platane a souffert de la vague de chaleur, alors que le chêne s'est montré résistant. Cela nous a surpris !

Jean Nabucet

"L'étude montre que les arbres du centre-ville sont beaucoup plus stressés que ceux de la périphérie, explique Jean Nabucet. Contre toute attente, le platane a souffert de la vague de chaleur de 2022, alors que le chêne pédonculé s'est montré résistant. Cela nous a surpris !" Cette étude est la première sur autant d’arbres en milieu urbain. Cette étude originale, depuis la feuille jusqu'au satellite, fait l’objet de la thèse de Théo Le Saint.

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Les résultats de cette recherche, toujours en cours, seront utiles dès le printemps 2024 pour les jardiniers et les urbanistes à Rennes. Ils permettront de cibler les arbres fragilisés, et aussi d'anticiper les situations pour les différentes essences, selon les taux d’humidité et les températures locales urbaines. Cette nouvelle méthode d'utilisation des images satellitaire, pour aider la nature à respirer, sera utilisable dans n’importe quelle ville.