De la viande avariée chez Castel Viandes. Le lanceur d'alerte Pierre Hinard devant la cour d'appel des prud'hommes

Toujours dans la volonté d'être reconnu comme un lanceur d'alerte, et de faire annuler son licenciement, Pierre Hinard sera de nouveau devant la cour d'appel des prud'hommes de Rennes ce jeudi 15 février après une première audience en mars 2022. Débouté en 2019 par les prud'hommes de Nantes, l'ex-salarié de la société Castel Viandes veut obtenir justice.

C'est un énième épisode dans l'interminable affaire de la viande avariée, opposant la société Castel Viandes, basée à Chateaubriand, à son ex-salarié Pierre Hinard. En 2008, alors qu'il est salarié dans l'entreprise d'abattage et de découpe de viande, il constate des faits de "maltraitance animale" et de "fraudes mettant en péril la santé des consommateurs"

Ne pouvant fermer les yeux, il décide de dénoncer les pratiques de Castel Viandes, le début d'un combat qui dure depuis plus de 15 ans maintenant. La société, qui fournit à l'époque des chaînes de restaurants rapides et des grandes marques de distributions françaises tels que Auchan, le licencie dans l'immédiat. Accusé d'inventer des rumeurs infondées pour se venger, Pierre Hinard est blacklisté du secteur de l'agroalimentaire et va même jusqu'à recevoir "des pressions" au même titre que sa famille.

Malgré cela, Pierre Hinard ne baisse pas les bras. En 2014, il décide de sortir un livre, intitulé "Omerta sur la viande" où il dénonce les pratiques dont il a été témoin lorsqu'il était salarié.

Castel Viandes et son patron condamnés

Le 30 juin 2022, soit près de 12 ans après les dénonciations de Pierre Hinard, Jeff Viol, PDG du groupe Castel Viandes, est condamné pour "tromperie sur la qualité d'une marchandise" et "mise sur le marché de produits d'origine animale préjudiciables à la santé". Il écope d'une peine de 6 mois de prison avec sursis, et 10 000 euros d'amende. La société quant à elle est condamnée à verser une amende de 40 000 euros.

Quelques mois avant le rendu final du procès pénal au tribunal de Nantes, Pierre Hinard a tenté de faire reconnaître son statut de lanceur d'alerte, et d'annuler son licenciement.

Débouté en 2019 par les prud'hommes de Nantes, c'est à Rennes, devant la cour d'appel des prud'hommes, que Pierre Hinard a obtenu une nouvelle audience le 24 mars 2022. À l'issue de celle-ci, on lui annonce un verdict pour le mois de juillet suivant, avant d'apprendre finalement qu'il faudra revenir ce jeudi 24 février.

"Ce que je veux, c'est d'être reconnu comme un lanceur d'alerte"

Les audiences passent et le discours de Pierre Hinard reste le même. Dans une ambiance relativement calme, l'éleveur n'est pas arrivé seul devant l'annexe du pôle social de la cour d'appel des prud'hommes. Il est accompagné par des membres du collectif de soutien aux victimes des pesticides, ainsi que l'association UFC-Que Choisir. 

"Juridiquement, si l'annulation de mon licenciement est prononcée, ma volonté n'est pas de retourner dans l'entreprise. Ce que je veux, c'est d'être reconnu comme un lanceur d'alerte. Ensuite, le fait d'annuler mon licenciement constituerait un message très fort pour tous les patrons qui se pensent au-dessus des lois. " 

À l'approche du début de l'audience, les avocats des deux parties font leur apparition. Pour la défense de la société Castel Viandes, l'objectif est très clair, "démontrer devant la cour aujourd'hui que le jugement correctionnel rendu à Nantes en Juin 2022, a mis à mal la défense de M. Hinard notamment pour des faits qu'il a dénoncé, et où mes clients ont été relaxés."

"Se servir de la mort de plusieurs enfants dû à la contamination, par la bactérie E.coli, de pizzas Buitoni est un pur scandale"

Il est 14 heures passées, et l'audience débute dans une salle archi comble. Après avoir récapitulé  l'affaire dans sa globalité, la juge laisse la parole à la défense de M.Hinard. Eva Joly, son avocate, ouvre le bal en indiquant que "le fait pour un employeur d'affirmer un manque de suffisance professionnel après le licenciement d'un employeur est fréquent."

Le ton est donné. Des faits reprochés à la société Castel Viandes comme les "2 595 kilos de viande contaminée par la salmonelle non rappelée" ou encore "des tonnes et des tonnes de viandes où la teneur en graisse est supérieure à ce qui est toléré" sont mentionnés dans sa plaidoirie, avant de faire un lien avec l'affaire Buitoni, où plusieurs enfants ont trouvé la mort suite à une contamination à la bactérie E.coli. Un parallèle qui ne va pas être du goût de la partie adverse. 

Après plus d'une demi-heure, c'est au tour de la défense de la société Castel Viande de prendre la parole, scandalisée par les récents propos d'Eva Joly. "Se servir de la mort de plusieurs enfants due à la contamination, par la bactérie E.coli, de pizzas Buitoni est un pur scandale". La tension monte d'un cran, mais la suite de l'audience se déroule sans accroc. L'avocate en charge de la défense de Castel Viandes insiste sur les faits reprochés à la société qui n'ont rien donné d'autre qu'une relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Nantes en juin 2022. 

Elle affirme, témoignages à l'appui, que "le comportement de M. Hinard, responsable du suivi de la qualité à l'époque, est jugé inacceptable par ses collaborateurs, qui finiront par alerter la direction sur ses absences répétées. Une plaidoirie qui a pour but précis de démonter les arguments de la partie adverse.

Le verdict sera rendu le 10 avril prochain

À l'issue de plus d'une heure d'audience, Pierre Hinard sort de la salle et dénonce "des inventions" avec des "attestations issues de salariés d'une entreprise qui les paient et qui ont eux-mêmes été condamnés." Le délibéré de l'audience est attendu pour le 10 avril prochain et permettra peut-être d'avoir un point final à cette affaire qui dure depuis plus de 12 ans. 

(Avec Eric Pinault)