JUSTICE. Le salarié "antivax" avait préféré incendier son entreprise plutôt que de retourner au travail

Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné ce jeudi 22 février 2024 un ancien salarié de l'entrepôt de peinture de l'entreprise Brévault de Romagné (Ille-et-Vilaine) qui avait mis le feu à la société dans la nuit du 24 au 25 janvier 2022 après avoir été en conflit avec son patron et ses collègues à cause de la vaccination contre la Covid-19.

Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné ce jeudi 22 février 2024 un ancien salarié de l'entrepôt de peinture de l'entreprise Brévault de Romagné (Ille-et-Vilaine) qui avait mis le feu à la société dans la nuit du 24 au 25 janvier 2022 après avoir été en conflit avec son patron et ses collègues à cause de la vaccination contre la Covid-19.

Pour rappel, les pompiers avaient été appelés peu avant 3h du matin, le 25 janvier 2022, pour un incendie qui s'était déclaré au Haut Gastel, à Romagné, dans l'entrepôt de 200 m² de l'entreprise Brévault (BJM). L'ensemble du stock de peinture avait été détruit et le bâtiment avait été fortement endommagé : les "dossiers clients" avaient aussi disparu dans les flammes. Le chef d'entreprise, qui était "à deux ans de la retraite", avait dû prolonger son activité avant de passer la main à son fils. 

Tout de suite, le nom du prévenu avait traversé l'esprit de son patron, qui avait fait part de ses suspicions aux gendarmes : ce salarié était en arrêt de travail au moment des faits et devait reprendre "le lendemain" de l'incendie". Or, depuis le début de l'épidémie de Covid-19, "c'était "compliqué", a expliqué le chef d'entreprise à la barre. 

Un nettoyeur haute-pression avec du carburant à l'intérieur

Son salarié de 33 ans était en effet "très entier" et "très extrémiste dans ses propos" : il refusait de se faire vacciner alors même que son patron - qui souffre d'importants problèmes de santé - le sommait de le faire pour le bien de leurs collègues et de leurs clients.

Reste que de cette nuit-là, le prévenu ne se souvient absolument de "rien" : il avait ingurgité "un litre de whisky qui l'avait assommé". Mais les investigations techniques ont permis de révéler que son téléphone a borné "en direction de l'entrepôt" la nuit des faits. Surtout, un nettoyeur haute pression avait été utilisé pour accélérer les flammes : il contenait "du carburant".

Le patron de l'entreprise de peinture avait "tendu la main" au prévenu après les faits : il était même "prêt à retirer [s]a plainte", mais était finalement ressorti "très inquiet" de cet entretien. "Depuis l'incendie, votre comportement s'était encore dégradé" et "vous sembliez avoir basculé dans la paranoïa", a dit la présidente du tribunal correctionnel de Rennes à l'attention du prévenu.

Cet habitant de Fougères retourné vivre chez sa mère - et jusqu'alors jamais condamné - a pour sa part expliqué à l'audience qu'au moment des faits, il "sortait d'un burn-out" et avait sombré dans l'alcoolisme. Il était aussi en conflit avec son chef d'équipe. 

86.000 euros à rembourser

Malgré son amnésie, la procureure de la République a estimé que le "faisceau d'indices" était suffisant pour prononcer la condamnation du prévenu à dix mois de prison avec sursis et une interdiction d'arme pendant trois ans. 

"Avec un litre de whisky, je peux pas prendre la bagnole... Je me serais planté c'est sûr", s'est pour sa part défendu celui qui est toujours peintre en bâtiment dans la Manche pour accréditer l'idée qu'il n'avait pas pu se rendre chez son employeur cette nuit-là.

Mais finalement, le tribunal correctionnel de Rennes a suivi en tous points les réquisitions du parquet. Sur le plan civil, le prévenu devra également rembourser 77.000 € de préjudice matériel à son ancien patron et 2.000 € pour son "préjudice moral".

Il devra aussi verser 2.000 € aux deux habitants de la maison mitoyenne à l'entrepôt, propriétaires des murs de la société, et prendre en charge les frais d'avocat de l'entreprise et de son patron. Au total, le montant de sa condamnation s'élève donc à plus de 86.000 €.

(Avec PressPepper)