"Le marché du neuf nous inquiète particulièrement". L'année 2024 s’annonce difficile pour les entreprises du bâtiment

Les entreprises du secteur s’inquiètent : leurs carnets de commandes peinent à se remplir. Le nombre de demandes de permis de construire est en baisse, et le marché de la construction de logements neufs en berne. Ils redoutent une baisse de 10% de leur activité ce qui aura forcément un impact sur l’emploi.

Il y a des chiffres qui résument tout. "En 2023, nous avons connu une baisse de 25% de construction de logements neufs et les prévisions  nous font craindre une nouvelle baisse de 25% en 2024, indique Jean Michel Galle, président de la Fédération des bâtiments et des travaux publics d'Ille et Vilaine. Ce marché du neuf nous inquiète particulièrement."  

En 2023, 21 000 logements ont été construits dans la région, contre 26 000 en 2022.

La fédération liste les causes de ce mal-être. Et, sans surprises, elles sont d’abord économiques, pour leurs clients comme pour elles.  

Les entreprises du secteur doivent faire face à la hausse du coût des matériaux, de l’énergie, des salaires et au même moment, leurs potentiels clients se retrouvent devant les mêmes difficultés liées à l’inflation.  

Lire : Des entreprises du bâtiment se détournent de la construction pour se réorienter vers la rénovation

On a moins de demandes de devis, moins de chantiers

Anthony, couvreur

S’ajoutent à cela, les hausses des taux d’intérêt des prêts bancaires. "La banque ne nous suit pas", entend souvent Anthony Durandeau, couvreur en Ille-et-Vilaine. "On a moins de demandes de devis, moins de chantiers", constate-t-il inquiet.

Les professionnels du secteur regrettent la non-reconduction du prêt à taux Zéro. La mesure est désormais réservée aux zones tendues et aux logements collectifs.

La loi sur le Zéro artificialisation complexifie également les procédures de permis de construire.

Des perspectives de baisse du chiffre d’affaires

Dans son enquête sur la conjoncture économique régionale, la Banque de France constate que dans le domaine de la construction, le chiffre d’affaires des entreprises bretonnes a progressé de 3,8% en 2023 mais pourrait chuter de 1,8 % en 2024.   

"Dans l’ensemble, constate Jean-Hugues Bourdon, le responsable des études Banque de France, dans un contexte de ralentissement global de l’économie, la construction a plutôt bien résisté en 2023."

L’établissement a scruté les différentes activités du BTP, gros œuvre, second œuvre, travaux publics, rénovation. "Des marchés ont été pris par certains gros acteurs bretons sur Paris pour les Jeux Olympiques, ce qui a bien boosté l’activité, mais pour 2024, ça va être plus compliqué, prévient-il pour la construction, les carnets de commandes ne se remplissent pas beaucoup, en particulier dans le domaine du neuf."

La Banque de France s’attend donc à des pertes d’emploi, notamment du nombre de contrats intérimaires.

Des conséquences sur l'emploi

"Oui, la diminution de l’activité aura des conséquences explique Jean- Michel Galle. 25% de permis de construire en moins, c’est l’équivalent de 8 000 emplois". Donc c’est évidemment une grosse source d’inquiétude pour un secteur qui compte quelque 26 500 entreprises en Bretagne et emploie 60 000 salariés.

La Fédération du bâtiment demande à l’Etat de revenir sur le Prêt à taux Zéro et sur les modifications de la Prime Rénov. "Le secteur de la rénovation, énergétique notamment, fonctionnait très bien en Bretagne. Nous étions la deuxième région de France qui rénovait le mieux à la fin 2023. La réforme de la Prime Rénov va complexifier l’accès aux aides et donc réduire notre capacité à travailler."

La Fédération rappelle que plus de 90 000 demandes de logements sociaux sont en attente en Bretagne et suggère que c’est peut-être le moment d’agir. Cela rendrait service au secteur et à tous ceux qui espèrent un toit.

( Avec Valérie Chopin et Gilles Raoult)