Les grandes villes bretonnes seront-elles l'avenir pour la gauche ?

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Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle, à Rennes, Morlaix, Douarnenez, ou bien au coude à coude avec Emmanuel Macron comme à Brest, Lorient, Saint-Brieuc, Lannion. Dans la perspective des législatives de juin prochain, les grandes villes bretonnes seront-elles la clé de la reconquête pour la gauche ?

Jean-Luc Mélenchon en tête du premier tour de la présidentielle à Rennes. Et dans  les villes de Morlaix et Douarnenez, le même scénario inattendu d'une France Insoumise placée devant tous les autres candidats.

Sans compter les résultats -toujours au premier tour de l'élection présidentielle- où la tête d'affiche de LFI arrive second mais au coude à coude avec Emmanuel Macron comme à Brest, Lannion, ou Guingamp...

Dans les grandes villes de la région, Jean-Luc Mélenchon fait plus que tirer son épingle du jeu.

" la dynamique du vote utile"

Thomas Frinault, politologue

France Télévisons

Pour Thomas Frinault, politologue, ce bon résultat a une explication. "Il a été alimenté par la dynamique du vote utile. Pour les électeurs de gauche, Jean-Luc Mélenchon était la seule hypothèse crédible pour un duel au second tour face à Emmanuel Macron." Et il ajoute : " C'est aussi dans les villes que le potentiel de vote à gauche est le plus important si on tient compte d'une sociologie en termes d'âges, de diplômes. Sans compter que, dans les quartiers populaires, Jean-Luc Mélenchon a aussi séduit l'électorat issu de l'immigration non-européenne."

Mais pour Pierre-Yves Cadalen, l'un des chef de file des Insoumis en Bretagne et ancienne tête de liste LFI aux régionales dans le Finistère, ce résultat est le fruit "d'une campagne de conviction sur le terrain. Une campagne de porte-à-porte, où nous avons sensibilisé les gens pour qu'ils s'inscrivent sur les listes électorales."

Selon lui, une chose est claire : " Il y a une aspiration générale pour obtenir des réponses face à l'urgence sociale et à la violence du projet d'Emmanuel Macron, comme la retraite à 65 ans, l'obligation de travailler pour obtenir un droit comme le RSA ."

Il ajoute : "Ce premier tour de l'élection présidentielle a marqué la fin de l'illusion Macron en Bretagne. Les villes comme par exemple Lorient, Brest sont retournées à leur histoire. Avec des votes qui tiennent aux notions de solidarité."

Rennes, ville-symbole pour LFI

Principal symbole de cette dynamique :  Rennes, dirigée depuis longtemps par les socialistes. Ici, les électeurs ont donné 3,01 % de leurs suffrages à Anne Hidalgo mais 36,31 % à Jean-Luc Mélenchon. Soit près de 7 points de plus que pour Emmanuel Macron, arrivé second.

Une situation qui, pour Thomas Frinault, illustre que "le premier tour de ce scrutin présidentiel signe le retour de la gauche mais pas dans la même configuration. Après les villes tenues par le parti socialiste, il y a eu la poussée des écologistes et le recul du PS et puis, maintenant la poussée des insoumis." Et il ajoute : " Dans les villes, après avoir rejoint Emmanuel Macron en 2017, la gauche modérée revient vers la gauche. Mais ces électeurs qui ont voté pour LFI ne sont pas forcément supporters du programme de La France Insoumise."

Quoi qu'il en soit, les partis de gauche aux manettes dans la ville de Rennes sont contraints de faire contre mauvaise fortune bon-coeur pour espérer rebondir. Notamment dès les prochains rendez-vous électoraux, les deux tours des législatives des 12 et 19 juin prochains.

Des alliances au programme

La Maire de Rennes, Nathalie Appéré indique :"Je suis socialiste, et femme de gauche. Et je ne suis pas devenue Insoumises du jour au lendemain parce que Jean-Luc Mélenchon est très clairement arrivé en tête du premier tour. Il y a des nuances et mêmes des divergences. Mais à gauche, cette pluralité d'expression sait s'unir sur l'essentiel."

Même son de cloche du côté des écologistes rennais. Pour Claire Desmares, présidente du groupe EELV à la région, "l'enjeu aujourd'hui c'est d'être capable de créer une coalition. (...) Aujourd'hui, l'avenir de cette coalition est dans les mains de LFI. De la part de nos électeurs, il y a une volonté de se focaliser sur les points les plus importants comme l'urgence climatique, ou encore la répartition des richesses."

Le vote Mélenchon dans les campagnes

Mais si certaines grandes villes bretonnes ont clairement marqué leur préférence pour Jean-Luc Mélenchon, des territoires ruraux ont également placé Jean-Luc Mélenchon en tête du premier tour comme dans le Trégor ou en centre-Bretagne.

Gwénolé Bourré, l'un des porte-parole de la France Insoumise en Bretagne, insiste. "Dans beaucoup de communes rurales, plus de 20 % des électeurs ont voté Jean-Luc Mélenchon. Nous avons rencontré les gens dans les campagnes pour leur expliquer que la transition de l'agriculture et de l'agro-alimentaire étaient sources d'emplois. On a aussi parlé de salaires, ou encore des conditions de travail dans l'agro-alimentaire."

Des petites villes rurales où les électeurs ont plutôt préféré le vote en faveur de Marine le Pen. Pour les insoumis, "beaucoup de travail reste à faire en campagne".

Avec les fâchés et pas les fachos

Gwénolé Bourré, La France Insoumise

France Télévisions

"Nous avons toujours dit que nous étions avec les fâchés et pas les fachos" affirme Gwénolé Bourré. Et il ajoute :" Nous avons la responsabilité d'aller chercher tous ces gens antisystème Macron qui veulent le maintien de la retraite à 60 ans ou une forte augmentation du SMIC."

Pour Thomas Frinault, "LFI veut capitaliser sur tous ses bons scores obtenus lors du premier tour de la présidentielle. En ville et en campagne. Et la victoire dans plusieurs circonscriptions est une possibilité non négligeable".

Avec quand même quelques nuances d'importance selon le politologue. " Au premier tour de la présidentielle, beaucoup d'électeurs de gauche qui ont voté Mélenchon n'adhèrent pas au programme de La France Insoumise". Et il conclut :" Pas sûr non plus que les alliances conclues au niveau national entre les différents partis de gauche pour les législatives soient toutes bien vécues sur le terrain."

Le risque des dissidences

D'autant que les choses sont claires côté LFI selon Gwénolé Bourré : "Il y a des points qui sont non-négociables dans notre programme".

En cas de volonté d'hégémonie de La France Insoumise, le risque pour l'avenir de la gauche en bretagne serait de voir naître des dissidences... dans les grandes villes comme dans les campagnes.