Les rats sont-ils vraiment de plus en plus nombreux ? On vous explique les raisons de leur prolifération

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Le sentiment se propage en ville que les rats prolifèrent. Certains pointent du doigt les composteurs qui se multiplient depuis le 1er janvier 2024 que le tri des biodéchets est obligatoire. Rumeur ou réalité ? Et pourquoi ? Comment réguler cette population ? Valérie Chopin, Christophe Rousseau et Kevin Gargadennec sont partis en quête de réponses… Montage Pierre-Yves Cheval. ©V. Chopin, C. Rousseau, K. Gargadennec, PY. Cheval / France 3 Bretagne

Est-ce une impression où les rats sont plus nombreux, du moins plus visibles, depuis quelques mois ? Certains pointent du doigt les composteurs qui se multiplient depuis le 1er janvier 2024 et l'obligation de trier les biodéchets. Rumeur ou réalité ? Le point sur ces rongeurs mal aimés et pourtant utiles, dans une certaine quantité.

Pour les habitants de certains quartiers rennais, pas de doute : les rats sont de plus en plus nombreux. "Ce n'est pas de temps en temps, c'est tout le temps qu'on en voit ! Les enfants jouent presque avec !..." nous indique agacé Rogerio.

Il vit près de la dalle de Villejean depuis une dizaine d'années et s'inquiète de voir ces petites bêtes pulluler : "Ce n'est pas bien pour la santé, c'est porteur de maladies..." Soudain Rogerio s'arrête. Un rat vient d'apparaître dans son champ de vision au pied d'une poubelle.

Au milieu des immeubles, de nombreux citadins témoignent ainsi de leur raz-le-bol. "La ville a coupé les herbes au pied des poubelles, c'est déjà un peu mieux... Mais les rats se baladent partout !" Le sujet énerve visiblement. Tout le monde ici voit des rats, mais la faute à qui, ou à quoi ? 

Augmentation post-Covid

Dominique Durand est référent au sein du service santé environnement de la ville de Rennes, tout particulièrement de la cellule animaux et nuisibles de proximité. Le sujet des rats est tabou. Synonyme de saleté, beaucoup de municipalités refusent d'en parler pour éviter toute mauvaise publicité. Rennes a malgré tout accepté, parce que : "Oui, il y a plus de rats, et les raisons sont multiples, il faut en parler." 

A Rennes, comme dans toutes les communes, les rats sont chassés. Deux agents de salubrité sillonnent régulièrement la ville pour installer des boîtes à appât, répondant notamment aux signalements d'habitants, de bailleurs ou de propriétaires.

Chaque ville a l’obligation de réguler cette population. Un défi, face à la prolifération remarquée : "Durant l'épisode Covid, les rats se sont appropriés l'espace public. Il n'y a pas eu de campagne de dératisation durant plusieurs semaines, les rongeurs en ont profité pour se développer" commence à expliquer le référent qui pointe notamment du doigt des raisons climatiques : "Quand il y a de fortes précipitations, les eaux balaient les canalisations où les rongeurs s'installent. Ça les élimine disons naturellement, mais quand il y a moins de pluies, les rats se multiplient..."

La reproduction record de cet opportuniste

C'est que le rat est un sacré reproducteur. Une ratte donne naissance à environ 10 ratons en moyenne par portée. Sa durée de gestation n'est que de 24 jours et comme une ratte atteint la maturité sexuelle dès 2 mois, sa famille s'agrandit à la vitesse grand V. Si on compte les petits des petits, un couple de rats peut engendrer plus de 1.000 descendants par an, certains parlent même de 5.000 ratons par année…

Sachant que par définition : "Le rat vit en souterrain. Il vit sous terre mais sort s'il y voit des opportunités" explique Dominique Durand. C'est l'intérêt des boîtiers qui sont installés à proximité des trous que les rongeurs creusent pour rejoindre leurs terriers : "Les rats attirés par l'appât, grignottent cette substance aux effets anti-coagulants, ce n'est qu'une fois de retour sous terre qu'il meurt environ trois jours après."

Sauf que l'appât en question perd de son efficacité à cause de la concurrence alimentaire, autrement dit à cause de tout ce qui attire le rat ailleurs que vers les-dits boîtiers.

Les comportements humains en ligne de mire

"Le rat a pris ses aises et vient davantage manger dans l'espace public aussi car il trouve de plus en plus de matière à manger" poursuit Dominique Durand qui fait référence aux déchets abandonnés sur la voie publique et qui terminent dans les espaces verts, comme autant de tentations faciles pour le rongeur qui n'a plus peur d'être vu, et trouve surtout de quoi grignoter en toute facilité.

"Autre phénomène post-Covid" selon le référent de Rennes Métropole : "les salariés déjeunent davantage en extérieur, dans les parcs et jardins où des restes de repas traînent de plus en plus, sur les tables, l'herbe ou les corbeilles." 

Le fait de nourrir les oiseaux "ce qui est interdit et (...) répréhensible par une amende de 68 euros"  rappelle-t-il , est aussi une source de repas pour les rats. Résultat, les boîtiers, quand ils ne sont pas dérobés, ont une utilité bien limitée...

La faute aux composteurs ?

Certains pointent aussi du doigt les composteurs, individuels et collectifs, qui se multiplient. Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est en effet obligatoire.

Deux types de bac sont en cours d'installation sur le territoire de la métropole rennaise : outre les zones de compostage où les habitants sont invités à déposer leurs déchets uniquement d'origine organique pour le transformer en engrais, des "abribacs" commencent à être positionnés sur les trottoirs. Dans ceux-là, les déchets d'origine animale peuvent être jetés. Ils seront valorisés en énergie via la méthanisation.

"Les deux n'ont pas la même vocation, précise Céline Jouin, technicienne biodéchets. Dans les premiers, c'est du compostage végétal : tout ce qui est carné est interdit pour éviter d'attirer les nuisibles." Encore faut-il que les utilisateurs respectent bien les consignes... Certains ont d'ailleurs été équipés de grilles pour éviter que les rongeurs ne s'y introduisent et de cadenas pour que l'humain n'y jette pas tout et n'importe quoi. 

Quant aux seconds, les abribacs, où des déchets d'origine animale sont donc stockés : "Ils sont très étanches, lavés régulièrement... Ils sont très hermétiques. Il n'y a pas de nuisance possible" assure la spécialiste. "Ces bacs ne sont installés que depuis début janvier, or les rats étaient là bien avant. Encore une fois, il n'y a pas d'intrusion possible."

Furets dans réseaux vétustes

Là où au contraire, les rats peuvent facilement s'introduire, ce sont les réseaux d’assainissement. "Beaucoup ont été construits en fibrociment, matière qui se désagrège avec le temps. Les rats en profitent pour s'y introduire" alerte Dominique Durand qui essaie de travailler de paire avec les bailleurs et propriétaires pour éviter que les rats ne s'y baladent en toute liberté.

Il y a quelques années, la municipalité a tenté d'utiliser des furets pour débusquer les rongeurs. La tentative a tourné au fiasco : "On a failli perdre les furets dans les réseaux d'eaux usées. En les cherchant nous avons découvert un endroit souterrain où une centaine de rats était regroupée." Preuve que faute d'étanchéité, les bêtes se promènent plus qu'on ne le pense sous nos pieds.

Il faut donc que privé et public travaillent ensemble pour tenter de maîtriser le développement et les déplacements des rats. Des études sont en cours à l'échelle de la métropole rennaise pour évaluer la population existante, puis chercher d'autres méthodes que les boîtes à appâts.

Régulation et non extermination

Les outils des professionnels sont plus larges : infrasons, systèmes sismiques, captation, contention, reboucharge... Jacky Minier est spécialiste des nuisibles depuis une vingtaine d'années. Un métier en évolution perpétuelle : "Le rat comme le dératiseur s'adapte sans cesse" souligne-t-il devant le panel de solutions qu'il peut proposer. "Mais notre but n'est pas de l'exterminer !" insiste-t-il : "Une sous-population n'est utile pour personne : la rat a son utilité depuis la nuit des temps, c'est lui qui dégrade les déchets de l'homme, il détruit la matière organique et est en cela très utile."

A la recherche du "point d'équilibre" le professionnel utilise des techniques de plus en plus élaborées pour cerner le problème avant d'attaquer dans la limite de ce que le ministère de la transition écologique autorise. "On nous demande d'utiliser de moins en moins d'outils chimiques, cela demande une expertise". Du temps, des compétences et donc de l'argent...

La question des rats et de leur cohabitation avec l'humain en ville sont si importantes que le Museum national d'histoire naturelle planche sur le sujet depuis 2021. C'est ce qu'on appelle le projet Armagedon : une approche interdisciplinaire en génomique, écologie urbaine et éco-épidémiologie pour une meilleure gestion des rats à Paris. Parce que, expliquent les spécialistes : "le manque de connaissances sur la biologie et l'écologie spatiale du rat en ville nuit à l'efficacité des programmes de gestion mais compromet surtout la gestion des risques sanitaires associés."

Un projet long de 47 mois qui devrait permettre de "structurer un programme intégré de gestion des rats, développant ainsi de nouvelles options pour le contrôle des populations de rats et pour une meilleure perception du rat dans la société." Les résultats de leur travail devraient être publiés début 2025.

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