Meurtre au pistolet-mitrailleur à Rennes. Entre sidération et résignation dans le quartier de Maurepas

Sidération et résignation. La tuerie de ce mardi 28 mars dans le quartier de Maurepas, à Rennes, ne surprend même plus les habitants. Ils vivent aujourd'hui dans la peur, et regardent impuissants les dealers faire la loi. Témoignages.

"Ah ? Encore ?" Ce matin dans le quartier de Maurepas à Rennes, les habitants sont à la fois sidérés et résignés lorsqu’ils apprennent la nouvelle de la tuerie de la nuit précédente au fusil mitrailleur. Beaucoup refusent de témoigner devant notre caméra mais tous expriment la peur qui habite le quartier.

La peur qui empêche cette grand-mère, résidente de toujours du quartier, d’aller faire ses courses.  La peur qui tenaille ses mères : "Nos enfants peuvent passer à côté…". La peur encore qui fait hésiter les jeunes femmes du quartier à sortir lorsque la nuit est tombée.  "Ici ça craint trop, nous explique Kimberley. Faut surtout pas traîner le soir. On n’est pas en sécurité. Dès qu’on passe on se fait siffler. On peut se faire agresser n’importe quand juste pour un regard." La jeune fille a déménagé récemment dans un quartier plus tranquille.

Jeunes masqués et bagarres

"C’est de pire en pire", décrit une femme un peu plus âgée. Elle a acheté il y a quelques années "une maison agréable dans le quartier". Elle regrette aujourd’hui de voir autant de dealers toute la journée. "Des jeunes qui viennent d’ailleurs avec le métro. Ce ne sont pas des jeunes du quartier." Des jeunes qui restent "polis" en journée. "Il y en a même un qui m’a porté mes courses." Le soir… c’est autre chose, "il faut faire attention". 

Un commerçant du quartier évoque les nombreuses tensions et le climat tendu au Gros chêne. "Les jeunes mettent des masques pour se cacher et protéger leurs visages. Il y a beaucoup de trafiquants." Le soir, il y a des bagarres entre personnes alcoolisées ou sous l’emprise de stupéfiant.

Du côté de l’association Front de Mères qui réunit des femmes du quartier, les mamans ne communiquent pas encore. Sous le choc suite à cette nouvelle escalade de violence dans le quartier, elles ont passé la journée à "échanger entre mamans sur place" et rencontrer, écouter les habitants. Leur appel à l’aide et leur marche blanche de l’été dernier, résonnent avec encore plus d’écho aujourd’hui…

« On n’a pas le choix, il faut vivre avec »

Il y a aussi une forme de résignation chez certains résidents du quartier. Une jeune femme nous explique "qu’il faut vivre avec. On n’a pas le choix". 

Des habitants se battent pour faire vivre Maurepas pour créer du lien. "Il ne faut pas résumer ce quartier aux faits divers, avance Brenna. Ici il y a plein de choses belles et riches. Il y a un brassage de cultures, pleins de communauté de langues, d’horizon et de couleurs. Moi je l’aime mon quartier. Non, mon quartier ne craint pas." Aujourd’hui Brenna se refuse d’être dans la résiliation, "on est dans la résilience".