Noyade à Saint-Cyr Coëtquidan en 2012 : de trois mois à deux ans de prison avec sursis requis contre les prévenus

Sept militaires, anciens élèves officiers ou encadrants, sont jugés devant le tribunal correctionnel de Rennes, pour homicide involontaire après la mort de Jallal Hami en 2012, lors d'un bahutage. Le procureur a prononcé ses réquisitions, avec des peines de prison avec sursis et une relaxe. 
Rachid Hami, le frère de Jallal Hami décédé en 2012 lors d'un exercice militaire à Saint-Cyr Coëtquidan et son avocat Jean-Guillaume Le Mintier au tribunal correctionnel de Rennes
Rachid Hami, le frère de Jallal Hami décédé en 2012 lors d'un exercice militaire à Saint-Cyr Coëtquidan et son avocat Jean-Guillaume Le Mintier au tribunal correctionnel de Rennes © V. Chopin France Télévisions
En octobre 2012, Jallal Hami, âgé de 24 ans, se noie lors d'un exercice militaire à l'école de Saint-Cyr Coëtquidan. Cette semaine et huit ans après les faits, sept militaires, anciens élèves et encadrants, sont jugés devant le tribunal correctionnel, poursuivis pour homicide involontaire.


Faute caractérisée


Ce jeudi, le procureur a requis la relaxe pour le Général Chanson qui était à l'époque le directeur des formations. Pour les autres, il a requis que soit retenue la qualification de "faute caractérisée".

Les peines demandées sont les suivantes : deux ans de prison avec sursis pour le lieutenant-colonel Hervé Wallerand, 18 mois de prison avec sursis pour Hugues D., 12 mois de prison avec sursis pour Marc A., six mois de prison avec sursis pour Hugues. de. M. et trois mois de prison avec sursis pour Simon P. et Nicolas V. 

Mercredi, les cadres militaires ont été entendus. Ils ont déclaré n'avoir été au courant du contenu de l'exercice qu'a posteriori. Dans l'après-midi, l'émotion était grande alors que le frère de Jallal et l'un de ses amis ont pu prendre la parole. 


Jallal, un jeune homme déterminé 


Algérien de naissance, Jallal et sa famille ont fui la guerre civile pour se réfugier en Seine Saint-Denis. Nicolas était l'un de ses camarades de promotion à Sciences Po en 2006. Il a tenu à être présent au procès, pour rendre hommage à son ami. Il se souvient : "Jallal, c'était vraiment quelqu'un d'admirable, qui ne laissait personne indifférent, vraiment une grandeur d'âme, quelqu'un d'absolument brillant. Je pense qu'il avait toutes les qualités humaines requises pour exercer le métier auquel il se destinait." 

Devant le président du tribunal, il dévoile le respect qu’il avait pour Jallal qui, en même temps que ses études à Sciences Po, faisait aussi sa réserve militaire. Et de rappeler son ambition : "C’était son souhait le plus cher : intégrer l’armée, on l’a toujours su. Il voulait servir au plus haut son pays d’adoption."
 

Jallal est mort à l’école parce qu’il a été trahi par ses camarades. Parce que les personnes qui font le système ont failli...

Rachid Hami, le frère de Jallal

Le frère de Jallal, Rachid, s'est aussi exprimé, rappelant l'arrivée de sa famille en France. "Pour certains ici, la guerre c’est un jeu, le sacrifice, la mort... Jallal, comme moi, nous l’avons rencontrée ! Parce qu’en 1990, c’était le début d’une décennie sanglante en Algérie. On vivait sous protection policière parce que ma mère s’était dressée contre l’obscurantisme qui nous aveugle tous aujourd'hui." 

Une fois en Seine Saint-Denis, ils ont dû affronter une autre réalité. "Au déracinement s’est ajouté le déclassement social, raconte Rachid. C’est la fin de mon enfance. Parce que désormais on doit se battre. C’est grâce à la Croix-Rouge et à la solidarité des gens qu’on mangeait !"

Rachid a évoqué les ambitions militaires de son frère et a tenu à lire un bout de la lettre de motivation qu'il avait écrite pour entrer à Saint-Cyr. Dedans, il y parle d'engagement, de vocation. 


"Jallal était fier de rentrer à Saint-Cyr"


Après la lecture de cette lettre, Rachid Hami a lancé : "Vous souillez l'armée. Jallal est entré dans une prison d'eau. Il savait nager mais personne ne lui a dit ce qu’il risquait avec son casque, son treillis, ses rangers dans cet étang."

Se tournant vers les prévenus, il a ajouté : "Cette semaine, la vérité nous a sauté aux yeux. Les dysfonctionnements, on les connaît ! Je fais aujourd’hui la distinction entre ceux qui ont fait une erreur et ceux qui ont trahi." 

"Que personne ne me dise qu’à 22 ans, on n’est pas conscient des risques ! La preuve, ils se sont arrêtés, ils ont discuté ! Un seul a demandé à arrêter cet atelier...Mais les autres..."

"Il y a des gens qui ont été responsables parce qu'ils ont manqué à leur devoir de contrôle. Et il y a des gens qui étaient auprès de cet étang, qui étaient conscients du danger et qui ont envoyé Jallal et ses camarades vers ce danger qu'ils savaient mortel. Il y a une responsabilité claire." 


 
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