Réforme des retraites. Les jeunes sont-ils prêts à se mobiliser ? "D'ici notre retraite, ça aura eu le temps de changer !"

Entre mobilisation, indifférence et résignation... Dans quelle mesure les jeunes Bretons se sentent-ils concernés par le projet de réforme des retraites ? Les syndicats lycéens et étudiants font bloc contre. Ils appellent à une nouvelle mobilisation ce samedi 21 janvier. Mais, en dehors des cortèges, qu'en disent les futurs ou jeunes travailleurs ?

"Salut ! C'est pour la réforme des r'traites !"

Bonnet rouge enfoncé sur la tête, Camille a bien du mal à attirer l'attention devant l'université de Rennes. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer ! Ce jeune étudiant en Droit de 21 ans est également militant à La France Insoumise.

Posté à la sortie de la fac de Sciences économiques et de gestion, il profite de la pause de midi pour appeler ses pairs à se rendre à la manifestation organisée le lendemain pour dénoncer le projet de réforme des retraites. Sur le tract qu'il distribue, s'affiche en gros caractères sur fond noir et jaune : "Mets la daronne à l'abri !".

"C'est dans tellement longtemps !"

La formule claque... dans le vide. La plupart des étudiants prennent le papier sans lui accorder un regard quand d'autres le refusent gentiment, "Non ça ira, merci" ou l'ignorent superbement. 

Laurena et Eurielle, inscrites en première année de licence de Droit, l'avouent : "On ne sent pas du tout concernées par le sujet. On ne s'est même pas renseignées sur le projet." 

"Peut-être que je devrais m'y intéresser mais ça me paraît un peu loin", reconnaît de son côté Alexis également étudiant. A ses côtés, Alan abonde : "On vient tout juste d'arriver dans les études supérieures. C'est vrai que c'est un sujet qui aura des conséquences pour notre avenir. Il faut donc y penser mais c'est encore très loin." Ni l'un ni l'autre n'ira battre le pavé.

"Mon père me dit d'aller manifester"

Tout comme Lisa-Marie. Elle est en deuxième année d'Economie et Gestion et "ne [se] sent pas du tout concernée" par la retraite. Dans un sourire, elle admet pourtant: "Mon père trouve ça super important. Il m'en parle tous les soirs, me dit d'aller manifester. Mais moi, je trouve que c'est dans longtemps. Alors pour l'instant; j'y pense pas."

Pourtant, à entendre Camille, les étudiants se sentent véritablement concernés. "Moi, mes camarades d'amphi, quand je leur parle, je sens que tout le monde est mobilisé même ceux qui ne sont pas très politisés."

Car pour le jeune militant LFI, c'est d'abord une question de solidarité avec ses parents. "Je vois mon père, imprimeur et ma mère, vendeuse, qui ont travaillé toute leur vie et qui sont déjà à bout. Je ne sais pas comment ils vont faire, interroge-t-il. Pour eux, qui n'ont pas forcément le temps de se mobiliser, il faut se battre contre cette réforme." 

Une réforme "inutile et injuste"

Une réforme que Camille estime inutile et injuste. Dans un discours parfaitement rôdé, il développe : "Inutile, parce que le système [des retraites] n'est pas en danger. On aura certes une petite période où ce sera un peu tendu. Mais il suffirait de 4 euros de cotisations sociales en plus par Français et Française pour combler ce déficit. Et si on demande aujourd'hui aux travailleurs et travailleuses, ils seront prêts à verser 4 euros de plus plutôt que de travailler comme le veut la réforme. Injuste aussi quand on sait qu'à 62 ans, actuellement, 25% des travailleurs les plus pauvres sont déjà morts et que l'espérance de vie en bonne santé est de 63 ans. C'est une réforme d'une violence sociale inouïe."

Selon l'Insee, en 2020, l'espérance de vie en bonne santé s'élevait à 65,9 ans pour les femmes et à 64,4 ans pour les hommes.

Les syndicats lycéens et étudiants "font bloc"

Un peu plus loin, ce sont deux étudiants écologistes qui tractent pour les mêmes raisons. Simon, en troisième année de Droit et co-coordinateur des Jeunes écologistes, assure que tous les syndicats lycéens et étudiants "font bloc". "Chez les écolo, fin du monde et fin du mois, c'est le même combat. On se sent profondément concernés par cette réforme qui, pour nous, va dans le même sens que les atteintes à l'environnement." 

Pour cet autre militant LFI rencontré devant un lycée rennais, "un front unanime des syndicats [lycéens et étudiants] se met en place pour la première fois depuis 12 ans, dit-il. L'été, je suis saisonnier dans des usines agro-alimentaires. Je vois des collègues qui ont 50, 60 ans et sont déjà esquintés à force de travailler."

Mais si le jeune homme tient à manifester, ce n'est pas uniquement en soutien à ses aînés mais aussi "pour s'assurer d'avoir une retraite. Parce que si on recule sur nos droits à l'heure actuelle, ceux de notre génération ne pourront pas espérer avoir une retraite digne et convenable." 

Pour les étudiants précaires: d'abord penser l'avenir à court terme

Suzanne, 19 ans, est étudiante en cinéma. Elle aussi fait des petits boulots et préfère voir le bon côté des choses. "On est une majorité à être en précarité étudiante et à devoir travailler pour payer nos études. Donc, on cotise pour la retraite dès le plus jeune âge."

Sans doute que ces étudiants, déjà travailleurs, s'inquiètent d'abord pour leur avenir à court terme en se demandant de quoi demain sera fait. Dans ces conditions, la retraite, "pour l'instant, on en est encore loin", lâche Suzanne en haussant les épaules.

Pas inquiet, un jeune barman, qui travaille depuis l'âge de 16 ans, fait tout de même remarquer que "quand on est serveur, on fait beaucoup de kilomètres à pied. Alors quand j'aurai 67 ans... faudra s'adapter, faire un autre métier qui nous permettra peut-être de pousser jusque là. S'il faut le faire, on va le faire."

"Pour travailler à 67 ans, il me faudra un exosquelette"

Encore plus fataliste Emile, 25 ans et serveur dans un café du centre de Rennes. "La restauration, ça casse. On est en train de parler de travailler jusqu’à 67 ans. Il me faudra un exosquelette. Je n’aurai pas de retraite, alors je ne vais pas manifester. (...) A 60 ans je me vois mort et enterré." Et puis, "dans 40 ans, on aura d’autres problèmes vis-à-vis de l'environnement, de l'énergie, la géopolitique écologique…"

Pour finir, sur un marché, nous rencontrons Fanny, 25 ans. Elle est agricultrice et maraîchère dans l'exploitation familiale. "Dans notre métier, on ne part pas vraiment à la retraite. Mamie, elle est encore sur l'exploitation. Alors si la retraite recule encore... ça ne sert à rien. (...) Mais, c'est dans tellement longtemps, ça a encore le temps de changer d'ici là !" Prévoyante, Fanny met de l'argent de côté en attendant.

Une manifestation, à l’appel d’organisations de jeunesse et avec le soutien de la France Insoumise, est prévue samedi 21 janvier à Paris. 

(Avec Benoît Thibaut et Myriam Thiébaut)

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