Rennes. Démantèlement d’un réseau mafieux actif de la Bretagne jusqu'à la Nouvelle-Aquitaine

15 personnes, pour la majeure partie déjà connues de l'institution judiciaire, ont été présentées devant le magistrat instructeur de Rennes les 11, 12 et 13 février aux fins de mise en examen. Dix, dont le chef de réseau, ont été placées en détention provisoire et cinq sous contrôle judiciaire.

La cité judiciaire à Rennes
La cité judiciaire à Rennes © V. Chopin - France 3 Bretagne

Âgés de 31 à 70 ans, les treize hommes et deux femmes mis en examen et placés en détention provisoire, ou sous contrôle judiciaire pour cinq d'entre eux ces 11, 12 et 13 février, sont des membres présumés de la puissante confrérie criminelle des "voleurs dans la loi" (Vory V Zakone). Une organisation mafieuse qui s'est développée dans les goulags soviétiques dans les années 1920, avant de s'exporter à travers l'Europe dans les années 1990.


Une enquête complexe et de longue haleine

L'enquête qui a conduit au démantèlement de cette branche présumée de l'organisation, a été ouverte en avril 2019 pour des faits de vols en bande organisée et association de malfaiteurs suite à une tentative d’homicide volontaire commise le 20 mars 2019 sur un ressortissant géorgien dans le quartier de Maurepas à Rennes (35).

Les investigations révèlent alors l’existence d’un réseau criminel appartenant à la structure mafieuse des "voleurs dans la loi" sur la façade ouest.
 

Des investigations menées en collaboration avec la police géorgienne

La direction centrale de la police judiciaire, en étroite collaboration avec la police géorgienne, a finalement identifié à la tête de l’organisation un voleur dans la loi, un "vor ", intronisé par ses pairs au début des années 1990. Un homme de 58 ans, demeurant La Roche-Sur-Yon (85), qui étendait son influence sur quatre groupes d'individus répartis dans l’Ouest de la France, de la Bretagne jusqu'à la Nouvelle-Aquitaine.

Au quotidien, les équipes de malfaiteurs se livraient à de nombreux vols aggravés sur l’ensemble du territoire national, notamment à l’occasion de véritables raids, qui généraient au total d’importants revenus occultes.

Les surveillances et les écoutes ont également permis d'établir la mise en place par des lieutenants du "vor", dès janvier 2020, d’un trafic de cigarettes avec de nombreuses importations de Belgique.

Pour chacune de ces activités illicites, le "vor" touchait une part, y compris lorsqu’il intervenait à plusieurs reprises au sein de la communauté pour régler des conflits en qualité de juge de paix.

Des vêtements, matériels d’outillage, bouteilles d’alcool, parfums et armes etc

Les 9 et 10 février 2021, 27 membres présumés de l’organisation criminelle ont été interpellés sur les départements du 33, 35, 56, 79 et 85 par les services de la police française, en coordination avec la police géorgienne.

Au cours des perquisitions, de nombreux vêtements, matériels d’outillage, bouteilles d’alcool, parfums et produits de maroquinerie encore conditionnés ont été saisis. Environ 280 cartouches de cigarettes, ainsi que des sacs en aluminium utilisés pour les vols à l’étalage, un endoscope, et des clés de véhicule Peugeot vierges utilisés pour les vols de véhicule. Un fusil à canon scié et plusieurs cartouches, un gilet pare-balle et une arme de poing factice. 5 véhicules, de nombreux bijoux et 53 500 euros en numéraires ont aussi été saisis au titre des avoirs criminels.

Une organisation pyramidale implacable

Crucifix sur la poitrine, têtes de mort ou coupoles, les membres des Voleurs dans la loi sont notamment connus pour leurs tatouages. Le crucifix pour marquer son appartenance à la "caste des voleurs", la tête de mort pour les crimes de sang et une coupole pour chaque séjour en prison. Ils sévissent dans plusieurs régions de France et ont fait l'objet de multiples condamnations.

Organisation "très pyramidale et hiérarchisée", selon Géraldine Levy, capitaine de police et ancienne membre de l'office central de lutte contre la criminalité organisée, ses membres se livrent aux vols à l'étalage, aux cambriolages, aux trafics de cigarettes, d'essence mais également à l'extorsion de commerçants de la diaspora géorgienne. 

Dans son communiqué, le procureur de la République de Rennes en détaille le mode de fonctionnement : "à sa tête un voleur dans la loi intronisé par ses pairs entouré de lieutenants, qui s’appuie sur des superviseurs régionaux (les "smotriarchi") qui eux-mêmes encadrent des exécutants et des voleurs (les "chestorki "). Obéissant à un code très strict, tous les membres du réseau doivent notamment verser au "vor" une part des revenus provenant de leur activité illicite (l’ "obshak")."

 

 

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