Suicide du mari de Magali Blandin : "les familles des victimes ont besoin d'être soutenues" selon la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides

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Après le suicide en prison à Rennes du mari de Magali Blandin, principal suspect dans le meurtre de cette femme en février dernier, la présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides, en appelle au soutien de ces familles pas assez épaulées dans de telles situations.

"La manifestation de la vérité ne se fera pas de la même manière. Il y aura quand même un procès dans cette affaire, je pense, car d'autres personnes sont mises en examen, mais avec un grand vide car l'instigateur principal du meurtre de Magali Blandin ne sera pas là pour parler et peut-être demander pardon à ses enfants et à sa belle-famille."

Pour Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides (FNVF), le suicide de Jérome Gaillard ce lundi 1er novembre dans sa cellule de la prison de Rennes-Vezin va laisser la famille de la victime dans le désarroi. L’ex-mari de Magali Blandin avait reconnu avoir tué sa femme à son domicile de Montfort-sur-Meu en février 2021.

Sylvaine Guérin est à la tête d'une jeune fédération, créée en octobre 2020 et basée à Chasné-sur-Illet en Ille-et-Vilaine. Elle regroupe plus de 80 familles de victimes de féminicides et met à leur disposition des écoutants, un juriste, des avocats pénalistes et un psychologue pour les orienter, les soutenir et les accompagner.

29 suicides d'auteurs présumés de féminicides en 2021

La présidente de l'association tient à rappeler les chiffres édifiants du nombre de féminicides en France et la proportion importante, environ 30 %, de suicides des auteurs présumés. L'association a recensé 102 féminicides en 2020 et 26 suicides de ceux à l'origine des meurtres. En  2021, "alors que nous ne sommes que début novembre, nous en sommes à 97 et Jérôme Gaillard est le 29e à mettre fin à ses jours". Loin d'être un cas isolé donc, la situation dans laquelle se trouve les familles des victimes lorsque l'auteur présumé du meurtre n'est plus là pour répondre de ses actes, est très délicate. 

"Un procès est essentiel pour ces familles pour avancer dans leur chemin de deuil, si tant est de l'accepter. C'est quelque chose d'une extrême violence de ne pas avoir toutes les réponses sur ce qui s'est passé le jour du drame" explique Sylvaine Guérin.

Des procès posthumes pour les suspects qui se suicideraient

La FNVF a dès 2020, adressé une tribune au garde des sceaux pour lui faire des propositions pour accompagner ces familles de victimes de féminicides. Parmi elles, une proposition de loi concernant le droit au procès posthume "pour que ces familles aient droit à réparation" explique Sylvaine Guérin. Et d'ajouter : "ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le meurtrier qui se suicide, sera à jamais considéré comme présumé innocent à vie, ce qui est une extrême violence".

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Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides (FNVF)

Un guide pratique en projet

Pour mieux assister ces familles dans la détresse, la Fédération travaille à l'élaboration d'un guide pratique afin de les orienter dans leurs démarches comme chercher un avocat, de l'accompagnement psychologique ou encore pouvoir répondre à des questions comme savoir à quel moment elles pourront avoir accès à l'enquête préliminaire.

Un guide réalisé en collaboration avec le ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes et avec le département d'Ille-et-Vilaine. Ce guide, prévu pour le dernier trimestre 2022, serait remis à la famille par l'officier de police judiciaire qui fait généralement l'annonce du décès. "Les familles pourront y trouver l'ensemble des éléments dont elles pourraient avoir besoin" précise Sylvaine Grévin, "et des réponses aux multiples questions qu'elles se posent".

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Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides

Préserver les proches

Parmi la multitude de revendications de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides, il y a celle du nettoyage de la scène de crime. 

En effet, lors de tels drame, les scellés sont rapidement posés sur les lieux par l'officier de police judiciaire. "Dans ces cas là, la famille n'a pas accès à la scène de crime. Et lorsque la levée des scellés se fait, généralement sous 6 mois, voire un an, la scène de crime doit être nettoyée, c'est une obligation dans la loi. Et malheureusement, j'ai régulièrement des familles qui me disent qu'on leur remet les clefs de l'appartement alors que la scène de crime est restée en l'état. Vous imaginez la violence, avec parfois des projections de sang partout, pour les familles qui récupèrent ce lieu".

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Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides ©E. Pinault - L. Bonis - FTV

La Fédération Nationale des Victimes de Féminicides a toute une liste de difficultés auxquelles les proches sont confrontées et qu'il faudrait résoudre pour le bien être des familles dans l'épreuve. Cela va de la durée trop longue de l'instruction judiciaire qui s'établit entre 3 et 4 ans ; du délai trop long également de l'audition des parties civiles, en moyenne un an après l'ouverture de l'instruction judiciaire alors que les familles n'ont toujours pas accès à leur dossier ; de la problématique du devenir des enfants avec la question de leur placement par l’aide sociale à l’enfance, de la séparation des fratries, du délai d’obtention de garde pour la famille maternelle ; ou encore de la recherche d'un avocat et du coût des honoraires ; des difficultés de succession et le partage des biens avec le meurtrier ou sa famille et tout cela sans oublier tous les problèmes de santé (dépression, cancer, tentative de suicide) liés au vécu de ces situations dramatiques.