Un combattant de MMA, suspecté de radicalisation, condamné pour avoir bravé son assignation à résidence à Rennes

Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné en comparution immédiate, ce mardi 2 juillet 2024, un amateur de MMA pour être sorti du périmètre où il était assigné à résidence à Rennes (Ille-et-Vilaine). Il est suspecté de radicalisation par les autorités.

Le jeune homme vit chez sa mère, à Rennes, mais ce "sportif de haut niveau" en MMA (Mixed Martial Arts, "arts martiaux mixtes") encadre des jeunes à Brest, d'où il est d'ailleurs originaire.

Le 28 mai 2024, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a prononcé à son encontre des "mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance" - dites "Micas" - pour une durée de trois mois, dans la perspective des Jeux olympiques de Paris et d'un "risque terroriste accru".

Les services de renseignement avaient en fait remarqué une activité suspecte sur le réseau social Instagram : son pseudonyme faisait référence, en arabe, au mot "combattant, résistant ou activiste"Il avait aussi posté plusieurs photos problématiques pour les Renseignements intérieurs, qui avaient consigné ses agissements dans une note.

Une "menace actuelle"

Le jeune homme de 20 ans avait en fait partagé "un selfie accompagné d'un chant religieux" connoté, une "succession d'images" dont "une photo représentant une femme vêtue d'un niqab" et "un homme portant une barbe longue et paraissant lever l'index vers le ciel", un geste faisant référence à "l'unicité de Dieu" et "régulièrement récupéré par les groupes terroristes pour faire de la propagande".

Il était aussi "abonné à un compte utilisant le pseudonyme "micas toi"" et "comprenant de nombreuses images de terroristes" détenus à Guantanamo ou "une image représentant une carte électorale brûlée". Il était aussi un proche, à Rennes, d'un restaurateur "connu pour ses accointances avec la mouvance islamiste locale" et d'un homme adhérant à l'islam radical et ayant fait l'objet de "visites domiciliaires".

Le 21 juin 2024, le prévenu avait toutefois contesté la mesure d'assignation à résidence à Rennes et son interdiction de "s'approcher de près ou de loin de la flamme olympique" devant le tribunal administratif de Rennes : il certifiait n'adhérer à "aucune idéologie", avoir "surfé par inconscience" et par "curiosité" sur les réseaux sociaux et avait toujours été "un élève studieux".

Mais "contrairement à ce que soutient M. XXX, et nonobstant ses seules dénégations, ce comportement caractérise suffisamment la menace actuelle et d'une particulière gravité que constitue encore l'intéressé pour l'ordre public" avait objecté le tribunal administratif de Rennes, validant ainsi cette interdiction de sortir de la ville de Rennes.

Le vendredi 28 juin 2024, alors que les gendarmes de Châteaubourg (Ille-et-Vilaine) faisaient des rondes de prévention pour les cambriolages, le jeune sportif avait été arrêté au volant sur cette commune située à 30 minutes de Rennes. Immédiatement placé en garde à vue, il avait ensuite été déféré et le parquet avait sollicité son placement en détention.

Pas des "vidéos de chatons"

Le juge des libertés et de la détention avait refusé de suivre cette position et avait placé l'amateur de sports de combat sous contrôle judiciaire. Le jeune homme avait dans la foulée été convoqué en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Rennes, ce mardi 2 juillet 2024, pour ce "déplacement interdit".

Il avait en fait été "appelé la veille" par son agence d'intérim pour se présenter à un entretien le 2 juillet 2024 : il s'y était donc rendu sans obtenir l'autorisation des services de l'État, alors qu'il avait déjà fait "beaucoup de démarches" pour se rendre à Brest à une compétition sportive et pour "un stage", en vain, puisque ses demandes avaient toutes été refusées.

Jamais condamné, le jeune Brestois a toutefois déjà eu affaire à la justice quand il avait 16 ans pour "des violences" sur deux jeunes victimes. Mais sa mère avait aussi rappelé combien il était "calme et sensible", enchaînant "les petits boulots" pour l'aider. 

À la barre du tribunal, le prévenu a réitéré ses dénégations sur sa radicalisation. Mais "vous savez ce qui se passe en France, les attentats de 2015, vous avez une forte capacité intellectuelle donc est-ce que vous pouvez dire que c'est innocent ?" l'a tancé l'assesseure lors de l'audience. "Quand on like et qu'on s'abonne, on adhère" a-t-elle grincé, alors qu'il n'était ici pas question de "vidéos de chatons""Je réalise totalement, plus jamais je ne referai ça, à aucun moment j'ai pensé qu'avec ces likes j'en arriverai là" lui a-t-il répondu.

De la prison avec sursis

Et "il compte trouver du travail à Châteaubourg et donc réitérer quotidiennement le non-respect de la mesure", s'est pour part étonné le procureur de la République, déplorant sa "légèreté" et craignant "un risque de réitération important""Aujourd'hui, je ne suis pas du tout rassuré sur son comportement et le risque qu'il représente" a soufflé le magistrat du parquet de Rennes, avant de requérir "huit mois de prison avec sursis simple".

Son avocate a pour sa part confirmé qu'il comprenait la "justification" de la mesure et qu'il respectait "son pointage quotidien à la minute près"Ironie de l'histoire, le jeune homme a appris dans la foulée de sa garde à vue qu'il était embauché à Châteaubourg... Il ne pourra vraisemblablement pas honorer ce contrat et a aussi été condamné à trois mois de prison avec sursis. "Ça n'est pas rien pour votre avenir et le domaine sportif dans lequel vous évoluez" a conclu la présidente.

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