"Nous ne serons pas une terre de mission pour les racistes" À Dol-de-Bretagne, des tensions autour du futur centre d'accueil pour mineurs étrangers

Une quarantaine d'opposants au futur centre d'accueil de mineurs isolés s'est rassemblée à Dol-de-Bretagne ce samedi 24 février à l'appel du parti d'extrême droite "Reconquête" et du groupuscule rennais l'Oriflamme. En réaction, 200 habitants et sympathisants de gauche sont venus dénoncer ces messages de haine et témoigner de leur soutien à ce projet.

"MNA [Mineur non accompagné] dehors, agriculteurs d'abord" versus "Jeunes migrants, bienvenue à Dol-de-Bretagne".  Des slogans qui en disent long sur la vive tension qui règne ce samedi 24 février dans cette petite commune d'Ille-et-Vilaine de 6 000 habitants. Une centaine de membres des forces de l'ordre y était d'ailleurs déployée pour éviter des débordements. 

D'un côté, des militants d'extrême droite, sympathisants de Reconquête, le parti d'Eric Zemmour ou encore des membres, souvent masqués, du groupe rennais l'Oriflamme. Un groupe dont l'un des membres avait déjà été condamné à quatre mois de prison pour incitation à la haine après avoir perturbé un atelier de lecture organisé par des drag-queens à Saint-Senoux, en Ille-et-Vilaine.

À lire aussi : Prison ferme pour le militant d'extrême droite qui avait perturbé un atelier lecture de drag-queens à Saint-Senoux.

Tous s'opposent au futur centre d'hébergement de jeunes mineurs isolés qui doit ouvrir ses portes dans quelques semaines dans l'ancienne auberge de jeunesse de la commune. 

Au micro, Leila Marie Rosenstech, responsable de la 7ᵉ circonscription d'Ille-et-Vilaine pour le parti Reconquête, assure avoir organisé ce rassemblement pour dénoncer un projet qui "symbolise la folie de ce gouvernement et plus largement des pouvoirs publics", dénonçant la hausse continue du nombre de mineurs non accompagnés dans le département et des budgets alloués à leur accueil. En ligne de mire de cette ancienne habitante de banlieue parisienne : la politique migratoire du gouvernement, responsable, selon elle, de la baisse du niveau scolaire, de la chute des prix de l'immobilier, des salaires et même de la crise agricole actuelle. 

Ce sont des populations qui ne vivent pas comme nous dans leur pays. Moi, j'ai mis ma famille en sécurité en venant dans une petite ville et aujourd’hui qu’est-ce qui se passe ? Ces populations viennent ici, elles n’ont pas les mêmes civilisations.

Leila Marie Rosenstech,

Responsable de la 7ème circonscription d'Ille-et-Vilaine pour le parti Reconquête

Face à ces militants, environ 200 personnes tenaient quant à elles à dénoncer "ces messages de haine" et soutenir le projet d'accueil, comme Murielle, qui habite dans la même rue que le futur centre d'hébergement. 

Moi, j'ai des enfants qui sont en train de devenir des adultes et ils ont eu la chance de grandir du bon côté. Pourquoi eux, ils n'auraient pas le droit d'être accompagnés pour construire leur vie et avancer.

Murielle

Voisine du futur centre d'hébergement pour mineurs non accompagnés

En Ille-et-Vilaine, une vingtaine de communes accueillent déjà ce type d'hébergement pour mineurs non accompagnés. En charge de la protection de l'enfance, le département a acquis l'ancienne auberge de jeunesse de Dol-de-Bretagne pour 940 000 euros (hors frais) afin d'y créer un nouveau centre de 26 à 30 places. Une nécessité face à "l'augmentation significative du nombre de jeunes arrivant seuls sur le territoire", assure le Conseil départemental dans un communiqué. 

820 jeunes étaient accompagnés dans l’ensemble du dispositif MNA [Mineur non accompagné] au 30 septembre 2023 (740 mineurs isolés confiés et 80 jeunes mis à l’abri en cours d’évaluation), contre 743 au 1er janvier 2022.

Conseil départemental d'Ille-et-Vilaine

L'établissement devrait ouvrir ses portes d'ici à quelques semaines. "On est propriétaire depuis le début de l'année et nous finalisons actuellement le choix du prestataire qui va recruter son équipe éducative, explique Anne-Françoise Courteille, vice-présidente du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, déléguée à la prévention et protection de l’enfance. Donc, on espère ouvrir dans les prochaines semaines."

Le projet n'avait jusque-là pas suscité de réactions dans la population : "On a réalisé des réunions de quartier avec le département, on a reçu plutôt des interrogations que des oppositions brutales", assure Denis Rapinel, le maire centriste de la commune.   

"Je ne comprends pas qu'on puisse avoir une telle phobie de l'autre et je ne vois pas très positivement que des gens qui n'habitent pas à Dol, qui viennent de loin, viennent instrumentaliser la ville de Dol pour partager les messages qui ne sont pas en rapport à ce qu'on vit aujourd'hui ici." 

Denis Rapinel

Maire de Dol-de-Bretagne (SE)

En réaction à la venue des militants d'extrême droite, le maire a donc appelé ses administrés à venir témoigner de leur soutien "de manière à ne pas donner l'idée que Dol-de-Bretagne est une terre de mission pour les gens qui sont racistes et qui ont peur de l'étranger." Un rassemblement auquel se sont également joints de nombreux militants de partis de gauche (LFI, PC, PS, EELV...) 

La loi sur la protection de l'enfance dit que ces jeunes doivent être protégés. La question n'est pas de savoir s'il faut le faire ou pas, la question est de savoir comment est-ce qu'on fait ?

Denis Rapinel

Maire de Dol-de-Bretagne (SE)

"Nous, nous partons du principe qu'il soit mineur, étranger ou mineur habitant du département d'Ille-et-Vilaine, ça reste des enfants à protéger", assène Anne-Françoise Courteille. Nous tenons absolument à leur porter la même attention pour les aider à grandir, pour les aider à devenir des citoyens autonomes."

Ici, tous ont en tête l'abandon d'un ambitieux, mais contesté projet d'accueil de réfugiés à Callac. 

À lire aussi : Le maire Callac renonce au projet contesté d'accueil de migrants. "Ce n'était plus tenable"

Après l'annonce du projet au printemps 2022, des élus avaient été soumis à de multiples pressions, y compris des menaces de mort. 
Deux manifestations, s'appuyant sur un petit groupe d'opposants locaux, mais portées par l'extrême droite et notamment le parti Reconquête d'Eric Zemmour, s'étaient déroulées dans la commune. Elles avaient suscité à chaque fois des contre-manifestations de soutien au projet et de dénonciation de l'extrême droite.