Ukraine. Depuis un an, ces marins d'un cargo russe sont bloqués à Saint-Malo. "L'État reste sourd à leur sort"

Le cargo russe Vladimir-Latyshev est bloqué au port de Saint-Malo depuis le 2 mars 2022. Il est sous saisie de la douane française, dans le cadre des sanctions contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine. Une dizaine de marins vit à bord, s'occupe tant bien que mal. "Mais ça ne peut plus durer" assure l'ITF, la fédération internationale des ouvriers du transport.

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A bord du Vladimir-Latyshev, les marins tuent le temps comme ils peuvent. Un peu de maintenance ici et là, mais huit heures de travail, de jour ou de nuit, deviennent très longues sur un cargo bloqué à quai. Depuis un an, le navire russe est immobilisé au port de Saint-Malo. Il est gelé par la douane française, dans le cadre des sanctions contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine.

"Le gel ne concerne que le bateau, précise Laure Tallonneau, inspectrice de l'ITF, la fédération internationale des ouvriers du transport. L'équipage est libre de débarquer. Des relèves régulières ont lieu mais la situation est compliquée car les marins restent entre 5 et 6 mois. On ne saisit pas un appartement là, il y a des vies humaines en jeu".

"Les marins ne sont pas abandonnés"

L'inspectrice de l'ITF vient régulièrement rencontrer ces hommes dont l'horizon se limite au bassin Jacques-Cartier. Quand la guerre en Ukraine a éclaté, le cargo venait tout juste d'arriver au port de Saint-Malo pour y décharger de la magnésie. "Au début, ils n'osaient pas trop s'aventurer dans la ville, témoigne Laure Tallonneau. Ils avaient peur pour leur sécurité et des représailles. Aujourd'hui, ils sortent un peu plus mais c'est très limité".

Ils occupent leurs journées à entretenir le bateau, à fumer, boire et regarder des films

Laure Tallonneau

Inspectrice ITF

La jeune femme veille au respect de leurs conditions de vie. Elle rappelle qu'ils "ne sont pas abandonnés par l'armateur. Le navire est avitaillé en gasoil et en nourriture. Les salaires sont versés, de l'ordre de 500 euros par mois. Ce qui est peu. Ils occupent leurs journées à entretenir le bateau, à fumer, boire et regarder des films. Ils font des rondes pour s'assurer que personne ne monte à bord. Voilà à quoi se résume leur quotidien depuis 12 mois. Ils disent que tout va bien et s'accrochent surtout à leur salaire qui permet de faire vivre leur famille".

Une "grosse bagarre" a toutefois éclaté sur le Vladimir-Latyshev au mois de janvier, provoquée, selon l'inspectrice de l'ITF, "par le commandant hyper violent avec l'équipage. Il était en poste depuis l'arrivée à Saint-Malo et ne voulait pas quitter le navire. La vie des marins était en danger avec un type comme lui. L'ITF a contacté l'armement pour dire 'stop'. Il a finalement été relevé"

Le cargo appartiendrait au ministre des transports de Russie, "lequel est sur la liste des personnes sanctionnées" relate Laure Tallonneau. Elle s'étonne du "deux poids deux mesures puisque, dit-elle, certains navires russes sont immunisés. Ce serait un pétrolier, il n'aurait pas été gelé". Un autre bateau du même armement, la compagnie de leasing JSC, est également immobilisé dans le port de Marseille. 

"Aucun retour de l'Etat"

Quand le Vladimir-Latyshev pourra-t-il reprendre la mer ? "C'est impossible à dire, explique Stéphane Perrin, vice-président de la Région Bretagne, délégué au port de Saint-Malo. Nous n'avons aucune information sur le déroulé de la procédure en cours. Nous veillons à ce que le bateau soit doté d'un équipage et avitaillé en gasoil pour conserver les conditions de sécurité à bord. Les droits de port sont payés, à raison de 7.000 euros par mois". 

L'élu régional indique qu'une demande de transfert du cargo vers un port d'Etat a été adressée à la préfecture. "Nous n'avons eu aucun retour, remarque Stéphane Perrin, lequel craint de voir "l'armateur abandonner le navire si la situation s'éternise. Le cargo est en bon état, il a une valeur marchande, observe-t-il. Cependant, à force de payer 7.000 euros par mois pour avoir le droit de rester à quai, l'armateur peut se lasser et on va finir par se retrouver avec un bateau sur les bras, sous saisie des douanes".

"Il faut libérer le bateau"

Laure Tallonneau ajoute que "le gouvernement français reste sourd au sort de ces marins russes qui n'y sont pour rien dans la guerre en Ukraine. On l'a interpellé à plusieurs reprises depuis un an. On n'a eu zéro réponse. Rien. Il faut libérer le bateau car cela ne peut plus durer. Un marin, son travail, c'est de naviguer". Et de citer l'exemple du Pola Ariake, immobilisé à Lorient, pour lequel la justice a ordonné, en mars 2022, qu'il puisse quitter le port morbihannais.

La compagnie de leasing JSC a lancé une procédure judiciaire pour que le Vladimir-Latyshev obtienne l'autorisation de partir. Pour l'heure, les seules manoeuvres qu'il opère consistent à bouger sa longue  silhouette de 141 mètres d'un quai à l'autre dans le bassin, quand il gêne les déchargements des autres navires.