Témoignage. "J'ai croisé des femmes victimes de viol et de violence", pour Fannie, l'inscription de l'IVG dans la Constitution est un soulagement

Publié le Écrit par Catherine Jauneau

Créée en 1956, le planning familial a gardé ses missions. Ce mouvement féministe d'éducation populaire défend toujours les droits des femmes à disposer de leur corps. Dernière victoire pour cette association : l'inscription dans la constitution de la liberté des femmes à recourir à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Rencontre avec Fannie, sage-femme au sein de de l'équipe du planning rennais.

Fannie Tamalet a 28 ans. Cette jeune sage-femme a choisi de rejoindre l'équipe du planning familial de Rennes il y a quelques années. " Dans mon parcours de formation, j'ai été confrontée à des situations qui ont orienté ma vocation. J'ai voulu m'engager auprès des femmes. J'ai croisé des femmes victimes de viol et de violence, des femmes avec des grossesses non désirées et en grande précarité." Dans les locaux de l'association,  on accueille gratuitement en consultation, sans aucune réserve. À disposition, au côté de Fannie, un médecin généraliste spécialisé en gynécologie, une conseillère conjugale et familiale, un psychologue .

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Tous sont conscients du chemin tracé par les militantes qui furent les pionnières du mouvement.

Les anciennes se sont battues pour que les femmes disposent de leur corps. Aujourd'hui, on s'engage surtout sur les questions de violences faites aux femmes.

Fannie Tamalet

sage-femme au planning familial 35

Le planning familial est né dans les années 60 sous le nom de "maternité heureuse". À l’époque, il s'agit  d'informer sur les questions de contrôle des naissances.

Vers l'émancipation des femmes

La légalisation de la pilule contraceptive en 1967 par la loi Neuwirth et son remboursement par la Sécurité sociale depuis 1974, a constitué pour le mouvement une grande avancée pour la « libération sexuelle » des femmes, celles-ci obtenant la possibilité de maîtriser elles-mêmes leur fécondité. En 1975, la loi "Veil" autorisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), en 2022, le délai légal est allongé de 12 à 14 semaines pour les IVG et son inscription récente dans la constitution française signe à nouveau un grand pas pour les membres du planning. Mais pour autant, rien n'est acquis. "C'est une victoire symbolique et historique" commente Fannie," surtout quand on voit l'essor des mouvements anti-IVG, particulièrement aux Etats-Unis, il ne faut pas qu'il y ait de recul".

Ces sujets et bien d'autres questionnements sont évoqués dans le bureau de Fannie. Éducation sexuelle, suivi gynécologique, maladies sexuellement transmissibles, types de contraception, avortement, violences et discriminations liées au genre et à l'orientation sexuelle font l'objet des consultations quotidiennes de la sage-femme. Pas de préparation ou de suivi postnatal pour elle, avec un diplôme de spécialisé dans la "Contraception ; Gynécologie ; Sexualité", Fannie a fait le choix de s'investir autrement pour conseiller et orienter.

"Ce sont majoritairement des jeunes filles ou des jeunes femmes, souvent des étudiantes, parfois des mineures qui consultent" explique la sage-femme. "Les garçons viennent pour des dépistages de MST, parfois pour s'informer sur la contraception testiculaire thermique ou pour des parcours de transition."

IVG: un choix, des pressions

"Mon rôle est d'abord d'expliquer les différentes méthodes utilisées pour les IVG lors de la consultation. Au planning familial, seuls les suivis d'avortements médicamenteux, sans hospitalisation peuvent être réalisés sur place", précise-t-elle." Pour les IVG par aspiration, nous orientons vers les centres IVG et les centres de santé sexuelle des hôpitaux. On enregistre un nombre de demandes stables pour cette question, avec parfois des difficultés pendant les vacances où les délais de prises en charges sont plus compliqués. De même selon les territoires. Dans ce cas, pour les IVG hors délais, on a une cagnotte pour permettre aux femmes de se rendre en Hollande. " En pratique, on  conseille aux femmes un entretien avec un conseiller pour poser les choses, comprendre leur situation personnelle." 

Elles n'ont pas toujours de soutien dans leur entourage, peuvent subir la pression de leur famille. On leur explique comment va se passer l'IVG. Parfois, il y a de la tristesse et parfois du soulagement !"

Fannie Tamalet

Sage-femme planning familial 35

Le 8 mars dernier, pour la journée internationale des femmes, le planning familial de Rennes a tenu un stand d'information devant la Mairie. Sur place, avec l'aide de bénévoles engagés, on a communiqué pour donner de la visibilité à nos missions parfois encore méconnues : "Nos entretiens sont gratuits. Les consultations médicales, les examens, les traitements et les contraceptifs sont eux aussi gratuits pour les mineurs et les non-assurés sociaux." précise Fannie. "Les mineurs peuvent venir sans autorisation parentale, avec ou sans rendez-vous. Chez nous, on accueille sans jugement, nous sommes tenues au secret professionnel".  L'engagement des membres du planning familial reste encore la cible d'une certaine frange de la population. "En juillet dernier, un groupe d'anti-ivg a collé des écriteaux un peu partout à Paris. Des actions signalées aussi en province. Les locaux du planning de Lille ont été vandalisés récemment" .

Violences et sexisme

Dans son quotidien, Fannie explique être souvent confrontée aux violences faites aux femmes . les chiffres nationaux sont en hausse en ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles, les féminicides, rajoute-t-elle. "Malgré la sensibilisation sur le sujet, il y a de plus en plus de discours radicaux et extrémistes sur le rôle de la femme, et pas seulement chez les adultes. On a l'impression qu'il y a une régression dans les mentalités. On est sur des questions de société, il faut que les choses s'inscrivent dans les mœurs. La vague #MeToo a permis de libérer la parole, les femmes se sentent plus légitimes pour parler mais il y a encore un rapport de force. "

 Sur ce sujet, Le planning familial propose des groupes de parole. Souvent les femmes ne viennent pas directement consulter pour cette problématique. Le souci est détecté au cours de la discussion. Depuis fin 2023, il est possible d'orienter les victimes vers la maison des femmes, au sein du CHU de Rennes., une structure unique dans le Grand Ouest.

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Des sujets tabous 

Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils si différents des générations précédentes face à la sexualité? Pas si sûr se demande Fannie. "Il y a une grande méconnaissance du corps et de la façon dont il fonctionne chez eux. Il y a un modèle et il sert de référence. Au sein des familles, ça reste encore parfois un sujet tabou. Mais ils explorent leur sexualité de façon plus libérée qu'avant. Il y a un parcours personnel qui amène à se positionner sur les identités de genre. Pour les personnes concernées par la transidentité, souvent, on le constate, les choses sont claires. Mais ils sont eux aussi confrontés à des violences sexistes. Nous sommes là pour les accompagner et les orienter vers des associations. Ce phénomène, on l'a déjà connu avec l'homophobie, plus acceptée dans les mœurs aujourd'hui."

Fannie a trouvé sa place."On ne travaille pas au planning familial par hasard". Dans une petite équipe où tous ont des valeurs communes, la sage-femme affirme sans détour son engagement pour la cause des femmes et des minorités sexuelles.          

numéro vert planning familial : 0 800 08 11 11 

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