"Il était trop tard pour sauver Maxence" Maman d'un adolescent transgenre qui a mis fin à ses jours, Yolande Miel veut informer pour éviter de nouveaux drames

Publié le Mis à jour le
Écrit par Céline Serrano
Détail de la couverture du livre de Yolande Miel "Maxence ou le journal d'un mec bancal"
Détail de la couverture du livre de Yolande Miel "Maxence ou le journal d'un mec bancal" © DR

Deux ans après avoir confié sa transidentité à sa mère, Maxence, né fille, s'est suicidé. Il avait 17 ans. Depuis, cette femme dévastée et digne n'a de cesse d'informer sur la transidentité. Afin qu'à la souffrance de l'inadéquation entre le sexe et l'identité perçue, ne s'ajoute plus l'incompréhension des autres.

Né dans un corps de fille, il se sentait garçon.

C'était il y a quatre ans et demi. Yolande Miel, la maman de Maxence conserve un souvenir limpide de l'annonce : "La veille il m'avait parlé d'un pote trans qui prenait de la testo. Je me suis dit : c'est quoi ça, c'est pas mon monde, et je suis allée me coucher.

Maman le pote trans dont je t'ai parlé c'est moi

texto de Maxence à sa maman

Le lendemain, elle recevait un texto : "Maman le pote trans dont je t'ai parlé c'est moi". "Là, j'ai la terre qui s'ouvre, j'ai un gouffre à mes pieds, je ne sais pas quoi faire".  

Et puis elle est allée voir Maxence, lui a dit qu'elle serait là pour lui, qu'elle l'aimait et l'accompagnerait.  

En 2017, il n'y avait pas autant d'informations disponibles sur le sujet qu'aujourd'hui. Yolande fouille sur internet. "Avec les quelques infos que j'ai réussi à glaner, j'ai attendu mon enfant le soir. J'étais prête. Et je l'ai tout de suite accompagné ".

« A Vannes à ce moment-là il n’y avait rien. Pour avoir les coordonnées d’un médecin, on a dû aller à Rennes pour avoir des infos sous le manteau. »  

L'annonce

Béatrice Denaes, présidente de Trans Santé France, née garçon il y a plus de 60 ans, n'a révélée sa perception transgenre à son entourage qu’il y a 8 ans. "On se demande toujours comment la personne va réagir. C'est une épreuve terrible. La transidentité est une réalité que les gens appréhendent très peu, ou très mal. Il faut qu'on en parle pour qu'il n'y ait plus cette forme de rejet, de parole transphobe liée à une méconnaissance."  

"Quand Maxence m'a révélé sa transidentité, on en parlait très peu. Et c'est bien dommage. En parler, ça dédramatise le sujet, ça le banalise" approuve Yolande Miel.  

"Il a gardé ce terrible secret pour lui pendant plus de deux ans. Il a ensuite donné quelques indices : il se mesurait les épaules..."  

"En tant que maman c'était très difficile. J'avais une petite fille qui était heureuse, de qui j'étais très proche. L'adolescence est arrivée et j'ai pensé que mon enfant faisait une grosse crise d'ado. J'ai mis deux ans à comprendre qu'il y avait autre chose"  

A ce moment-là la transidentité pour moi c'était les drag queens et les travelos du bois de Boulogne

Yolande Miel

"A ce moment-là moi je n'y connaissais rien. Les indices qu'il me donnait je ne savais pas quoi en faire. La transidentité pour moi, c'était les drag queens, les travelos du bois de Boulogne."  

Unique son genre

En parler

Malgré son soutien, Maxence est resté enfermé sur lui-même. « Pendant les deux ans qui nous ont été donnés, j'ai eu beaucoup de mal à communiquer avec lui. Je pense que le fait qu'il ait gardé ça pour lui, avant de faire son coming out auprès de moi et de ses amis, ça l'a dévasté. La dépression s'était installée. Et la dépression, ça peut tuer."  

Michel Le Marrec, président de l’association Contact 35, lieu d'échange entre les homosexuels et leurs parents qui œuvre à  partager l'expérience de l'annonce et à réfléchir à comment accepter cette situation, le constate tous les jours : "Malheureusement, tous les parents n'accompagnent pas leurs enfants. Beaucoup les mettent à la porte. Ils sont choqués, abasourdis par une annonce qu'ils n'attendaient pas. Il y a un chemin parfois très long vers l'acceptation et le soutien. Mais le parcours trans est toujours difficile, si on est aimé et soutenu par ses proches et ses amis, c'est beaucoup plus facile"  

Il fallait que je fasse quelque chose de ça

Yolande Miel

Après le suicide de Maxence, Yolande Miel a commencé à rédiger un blog : « Je parlais à Maxence et ça a eu un écho auprès de jeunes. Ils me remerciaient que des adultes fassent quelque chose pour eux. »  

De ce blog est né un livre, à deux voix, la sienne, et celle de Maxence : « Maxence ou le journal d’un mec bancal »  Avec pour Yolande Miel le même objectif, informer et inciter les jeunes gens à s’exprimer : « Il ne faut pas attendre pour parler. Pour Maxence ça a été dramatique d’attendre. Et si ces jeunes gens savent les adultes éclairés, ils ont moins peur de l’annoncer »       

Une enfance perdue

Lucas Freton, urologue, reçoit en consultation des personnes transgenre au CHU de Rennes ."Dès la petite enfance les enfants peuvent exprimer leur ressenti de genre. Mais la période cruciale, c'est la puberté, quand les hormones commencent à changer les paramètres physiques, et même le cerveau."  

Béatrice Denaes confirme : "Souvent c'est vers 4-5 ans, au moment où l'enfant prend conscience de son sexe biologique, qu'il constate, ou pas, qu'il y a quelque chose qui cloche." 

Ce corps n’était pas le mien

Beatrice Denaes

"Dans les années 50-60 on ne parlait pas du tout de transidentité. Je ne sentais pas du tout être un petit garçon. Il a fallu que je vive avec ça pendant des années sans en parler. Je suis rentrée dans une hyper timidité, une très profonde mélancolie. Je n'arrivais plus à avoir de contacts avec qui que ce soit, tellement je me sentais mal." se souvient la présidente de Trans Santé France.  

Et 60 ans plus tard, le constat de Yolande Miel montre que le poids des regards est encore bien lourd "Maxence, il en souffrait au quotidien, a fait de multiples tentatives de suicide avant celle qui lui a été fatale. Il était trop tard pour le sauver. 17 ans, c’est pas un âge pour mourir. »  

10 fois plus de risque de suicide

Il existe très peu d’études sur la transidentité. Publié en janvier 2017 par l’Académie Américaine de Pédiatrie (American Academy of Pediatrics), Transyouth Project révèle notamment que les personnes transgenre présentent 10 fois plus de risque de suicide que le reste de la population.

Une personne transgenre sur trois fait au moins une tentative de suicide au cours de son existence.

Le bénéfice des bloqueurs de puberté

L’étude américaine révèle aussi que ce risque de suicide chute de 73% chez les adolescents qui bénéficient de bloqueurs de puberté.  

L’urologue du CHU de Rennes Lucas Freton confirme : « On sait aujourd’hui que les traitements, hormonaux notamment, peuvent améliorer tous ces problèmes de dépression. Ils permettent à ces jeunes gens de s’affirmer dans le genre dans lequel il considèrent pouvoir vivre, et être. Les bloqueurs de puberté évitent à une jeune fille trans que la pilosité masculine se déclenche, ou au contraire pour un jeune garçon, que ses seins se développent. Ce sont des traitements réversibles, qui permettent aux adolescents de prendre le temps de faire leur choix, de s’affirmer»  

Le mariage pour tous, un déclencheur

Le combat lié au mariage pour tous a été un déclencheur pour la reconnaissance de la diversité, et notamment la transidentité. "Fatigués après 2013 et le combat très rude pour le mariage pour tous, les militants homosexuels très engagés ont laissé la place et des personnalités transgenre ont émergé" explique Michel Le Marrec.    

L’espoir

« Contrairement à ce qui peut se dire, ce n’est pas un phénomène de mode, ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas un choix non plus. On ne l’a pas demandé. » explique Béatrice Denaes. « J’aimerais que les gens comprennent que ce n’est vraiment pas pour embêter le monde qu’on fait ça. On est comme ça, on vit comme ça, acceptons notre vie comme ça. »

L’espoir de Béatrice, et de Yolande, c’est qu’on arrive à ce que la transidentité soit reconnue comme une entité existante et légitime, au même titre que l'homosexualité ou l'hétérosexualité.  

Contact 35 : 0 805 69 64 64      

     

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