Harcèlement scolaire. "A l'école, il y a Gautier ", le clip de la petite école bretonne qui a ému l'Education Nationale.

Au concours national "Non au harcèlement", les maternelles et primaires de l'école des Tilleuls de Moustoir-Rumengol, dans le Morbihan, se sont fait remarquer. Leur clip, "A l'école, il y a Gautier ", a reçu le premier prix. Une histoire de regards croisés sur le harcèlement, dont 700 000 élèves, du primaire au lycée, seraient victimes.

"Gautier, tu as tout faux, tu n’as pas compris l’exercice, on le refera." Le film commence comme une banale scène de classe. Et puis, sous la petite musique cristalline d’une boite à musique, les rires moqueurs des enfants glacent le sang.

Et pourtant, ils sont hauts comme deux pommes et demie. Les élèves en grande section et en CP de l’école des Tilleuls d’Evellys à Moustoir - Remungol ont travaillé pendant des mois sur le harcèlement et ont réalisé un film qui a obtenu le premier prix national de la campagne "Non au harcèlement".

David Le Goudiveze, leur enseignant, gardait en mémoire l’histoire d’une de ses petites élèves. "Un jour, ses amies l’ont mise à l’écart. Elle était toute seule. Il n’y a pas eu d’insultes, ni de coups, simplement, plus personne ne lui parlait, plus personne ne jouait avec elle. Je me suis mis à sa place, et je me suis dit, c’est très dur. "

L'enseignant a donc commencé à en discuter avec sa classe." Au début, pour les enfants, c’était assez simple, et très manichéen. Dans les histoires de harcèlement, il y a les gentils et les méchants et puis voilà ! En fait, ils se sont aperçus que ce n’est pas si simple que cela. Il y a des zones d’ombre, les témoins, les rieurs, ceux qui n’osent pas intervenir, ceux qui ont peur… " 

Se moquer, ça fait rire ou ça fait mal ?

"On a donc posé des questions, comme Se moquer, ça fait rire ou ça fait mal ? Ils ont beaucoup réfléchi, et c’est comme cela qu’on a eu l’idée de faire le film à plusieurs voix et à plusieurs regards."

On entend et on découvre d’abord la voix des harceleurs : "T’es bête, tu n’y arriveras jamais !  A l’école, il y a Gautier, tous les jours, nous l’embêtons, on se sent forts, ça nous amuse." Puis arrive la voix des témoins,  "A l’école, il y a Gautier, les copains se moquent de lui. On aime bien, c’est drôle et puis on préfère qu’ils se moquent de lui que de nous. "

Le film fait aussi entendre la voix de ceux qui disent Non et la voix de Gautier "Je suis seul, j’ai pas d’amis, je ne suis pas fort. "

j’ai plus envie d’aller à l’école. J’ai peur d’aller à l’école

"Le film est fort parce que ce sont des enfants qui ne savent pas lire qui jouent, alors forcément, on n’a rien écrit, raconte David Le Goudiveze. On allumait les caméras et ils improvisaient. Ils se sont tous mis dans la peau de leurs personnages en faisant appel à leur empathie."

"Quand le petit garçon qui joue le rôle de la victime Gautier a pris la parole, il a tout balancé d’un coup, même des choses dont on n’avait jamais parlé : "j’ai plus envie d’aller à l’école. J’ai peur d’aller à l’école." A 6 ans, il avait tout intégré." 

"Quand le tournage avançait, confie l’enseignant, je ne savais pas trop où on allait et comment toute cette histoire se terminerait. Et puis les enfants ont dit, "il faut que les enfants protègent Gautier." A un moment, il va être défendu par quelqu’un et les autres vont comprendre. Le film se termine sur le chœur des enfants qui crient "Non au harcèlement."

Prêts pour demain

"Je pense que ce petit groupe d’enfants saura quoi faire dans l’avenir si il y a un problème de harcèlement autour d’eux, se rassure David Le Goudiveze. Ils auront les bons réflexes. Et j’espère que tous ceux qui verront le film aussi."

Car l’instituteur le sait bien, "c’est difficile de voir, difficile surtout de mesurer une situation. Est-ce que c’est une petite dispute ? Est-ce que ça dure ? Est-ce qu’il y a de la souffrance ? Des fois, les enfants qui sont moqués rigolent. C’est parfois parce qu’ils trouvent la plaisanterie drôle, mais c’est aussi parfois un rire jaune pour masquer leur mal être. Et évidemment, plus ils sont grands, plus ils savent être discrets et dissimuler. Il faut donc que tout le monde, petits et grands soit en alerte !"

La lutte continue

Avec le prix "Non au harcèlement", l’école a reçu un chèque de 2 000 euros. L’argent servira à acheter des livres sur le harcèlement scolaire et peut être.. un banc !

David Le Goudiveze rêve d’installer un banc de la solidarité dans la cour. "Un lieu où on va s’asseoir quand on se sent seul pour envoyer un signe aux autres, leur  montrer que l'on n’est pas bien. Les élèves, imagine-t-il, pourraient le peindre, le décorer et s’ils voient quelqu’un s'installer à cet endroit, aller vers lui. "

"L’école est là pour apprendre aux élèves à lire, à écrire, à compter, mais elle doit aussi enseigner l’empathie, la solidarité. David Le Goudiveze le sait bien, quand le harcèlement commence à l’école, il risque de continuer dans les entreprises, dans la rue. Alors, il est important de bien former les citoyens de demain."

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