Groupes de niveau, 300 personnes rassemblées à Lorient, "hors de question de trier les élèves"

Au lendemain de la visite de la ministre de l’Éducation, Nicole Belloubet dans le Morbihan, 300 personnes ont défilé ce 20 avril 2024 dans les rues de Lorient pour protester contre la réforme du choc des savoirs. Enseignants, parents d’élèves, tous s’opposent à la création de groupes de niveau.

En visite dans le Morbihan, la ministre de l’Éducation, Nicole Belloubet a affirmé qu’il n’y aurait pas de tri dans les élèves. Loïc Avry,  secrétaire départemental enseignement FO Morbihan, s’en étrangle. "C’est extraordinaire, dit-il, j’ai lu son décret du 15 mars, il dit le contraire ! Il dit qu’il faudra trier les élèves en groupes avec des groupes plus réduits dans lesquels on mettra les élèves en difficulté. Elle ment quand elle dit que l’on ne nous demande pas de trier les élèves, nous ne voulons pas trier les enfants."

"On ne va pas lâcher !"

 

Les manifestants réclament le retrait immédiat et total du texte. En ce premier jour de vacances de Pâques, ils sont près de 300 dans les rues pour envoyer un signal : "On ne va pas lâcher !"

Joëlle Chocteau, secrétaire départementale FO lycées et collèges est venue battre le pavé en tant qu’enseignante et en tant que parent d’élèves. Et elle a peur, dans les deux cas. "Peur en tant qu’enseignante et peur en tant que parent d’élèves. Cette histoire de groupes de niveau, redoute-t-elle, ne sera bonne ni pour les bons élèves, où la concurrence sera permanente et où les élèves ne se sentiront pas bien, ni pour les groupes d’élèves moins bons, il va y avoir des étiquettes, des stigmatisations, et du mal-être des élèves, ça va être terrible."

Perte de chance pour les enfants

Dans le cortège, Maud Le Roscouët, la présidente FCPE du Morbihan partage son inquiétude. "On sait que cela ne va pas marcher, souffle-t-elle. Cela va dégrader le climat scolaire, va augmenter le niveau de stress."

"Je trouve cela profondément injuste d’étiqueter les enfants dès leur entrée au collège. Des élèves peuvent très bien ne pas réussir un temps et bien réussir ensuite. L’objectif c’est que tous aient leur chance. Là, c’est une perte de chance pour tous les enfants."

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Des groupes des Nuls ?

Car aucun enseignant ne se fait d’illusions, "je ne vais pas dire à un élève, toi, tu vas dans le groupe des nuls, plaide Johanna Delaroche, professeur de mathématique dans un collège. Nous, on ne l’appellera pas comme ça, mais les élèves, eux, le nommeront le groupe des nuls, il n’aura pas d’autres noms. Je ne peux pas faire ça."

Ces groupes de niveau sont pour elle, un véritable non-sens. "Cela fait 20 ans que je travaille dans l’hétérogénéité, avec l’entraide des élèves et là, on nous demande de sortir tous les mauvais élèves pour les mettre tous ensemble, c’est juste un non-sens."

Tous les enseignants en ont la certitude, les groupes n’avanceront pas au même rythme. "C’est sûr que ça va être pire qu’avant. Il est hors de question que j’applique cela, hors de question que je trie les élèves."

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Des moyens pour l’école

Tous réclament donc davantage d’enseignants, d’heures de cours…  "Nous nous voulons des moyens pour l’éducation nationale, argumente Loïc Avry. Le budget militaire, c’est 415 milliards qui ont été accordés à l’Armée. Nous on vient de nous retirer 700 millions… on demande des moyens pour travailler. On sait faire progresser les élèves, les spécialistes de l’éducation et de la pédagogie, c’est nous ! Donnez-nous des moyens, des heures arrêtez de supprimer des heures partout et on saura faire de la pédagogie avec les élèves."

Déjà, tous préparent le lundi de la rentrée. De nouvelles actions sont attendues. "Nous n’avons pas le choix, conclut Maud Le Roscouët, il s’agit de défendre les valeurs de l’école publique, l’égalité entre tous."

(avec Nicolas Corbard et Yoann Etienne)