"On sent une psychose chez les consommateurs" : les ostréiculteurs bretons inquiets depuis Noël

Les différentes interdictions de vente d'huîtres sur le territoire national ont fait peur aux consommateurs. Malgré les fêtes de fin d'année, les huîtres bretonnes, qui ne sont pas contaminées par le norovirus, voient leurs ventes baisser. La filière ostréicole a donc décidé de se mobiliser.

Pendant les fêtes de fin d'année, plusieurs zones ostréicoles ont été contaminées en France : d'abord le bassin d'Arcachon, puis deux zones réduites du Calvados et de la Manche. Plus récemment, un arrêté préfectoral a été pris vendredi 5 janvier 2024 : il concerne la zone de Bouin en Vendée.

Des ventes en baisse depuis le Premier de l'An

Les huîtres bretonnes, elles, restent pour l'instant épargnées par le norovirus. Sur le marché des Lices à Rennes (Ille-et-Vilaine), cette cliente confie avoir "une petite appréhension, car on se demande pourquoi la Bretagne serait épargnée. Mais on continue d'en acheter."

Dans ce contexte, alors que des exploitations morbihannaises ont été détruites par la tempête Ciaran, les ostréiculteurs bretons ont subi depuis le premier de l'an une mévente, "de l'ordre de 20% à 50%" selon Philippe Le Gal. Le président du comité conchylicole de Bretagne sud et du comité national de la conchyliculture tient donc à rassurer les consommateurs : "375 zones conchylicoles sont surveillées en France, moins de 10 ont fermé."

Ce produit de la mer souffre aujourd'hui d'une "psychose", selon les termes de Sébastien Lemoine, ostréiculteur à Carnac dans le Morbihan. Il ajoute : "depuis la fermeture du Bassin d’Arcachon et la médiatisation qui a suivi, il y a une crainte du côté des consommateurs et c'est compréhensible."

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La profession réclame une action des pouvoirs publics

Le norovirus, présent dans les eaux usées, est la conséquence, à la fois d'une forte pluviométrie ces derniers mois et d'une épidémie de gastro-entérite humaine. "Les stations d'épuration débordent avec la pluviométrie. Et d'ailleurs, ce ne devrait pas être le cas, car ces réseaux, d'assainissement et pluviométrie devraient être séparés", réclame Philippe Le Gal. Une demande faite selon lui de longue date aux autorités publiques : "nous avons envoyé un courrier à notre ministère de tutelle".

Pour Sébastien Lemoine, c'est même le principe du pollueur-payeur qui devrait s'appliquer. Il s'explique : "Nous sommes victimes d’une pollution et nous demandons un soutien financier aux pouvoirs publics pour agrandir et faire de nouveaux bassins. Nous réclamons aussi la mise aux normes des réseaux d'épuration. "

Aux ostréiculteurs de montrer que le système de purification fonctionne.

Sébastien Lemoine

Ostréiculteur

Les bassins de purification sont le principal atout des ostréiculteurs bretons pour préserver leurs coquillages du norovirus : "L'État recommande de laisser les huîtres dans les bassins entre 24 à 48 heures, nous nous sommes aperçus il y a trois ans qu'en y laissant les huîtres une semaine, le risque de contamination était très fortement réduit. On minimise le risque."

Dans ce restaurant voisin, les huîtres figurent en bonne place sur les tables. Cette famille est revenue déguster des huîtres "sans appréhension. Si on nous les sert, c’est qu’elles ne sont pas polluées", sourit Sylvia, en savourant une huître pleine mer. Cette passante "dit continuer d'acheter des huîtres de Cancale, toutes les semaines, on fait confiance."

Un optimisme sur lequel les ostréiculteurs souhaiteraient pouvoir compter. Une réunion de crise entre les représentants de la filière conchylicole bretonne est d'ailleurs prévue ce lundi 7 janvier 2024.

Lauryane Arzel avec Lara Dolan.