Réchauffement climatique : les conséquences sur les forêts bretonnes

La forêt, victime collatérale du réchauffement climatique / © MaxPPP
La forêt, victime collatérale du réchauffement climatique / © MaxPPP

1 degré, cela paraît ridicule ! C’est pourtant parfois ce qui fait la différence. À 99°, il ne se passe rien,  à 100° l’eau bout ! À 1°, tout va bien, à 0°, l’eau gèle et se fige ! Ce petit degré pourrait avoir d’énormes conséquences pour notre paysage et sur nos forêts.
 

Par Séverine Breton


La forêt bretonne s’étend sur 380 000 hectares, elle représente 14 % de notre territoire, (contre 31% au niveau national). Et elle souffre ! Le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) a commandé une étude à Météo France : depuis 1969, à raison de 0,2° à 0,3° de plus par décennie, la température moyenne bretonne s’est élevée de 1 degré.
        
Depuis 20 ans, les forestiers observent les changements : sur certaines essences, ils voient qu’elles ont des petites feuilles, que les cimes se dessèchent. Car, avec ce petit degré supplémentaire les arbres commencent à bourgeonner plus tôt, et souffrent lors des gelées de printemps…Ce degré supplémentaire, c’est aussi la multiplication des périodes de sécheresse : des périodes où les arbres ont chaud, manquent d’eau. Et comme ils sont affaiblis, les maladies, les champignons, les insectes attaquent. L’encre du châtaignier, par exemple, profite des hivers doux et humides pour se développer et faire des dégâts.

Michel Colombet, délégué régional du CRPF évoque la théorie du boxeur : "Quand un arbre prend un coup, il peut s’en remettre, mais quand il prend des coups à répétition…ça devient difficile !" Certaines essences qui aiment la fraicheur et l’humidité, comme le hêtre, le chêne pédonculé ou les sapins pectinés sont menacées.


Des essais pour protéger la forêt 


Et bien évidemment, les arbres ne peuvent pas fuir la chaleur. Les scientifiques estiment que les chênes se déplacent vers le nord à raison de 300 m par an, il leur faudrait aller dix fois plus vite.  Alors, depuis 20 ans déjà, le centre régional de la propriété forestière mène des essais.
 

Dans le cadre du projet Reinnforce, 41 arboretums ont vu le jour du sud de l’Espagne au Pays de Galles pour déterminer quelles essences peuvent résister aux modifications du climat. À Priziac, comme dans chaque parcelle, 2 000 arbres de 38 essences différentes ont été plantés, ils viennent du Portugal, de Pologne, d’Asie.

Certains s’adaptent, d’autres moins. Le Pin Ponderosa arrive de Californie, nombre de ses aiguilles sont orangées. La petite pluie fine qui arrose le Centre Bretagne ne semble guère lui plaire. Rémy Penformis, le propriétaire forestier, achouchouté chaque plan et les regarde grandir, inquiet.

La nature s’en va, il n’y a plus de gibier, plus de lapins, pour nos petits-enfants, il faut qu’on réagisse très vite.

Un peu plus loin, à Plouay, le CRPF mène un autre test. Des chênes pubescents de Méditerranée ont été mis en terre au milieu des chênes rouvres de notre région. Ils ont l’habitude des coups de chaud, du manque d’eau. Mais les températures seules ne font pas tout ; les types de sol, les prédateurs, les relations avec les autres essences, tout compte ! Alors, tous les ans, leur croissance des petits chênes est mesurée, comparée, étudiée.
 

Le CRPF doit à la fois aider la nature et les forestiers. Il faut trouver les essences qui résisteront. Les scientifiques prédisent des élévations de température de 3 à 4 degrés pour le siècle à venir. Il est nécessaire agir. Dans les forêts, on a coutume de dire qu’un chêne met plusieurs siècles à pousser, qu’il faut donc commencer le plus vite possible. 


 

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