Sauvetage de Kévin Escoffier : "Il ne s'était pas préparé à un tel accident de mer mais il était prêt mentalement"

A la suite de la casse de son bateau en plein Vendée Globe, Kévin Escoffier a été secouru ce 1er décembre par Jean Le Cam. Un accident de mer rarissime et une épreuve difficile qui nécessite un moral d'acier. Alexis Landais, son préparateur mental, nous livre son analyse.
Le skipper Kévin Escoffier avec son préparateur mental Alexis Landais
Le skipper Kévin Escoffier avec son préparateur mental Alexis Landais © DR
"Je ne l'ai pas encore eu au téléphone même si j'ai suivi son sauvetage une partie de la nuit. Mais de toute façon, je pense qu'il a d'autres personnes comme sa femme et sa famille à appeler en priorité". Lorsque l'on écoute Alexis Landais, on sent tout de suite un homme rassuré de l'issue heureuse de l'infortune de mer à laquelle vient de survivre Kévin Escoffier, le skipper qu'il a préparé mentalement depuis près d'un an.

Selon lui, rien ne peut réellement préparer un skipper à vivre ce qu'à vécu Kévin Escoffier : la casse de son bateau en quelques secondes et un sauvetage après plusieurs heures dans un radeau de survie, dans une mer agitée à 1000 kilomètres du Cap Bonne-Espérance.  

"Il a fait preuve d'une lucidité extrême"


Pour Alexis Landais, il n'y a aucun doute et "il suffit d'entendre le témoignage de Kévin pour s'en rendre compte" que le skipper de PRB a fait preuve d'une lucidité extrême. Alors qu'il a son bateau qui se casse en deux et coule en quelques secondes "il a quand même la lucidité de mettre sa combinaison de survie, de jeter à l'eau le radeau, bref les réflexes qu'il faut pour rester en vie." Et d'ajouter "ce qui veut dire qu'il était préparé finalement à ce genre de situation, certainement inconsciemment ... mais c'est révélateur d'une grande maîtrise de tout et du fait que pendant sa préparation, il avait tout prévu au cas où ce genre de situation arriverait."

Et pour preuve, selon le coach mental, à la vue des vidéos où est apparu Kévin Escoffier, "on voit un homme qui donne l'image de quelqu'un de persuadé qu'il a fait ce qu'il avait à faire et qui le dit d'ailleurs."

 

Un tel accident pas spécifiquement envisagé lors de la préparation, bien que ...


Si Alexis Landais reconnaît que l'hypothèse du bateau qui coule n'a jamais été spécifiquement évoquée avec le skipper, l'accident de mer a été abordé de manière générale : "Ce que l'on a abordé dans la préparation, et ce qui fait partie de la dimension mentale, c'est de prendre en considération qu'il existe des variables qui ne sont pas contrôlables. Sur un sport comme la voile, il y a des variables matérielles et environnementales qui ne sont pas contrôlables. Nous, pendant la préparation, on s'est concentré sur ce qui est contrôlable pour toujours être persuadé et convaincu que 100 % de ce qui avait été possible, avait été fait. Mais après, il y a les aléas." 

Dans son rôle de préparateur mental, Alexis Landais a été en contact à de multiples reprises avec Kévin Escoffier depuis le départ du tour du monde en solitaire et sans escale. Comme le règlement le permet, il est entré en contact avec le skipper pour aborder différentes problématiques telles que la gestion du sommeil ou sur "les besoins de respect de ses routines en début de courses, parce qu'il y avait beaucoup d'énergie et d'émotions et qu'il fallait bien respecter les processus que l'on avait dévelopé dans la préparation".
  

"Je tire mon chapeau aux autres skipper aussi"


Alexis Landais, ancien judoka de l'équipe de France, connaît bien le monde de la voile pour lequel il est préparateur mental depuis 2017 avec Groupama et Dongfreng sur la dernière Volvo Race. 

Il tient à exprimer son admiration pour Jean Le Cam et les autres skippers qui se sont déroutés. "Je leur tire mon chapeau car être capable de mettre entre parenthèse un projet sportif de 4 années et même plus, moi je suis admiratif et respectueux au plus profond de moi. Je suis bluffé par cet état d'esprit."
 
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