Salon de l'agriculture 2024 : "Tout arrive de l'étranger à prix moins élevé", pourquoi la colère des agriculteurs ne faiblit pas ?

Malgré plusieurs annonces gouvernementales pour tenter de calmer la grogne des agriculteurs, la visite d'Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture a été particulièrement chahutée. Les paysans du Centre-Val de Loire attendent beaucoup plus du gouvernement et des syndicats.

Les images ont fait le tour du monde. En visite ce 24 février à l'occasion de l'ouverture du Salon international de l'agriculture, le président de la République, Emmanuel Macron, a été chahuté par les agriculteurs en colère.

Depuis plusieurs semaines, ils réclament des mesures pour améliorer leurs conditions de travail et leur revenu. Le Premier ministre, Gabriel Attal et le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, ont annoncé ces dernières semaines plusieurs dispositifs pour "un choc de la simplification". Moins de normes, moins de contrôles, renforcement de la loi Egalim, le gouvernement s'est plié à un certain nombre de revendications portées notamment par le syndicat majoritaire, la FNSEA.

Alors, comment expliquer que la colère ne faiblit pas chez une partie des agriculteurs ? Certes, les blocages sur les routes se sont arrêtés, mais la cohue lors de la visite du président de la République témoigne de la crispation qui touche le secteur agricole. 

La FNSEA critiquée

D'abord, parce que la FNSEA, le syndicat majoritaire est également critiqué par les agriculteurs. Le départ de la mobilisation s'est fait sans lui : "C'était beau de voir les agriculteurs s'unir tous ensemble sans les syndicats", estime Michel Saint-Just, agriculteur pendant plus de soixante ans et désormais producteur de vin dans le Cher.

Cependant, la FNSEA a rapidement réussi à s'arrimer à la mobilisation, devenant ainsi l'interlocutrice privilégiée du gouvernement. Mais d'un appel à bloquer Paris le 29 janvier dernier, le discours s'est sensiblement adouci à la suite des nouvelles annonces gouvernementales. "C'est sûr que ce n'est pas le Grand Soir, mais ce sont les petites actions misent bout à bout qui font avancer les choses", réagissait Etienne Gagneron, vice-président de la FNSEA et éleveur à Bourges, le 21 février dernier.

Or pour certains agriculteurs ce changement de ton sonne comme une trahison : "Les syndicats agricoles et surtout la FNSEA ne servent à rien du tout !", s'agace Isabelle Lyko qui façonne des produits laitiers bio dans le Cher. "Elle n'est pas là pour défendre les petits agriculteurs, mais pour se défendre elle-même".

Politique européenne

À en croire les agriculteurs du Centre-Val de Loire interrogés au salon, rien ne permettra de calmer la gronde sans s'attaquer à la question européenne : "Ce que l'on veut, c'est la valorisation de notre terroir, de nos produits et de notre culture. Mais tout est dilapidé, puisque tout arrive de l'étranger avec des prix moins élevés. Et c'est normal, puisque la main-d'œuvre est moins chère", explique Isabelle Lyko. 

C'est aussi l'avis de Michel Saint-Just : "Nous n'avons pas du tout les mêmes règles avec d'autres éleveurs européens. Il devrait y avoir des prix et des charges identiques", estime celui que se dit "dégoûté" de l'agriculture. "On vivait mieux avant", regrette-t-il. "Avant, on vendait nos produits au prix qu'ils valaient. Aujourd'hui, on tient juste grâce aux aides de la PAC", souffle-t-il. 

Normes différentes

Autre point de discorde, l'imposition de normes différentes selon les pays. "On importe des produits qui ne respectent même pas nos lois", s'agace de son côté Sébastien Lucas, qui cultive des céréales et produit des pâtes artisanales en Eure-et-Loir. Il aimerait également une forme d'uniformisation des règles à l'échelle européenne.

Sur ce point, le Premier ministre, Gabriel Attal, a souligné à plusieurs reprises son soutien aux agriculteurs, se disant prêt à "faire face à la concurrence déloyale". Il a notamment annoncé l'interdiction des importations de produits agricoles contenant de la thiaclopride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes utilisé notamment sur les fruits à pépins et les légumes, interdit en France en 2018.

Une première étape encore considérée comme largement insuffisante par certaines associations de protection de l'environnement, qui aimeraient bien voir des mesures identiques pour l'ensemble des pesticides, fongicides, herbicides déjà interdits en Europe, mais qui continuent d'être utilisées ailleurs dans le monde.