Indre-et-Loire : Céré-la-Ronde, le village qui a survécu

Le château de Montpoupon, à Céré-la-Ronde, est classé monument historique / © Krzysztof Golik / Creative Commons
Le château de Montpoupon, à Céré-la-Ronde, est classé monument historique / © Krzysztof Golik / Creative Commons

Retrait des services publics, désertification médicale, vieillissement démographique. La liste des menaces qui pèsent sur la vie rurale semble s'allonger chaque année. Pourtant, il reste des communes qui résistent au fatalisme, à l'exemple du petit village de Céré-la-Ronde, en Indre-et-Loire.

Par Bertrand Mallen

A moins d'avoir pris un selfie devant le château classé de Montpoupon, il y a peu de chances pour que vous connaissiez le petit bourg de Céré-la-Ronde. Perdu aux confins de la Touraine et du Loir-et-Cher, loin de tout transport public, il fait partie de ces villages qui voient partir leurs jeunes et disparaître leurs anciens. 

"Chaque année, nous perdons sept ou huit anciens", regrette Jacques Duvivier, maire de cette commune de 450 habitants depuis 2014. "Si nous continuons de la sorte, dans quelque temps il n'y aura plus rien !" Cet ancien avocat d'affaires et jeune retraité n'est pourtant pas du genre fataliste. Il serait même plutôt, de son propre aveu, un brin hyperactif. Jusqu'à récemment encore, il partageait sa vie entre son cabinet, dont les affaires l'entraînaient jusqu'à Tours, Blois et Paris, et sa lutte contre la lente agonie du village.
 
 

Relancer l'économie de proximité

"Lorsque je suis arrivé, la boucherie-charcuterie était fermée depuis un an et demi", raconte Jacques Duvivier. Juste en face, l'épicerie du village périclitait déjà, et plusieurs bâtiments abandonnés ajoutaient au délabrement du centre-bourg. "J'ai réussi à la rouvrir, j'ai maintenant un jeune charcutier qui en est à sa sixième médaille", se félicite l'édile, "j'ai eu la main heureuse !" L'échoppe tire désormais la moitié de son chiffre d'affaires de la commune.

Du côté de l'épicerie, la commune parvient à négocier sa franchisation avec l'enseigne Proxi, qui appartient au groupe Carrefour, et boude pourtant les communes de moins de 500 habitants. C'est désormais ici que la cantine scolaire s'approvisionne pour les repas de ses élèves.

Et les projets se sont accumulés : depuis 2014, la commune est parvenue à sauvegarder son dernier service public, la poste, et même à faire venir de nouvelles têtes, comme un maraîcher bio et l'atelier du glacier Jean-Thomas Schneider (meilleur ouvrier de France 2019 et champion du monde de glacerie 2018, rien que ça !) qui pourraient arriver courant 2020. L'association Louis XII, spécialisée dans la confection et la location de costumes historiques, s'est également installée en centre-ville.
 
 

Trois nouveaux venus hauts en couleur

Et il y a le cas de la Forge, "des bâtiments du XIVe ou XVe siècle qui étaient une verrue dans notre village, et que nous avons rénové dans les règles de l'art", raconte l'élu. Par l'intermédiaire de la chambre des métiers d'Indre-et-Loire, la commune voit s'installer dans ces nouveaux locaux trois artisans d'art au cours de l'été 2019.
 
Yannick Molinier a nommé sa biscuiterie "Amérantine" en hommage à son arrière-grand-mère / © F3 / Bertrand Mallen
Yannick Molinier a nommé sa biscuiterie "Amérantine" en hommage à son arrière-grand-mère / © F3 / Bertrand Mallen

Chacun de ces artisans d'art, désormais fiers Céréens, a emménagé avec son bagage et son univers. Dans la première échoppe, le visiteur aperçoit par le carreau un grand échalas coiffé d'un bandana rouge et vêtu d'un tablier. Yannick Molinier, biscuitier artisanal, a été le premier à s'installer ici au mois de février, et à ouvrir boutique vers Pâques. Ancien salarié à temps partiel, ce passionné de pâtisserie venu de Nazelles-Négron près d'Amboise a été attiré par le loyer abordable et la qualité de vie.

Sa voisine, Nathalie Kawamura, est sans doute celle qui a le plus fait baisser la moyenne d'âge du village. Franco-japonaise, cette céramiste de talent est arrivée à Céré par une suite de coïncidences. "Très jeune, je voulais vraiment faire quelque chose de mes mains", raconte-t-elle. Le bac en poche, elle s'envole donc pour son pays maternel où elle doit rester un an. Son but : retrouver ses racines, apprendre la langue, mais aussi se former. "Au Japon, la céramique est un art majeur, et on trouve de très bonnes écoles", explique-t-elle.

Elle restera finalement huit ans sur place, et participe à un projet de développement de l'île rurale d'Awaji, en face de la baie d'Osaka. C'est là qu'elle trouve son mentor, un céramiste qui pioche lui-même sa terre et produit ses propres émaux à base de produit locaux. De retour en France, elle fuit l'agitation parisienne et s'installe en Touraine. Après quelques tribulations, elle installe finalement son four et sa boutique à Céré-la-Ronde en juillet, et complète son revenu en louant occasionnellement les chambres du second étage. 
 


La dernière arrivée est une enfant du pays. Antoinette Chevrier, alias Toni, se consacre à la fabrication de bijoux de nacre et de bois flotté. L'ancienne barmaid au verbe affûté et aux yeux revolver s'est prise de passion pour cet artisanat lorsqu'elle vivait en Nouvelle-Zélande. De retour sur ses terres, elle se partage entre mille activités. Le matin, elle tient la poste de Céré-la-Ronde. L'après-midi, elle s'occupe de réceptionner et de polir toutes sortes de coquillages, certains découverts lors de ses vadrouilles au bout du monde, d'autres qu'elle trouve elle-même, comme une paire de moules venues d'un étang voisin. Après avoir fait ressortir la nacre de ces joyaux made in nature, elle en fait des pendentifs, des boucles d'oreilles ou des objets décoratifs.
 

Pendant l'été, la boutique accueille en chambre d'hôtes les touristes qui viennent en flux continu découvrir la vallée du Cher. "En été, j'arrête presque de travailler sur les bijoux tellement les gens se succèdent vite", explique-t-elle. "Alors j'en fais le maximum au printemps et à l'automne !"

 

Le nerf de la guerre

Tous ces projets immobiliers et commerciaux coûtent cher, mais l'ancien avocat d'affaires assume : "cela représente des investissements, bien évidemment". Pour les financer, l'édile assure avoir négocié des emprunts à "des taux relativement intéressants". 

Et pour fortifier la trésorerie face à la baisse constante des dotations budgétaire et la suppression annoncée de la taxe d'habitation, la commune a pris les devants. Depuis 2014, elle a fait construire cinq logements sociaux, quatre appartemments classiques, et créé un appartemment au-dessus de chacun des trois ateliers d'art. Au total, Céré-la-Ronde possède près de ving-cinq biens, d'après le maire.

"On a accru le patrimoine de la commune, mais ce ne sont pas des dépenses sèches : on a une rentabilité qui nous ramène 3 à 4% de rendement", justifie Jacques Duvivier. "C'est quand même plus intéressant que l'écureuil !" Pas évident en effet d'obtenir le même taux sur une simple épargne bancaire.

Quand aux douze logements créés au cours de l'année passée, "ils sont tous loués", assure le maire, qui y voit le signe que la "population commence un petit peu à revenir". Désormais, poursuit-il, ces biens seront rentable "à condition que le village continue à être dynamique et attractif".

 

"Une école qui ferme, c'est un village qui meurt"

Dernière pierre à cet édifice, à la rentrée 2019, la commune a ouvert son école Montessori, pour pallier la fermeture d'une de ses deux classes publiques. Avec comme double objectif de faire passer par le centre-bourg ces jeunes actifs qui viennent chercher leur progéniture, mais aussi de capter l'attention de néo-ruraux à la recherche d'une meilleure qualité de vie. "Une école à une seule classe, c'est une école qui va fermer", rappelle Jacques Duvivier. "Et une école qui ferme, c'est un village qui meurt.

A quelques mois de la fin de son premier mandat, le maire sans repos de Céré-la-Ronde ne souhaite pas s'arrêter là. "J'ai encore une bonne page et demie de projets pour la commune !", plaisante Jacques Duvivier. Des projets qu'il espère poursuivre au-delà des élections municipales, en mars 2020.

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