Législatives 2024 : le RN peut-il faire basculer le Centre-Val de Loire à l'extrême droite ?

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Avec près d'un tiers des suffrages exprimés aux élections européennes, le Rassemblement national va profiter d'une forte dynamique lors des législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. En Centre-Val de Loire, de nombreuses circonscriptions pourraient basculer à l'extrême droite.

En 2022, le Centre-Val de Loire voyait pour la première fois trois députés du Rassemblement national être élus sur son sol. Trois sur 23 circonscriptions, une proportion un peu plus faible qu'au niveau national (88 députés RN sur 577 députés à l'Assemblée nationale).

Cette configuration n'aura finalement duré que deux ans, le président de la République, Emmanuel Macron, ayant décidé de dissoudre l'Assemblée nationale après la percée historique du RN aux européennes (31,4% des voix). En comparaison, Marine Le Pen avait obtenu, au premier tour de la présidentielle de 2022, 23,2% des voix.

Le RN en tête presque partout

En Centre-Val de Loire, le constat est frappant : la quasi-totalité des communes ont placé l'extrême droite en tête. Exceptions faites de quelques villages isolés qui ont voté LR, d'Olivet dans l'agglomération d'Orléans et d'une bonne partie de la métropole de Tours, qui a préféré le Parti socialiste ou Renaissance. La France insoumise s'impose, elle, dans certains quartiers populaires : à Dreux, Vernouillet et Saint-Pierre-des-Corps.

Partout ailleurs, le RN l'emporte, et progresse. 40% des électeurs de l'Indre ont voté pour la liste portée par Jordan Bardella. De quoi inquiéter les députés en place, dont le siège est remis en jeu dans moins de trois semaines.

D'autant que, si l'extrême droite n'a empoché que trois sièges de députés dans la région en 2022, elle était présente au second tour dans 12 territoires. Soit plus de la moitié des circonscriptions du Centre-Val de Loire. Et, dans bien des cas, elle s'est inclinée de seulement quelques pourcents. Loïc Kervran, Horizons, était vainqueur à 53% dans le Cher. Anthony Brosse, Renaissance, s'est imposé de seulement trois voix dans le Loiret. "S'il se représente, c'est perdu, sauf miracle", estime Pierre Allorant, politologue et doyen de la faculté de droit d'Orléans.

Dans cinq circonscriptions de la région, le RN a perdu en empochant tout de même plus de 45% des voix. Dans toutes, "ça va être compliqué pour les députés sortants de garder leur siège", poursuit Pierre Allorant. Le parti d'extrême droite bénéficie en effet d'une "dynamique", qui devrait lui permettre de faire un meilleur score qu'en 2022. D'autant que le président de la République "a fait les choses vite pour prendre de court la gauche, sauf que le RN est déjà prêt à faire campagne".

Vers des triangulaires favorables au RN ?

Cette dynamique sera, le politologue en est certain, "favorable au RN si on a des triangulaires". En d'autres termes, là où le RN arrivera en tête au premier tour, il gardera probablement la tête si trois candidats sont présents au deuxième.

Mais pour accéder au second tour, un candidat arrivé troisième doit avoir rassemblé 12,5% des électeurs inscrits. Aux dernières législatives, la très faible participation (moins de 50% au premier tour) a impliqué que, pour arriver au deuxième tour, il fallait faire au moins 25% des voix. Si la participation est en hausse pour les prochaines législatives, les triangulaires pourraient être plus nombreuses.

Dans cette configuration, un candidat RN pourrait l'emporter plus facilement dans une circonscription perdue en 2022. Et même être présent au second tour là où, il y a deux ans, le parti a été éliminé au premier tour. Comme dans la deuxième circonscription de l'Indre, où François Jolivet (Horizons) a battu La France insoumise. Au premier tour, le RN avait terminé troisième, à seulement 0,2 point de la candidate Nupes.

Avec des "si"

Au jeu des "et si", le cas du Loiret est particulièrement sensible. Pour Pierre Allorant, "on peut très bien se retrouver avec cinq députés RN sur six". Car, selon lui, les RN Thomas Ménagé et Mathilde Paris "ne peuvent pas perdre", et Anthony Brosse pourrait laisser sa place. Restent les deux circonscriptions orléanaises, détenues par Renaissance, et celle qui va de la métropole jusqu'à Gien, aux mains du MoDem Richard Ramos. Dans les trois cas, l'extrême droite n'était pas au second tour, mais pourrait cette fois réaliser une percée. Car aux européennes, le RN est arrivé en tête à Orléans et dans de nombreuses communes de la métropole, pour la première fois. Et reste fort dans les campagnes du Loiret.

À l'inverse, en Indre-et-Loire, le Rassemblement national semble encore loin d'une prise de pouvoir. Notamment à Tours, où le député Charles Fournier est écologiste, et où la métropole a massivement repoussé le RN en deuxième ou troisième place aux européennes. De plus, le parti n'était présent au second tour que dans une seule circonscription en 2022, et a été sèchement battu par la MoDem Sabine Thillaye.

La carte de l'ancrage local

Reste une dernière inconnue : l'importance de l'aspect "vote sanction". Car les législatives ont "un caractère hybride, c'est une élection nationale répartie sur 577 circonscriptions", où "l'ancrage local a encore son importance". Ainsi, des personnalités bien ancrées, comme les LR Olivier Marleix en Eure-et-Loir et Nicolas Forissier dans l'Indre "devraient l'emporter".

Pareil pour Nicolas Sansu, ancien maire de Vierzon et député communiste du Cher, élu avec 54% en 2022 face au RN. "Les gens le connaissent, il est très ancré."

L'électorat mécontent peut voter RN à certaines élections nationales et européennes, et revenir à une personnalité respectée en changeant son vote lors d'une élection locale. Vierzon est très populaire, touché par le chômage. Nicolas Sansu y a de vraies chances de l'emporter.

Pierre Allorant, politologue

D'autres facteurs d'incertitude s'imposent : la mobilisation de l'électorat abstentionniste pour faire barrage, le vote des jeunes. Ainsi que l'union de la gauche, sans laquelle "les candidats de gauche n'auront aucune chance". À ce stade, et "il est impossible de savoir" si le raz-de-marée RN aura lieu. Il ne reste que 20 jours aux autres formations politiques pour tenter d'incarner l'alternative. Le défi est à la mesure des scores de l'extrême droite.

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