Les mesures annoncées par le gouvernement pour "passer l'été" à l'hôpital ne convainquent pas en Centre-Val de Loire

Alors que les services hospitaliers appellent à l'aide depuis des mois, la nouvelle ministre de la Santé a annoncé des mesures d'urgences avant l'été. Dans les hôpitaux de Dreux et de Chinon, les annonces paraissent insignifiantes compte tenu des besoins.

Les grandes vacances d'été sont ordinairement une période de grande tension pour les hôpitaux qui voient partir leurs employés en congé, cette année la période estivale inquiète d'autant plus. Plus de 120 urgences qui ferment ou fonctionnent en service dégradé, un personnel soignant qui craque sous le sous-effectif et des conditions de travail dégradées, des déserts médicaux qui s'étendent ou encore des plans blancs réactivés par manque d'effectif. Les voyants de l'hôpital ne sont plus rouges, ils sont cramés. Deux semaines après sa nomination, la nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, a annoncé des "premières mesures" pour répondre en urgence aux revendications des soignants et pour passer l'été.

Les "solutions pour que les Français ne soient pas privés de soins" proposées par la ministre de la Santé ce mercredi 8 juin, ne sont pas nouvelles : elle remet sur la table le "doublement des heures supplémentaires du personnel non médical, et du temps de travail additionnel des médecins, pour l’ensemble de la période estivale"

Recruter plus tôt les élèves infirmiers et faciliter le retour des retraités

Un "dispositif exceptionnel" va permettre aux élèves infirmiers et aides-soignants "ayant achevé leur formation initiale en juin et juillet [de] commencer à exercer immédiatement, sans attendre la remise officielle de leur diplôme ». Les soignants retraités « volontaires pour reprendre une activité » cet été bénéficieront pour leur part de « facilités de cumul [avec] leur pension de retraite ».

Alexandre Robert, porte-parole de l'intersyndicale à l'hôpital de Chinon, désespère. "Ils n'ont encore rien compris." Pour le représentant FO, il est illusoire de penser que ces mesures permettront de mieux passer l'été. 

L'élève infirmier, même diplômé, il faut le doubler pour qu'il soit formé dans son nouveau service. J'ai l'impression qu'on va les cramer encore plus vite.

Alexandre Robert, représentant FO à l'hôpital de Chinon

Alors que 30% des infirmières arrêtent d'exercer au bout de seulement 5 ans, Alexandre Robert appelle à prendre soin des soignants.

A Chinon, l'été est redouté et les recrutements réclamés non autorisés

A l'hôpital de Chinon, on réclame 52 "mensualités de remplacement" pour cet été pour que les soignants "lessivés" puissent prendre leurs vacances. "Le problème c'est qu'avec la direction, on ne parle pas le même langage, s'inquiète Alexandre Robert de FO. Eux discutent en termes financiers quand on parle en terme de moyens humains et de qualité de soin". Les mesures proposées par le gouvernement résonnent comme un coup d'épée dans l'eau au vu des enjeux que rencontrent l'hôpital. 

Le même jour que l'annonce de Brigitte Bourguignon, les urgences de l'hôpital de Chinon, totalement fermées depuis le 18 mai, ont rouvert "de façon bancale" pour n'accueillir que les urgences vitales. La maternité de Chinon, elle, n'a pas pu rouvrir ses portes. 

Du côté de l'hôpital de Dreux, les annonces du gouvernement ne sont pas mieux reçues. "Annoncer des mesures un mois avant l'été donne l'impression que la situation nous tombe dessus, dénonce Thierry Buquet, secrétaire CGT. Mais ça fait des années qu'on supprime des lits et des postes, alors, bien sûr, l'hôpital est essoré."

La ministre de la Santé a également déclaré que les agences régionales de santé (ARS) doivent "remobiliser les dispositifs territoriaux de gestion de crise" pour coordonner hôpitaux publics, cliniques privées et professionnels libéraux. "Est-ce qu'ils entendent réactiver les plans blancs pour essorer ce qu'il reste du personnel soignant ? Ou remobiliser le groupement hospitalier territorial qui induit un parcours de soins partagés entre plusieurs hôpitaux de la région ? s'interroge Thierry Buquet à l'hôpital de Dreux. Cela va forcément conduire à une perte de chance pour les patients."

L'hôpital de Dreux, seul point d'ancrage pour la santé aux alentours

A Dreux, on souffle tout de même un peu depuis quelques jours. Grâce à une grève, et la fermeture partielle des urgences pendant une petite semaine pour des arrêts maladie coordonnés, l'hôpital a obtenu le recrutement de sept infirmières pour les urgences. "C'est malheureux d'en arriver là, mais cette mobilisation leur a fait peur, analyse Thierry Buquet. Car nous sommes dans une zone sinistrée avec zéro autre alternative à l'hôpital. Pas de médecins, pas de clinique privée, quasiment rien." Les urgences de Dreux, c'est environ 120 entrées par jour, explique le représentant CGT "Sans nous, où se font soigner les gens ? Les urgences servent à tout ici, ils n'ont pas eu le choix."

Les annonces de Brigitte Bourguignon et ces recrutements in extremis inquiètent tout de même les soignants. "Cet argent va devoir être compensé l'année prochaine, et l'hôpital est déjà énormément endetté, constate Alexandre Robert de l'intersyndicale de l'hôpital de Chinon. Ce qu'il faut ce sont des réformes structurelles."

On n'a pas besoin d'un énième rapport d'une boîte de conseil à la McKinsey, on sait déjà tout ce qu'il faut faire. Maintenant, annulons la dette des hôpitaux et donnons les moyens à l'hôpital.

Alexandre Robert, représentant intersyndicale à l'hôpital de Chinon

Les mesures annoncées hier, mercredi 8 juin, seraient les premières d'une série en trois temps. On attend en effet les conclusions d'une "mission flash" sur les urgences et les soins non programmés, prise en charge par le médecin François Braun, président de SAMU-Urgences de France et référent santé du candidat La République en marche lors de la campagne. Les résultats sont attendus d’ici au 1er juillet. 

Dans un dernier temps, une grande conférence avec "les parties prenantes" est attendue pour cet été, où tous les sujets seront abordés "sans totem, ni tabou", a précisé la ministre de la Santé. Alexandre Robert, du syndicat FO à Chinon, peine à y voir un intérêt. "On a pas besoin d'un énième rapport d'une boîte de conseil à la McKinsey, on sait déjà tout ce qu'il faut faire. Maintenant, annulons la dette des hôpitaux et donnons les moyens à l'hôpital." 

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