Loir-et-Cher : Bracieux, Contres et Coeur-Cheverny, trois EHPAD “miraculés” au coeur de la crise

Le "mur des solidarités" mis en place par la direction de ces EHPAD du Loir-et-Cher / © Pierre Gouabault
Le "mur des solidarités" mis en place par la direction de ces EHPAD du Loir-et-Cher / © Pierre Gouabault

Grâce à une politique sanitaire volontariste, et à un encadrement soucieux des résidents et des soignants, trois EHPAD du Loir-et-Cher traversent la crise sans faillir.

Par Yacha Hajzler

En France, cela fait plusieurs années que dans le sillage de l'hôpital et de la médecine de ville, les personnels soignants alertent sur la situation dans les EPHAD, publics ou privés. A l'heure de la crise sanitaire, la situation a évidemment de quoi inquiéter les familles qui ont confié leurs parents à ces établissements. Au 1er avril, on dénombrait 371 personnes âgées atteintes du coronavirus vivant en EHPAD. Le 5 avril, elles étaient 2189.
Pourtant, ce tableau noir ne doit pas être généralisé. Au coeur du Loir-et-Cher, les trois établissements de Bracieux, Contres, et Coeur-Cherverny sont gérés par une même direction, qui a mis le bien-être de son personnel et de ses résidents au coeur de son quotidien. Alors que 802 décès ont été recensés en EHPAD en Centre-Val de Loire en 24h, pas un seul cas suspect dans ces trois structures.
 

"Ces masques les rassurent énormément"

La chance, peut-être. Mais il faut apparemment plutôt chercher du côté d'une politique volontariste et réactive. Un exemple ? Alors que le Gouvernement a mis un temps considérable à ajuster son discours sur le sujet, à Bracieux, Contres et Coeur-Cheverny, l'ensemble du personnel est équipé de masques depuis déjà 3 semaines.

"Ça devenait insoutenable, cette doctrine de "s'il n'y a pas de cas avéré, on ne met pas de masque". La réalité, c'est qu'on sait que nous, professionnels, sommes potentiellement vecteurs, et notre devoir est de protéger nos salariés de cette pression psychologique. Ces masques les rassurent énormément, et je pense qu'il fallait entendre cette inquiétude", tranche Pierre Gouabault, directeur des trois établissements. 
Pour l'instant, pas de pénurie en vue malgré une "tension" sur l'approvisionnement. "On arrive pour l'instant à avoir le nécessaire, l'enjeu étant bien sûr d'éviter des cas à apparaître. Car une fois qu'on a des cas de Covid dans un établissement, les consommations de matériel ne sont plus du tout les mêmes" anticipe-t-il.

Selon Sophie Terrochaire, chargée d'accompagnement à la télémédecine pour le groupement régional E-santé Centre-Val de Loire, les EHPAD du Loir-et-Cher tiennent également deux fois par semaine une visio-conférence avec les soignants. "Ils répondent aux besoins en temps réel, soutiennent les équipes, donnent des recommandations, apportent un soutien psychologique..." Une iniative du Dr Mercier, du CH de Blois, largement soutenue par Pierre Gouabault et qui devrait bientôt être généralisée dans la région.
 

Courses, gardes d'enfants... La vie quotidienne facilitée

Tous les moyens sont bons pour mobiliser les soignants et leur faciliter la vie. Dans ces EHPAD du Loir-et-Cher, des gardes d'enfants ont été mises en place avant même l'annonce de la fermeture des écoles.

"Même si c'est un seul de nos agents qui a besoin d'une garde à 6h30 le matin, on le met à disposition, en recrutant nous mêmes et en prenant entièrement à notre charge le mode de garde, détaille la direction. On dit aux professionnels de santé : vous traversez des moments compliqués, mais vous avez, derrière, le grand public qui vous pousse, et l'institution qui vous soutient. Ça peut être un grand enseignement de cette histoire de Covid", espère Pierre Gouabault.
Garde d'enfants de soignants dans le Puy-de-Dôme - Photo d'illustration / © LA MONTAGNE/MAXPPP
Garde d'enfants de soignants dans le Puy-de-Dôme - Photo d'illustration / © LA MONTAGNE/MAXPPP

Estelle Crespo, animatrice à l'EHPAD de Bracieux et représentante au Comité Technique d'Etablissement, confirme point par point. "Je pense qu'on est bien accompagnés. Par rapport à ce que je peux voir, on se sent presque "privilégiés", en tout cas vraiment soutenus et c'est parce qu'il y a une vraie politique de la direction envers les résidents et aussi ceux qui s'en occupent. Il y a même un soutien psychologique si on le souhaite."

Pierre Gouabault et l'équipe de direction ont même déchargé les soignants de la corvée des courses. Des commerçants et producteurs locaux livrent directement le personnel dans les maisons de retraite. "Ça apporte du plus, un peu de bien-être !" salue Estelle Crespo.

Carte collaborative : les producteurs locaux près de chez vous
Repas préparés par le chef 2 étoiles Christophe Hay, livraisons de madeleines, petits-déjeuners offerts, chocolats livrés... Le personnel de ces EHPAD est au centre d'un mouvement de solidarité régional.Estelle Crespo veut mettre en avant "toutes les solidarités qui se sont mises en place autour de nous, soignants et résidents, que ce soit les messages, les dessins, les dons... Quotidiennement, de nouvelles choses arrivent. Un message, un dessin, un chocolat, ça réchauffe le coeur à tout le monde."


Les résidents très entourés

Mais en plus de soutenir les soignants, il faut bien sûr accompagner les résidents, qui depuis 10 jours sont confinés en chambre. "La sécurité, oui, mais tout en respectant le projet de vie de la personne âgée. Parce que, si c'est pour mourir seul dans sa chambre, on n'aura rien gagné. La privation du lien social peut être un facteur d'aggravation de l'état de santé d'un résident. C'est un point éthique, une vraie discussion qu'on alimente tous les jours" affirme Pierre Gouabault.

Autorisés à sortir individuellement ou accompagnés d'un soignant, les résidents ne sont pas pour autant isolés du monde. Grâce à trois ordinateurs portables, donnés par un Français vivant à l'étranger, les personnes âgées peuvent régulièrement contacter leurs familles en "visio". Leurs proches sont d'ailleurs consultés tous les 15 jours pour un recueil des doléances, et informés de la situation toutes les semaines par mail.
Et ce n'est pas le seul confort accordé aux anciens en ces temps difficiles. Depuis le début de la crise, le pôle en charge des animations et activités est en service 7j/7, de 9h à 18h. "On a renforcé les effectifs pour avoir plus d'activités qu'on appelle "socio-esthétiques". Les coiffeurs ne peuvent pas venir, donc ce sont les équipes qui vont faire un brushing, un soin des ongles... L'idée, c'est de prendre du plaisir" explique Pierre Gouabault.

Pour égayer le quotidien, un "mur des solidarités" s'est aussi monté dans ces EHPAD, où l'on affiche mots, dessins et poèmes reçus de toute part. Au coeur d'une crise dont personne ne sait la fin, personnels et encadrement se tiennent prêts à gérer un premier cas de Covid-19, mais sans panique. Estelle Crespo rassure : "Ici, on est toujours avisés de ce qu'il se passe, au plus près du temps réel. Il ne faut pas avoir de craintes au-delà du raisonnable."
Le "mur des solidarités" affiche les mots d'encouragements reçus de toutes parts. / © Pierre Gouabault
Le "mur des solidarités" affiche les mots d'encouragements reçus de toutes parts. / © Pierre Gouabault

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