Loir-et-Cher : des producteurs bio offrent leurs haricots verts à la cueillette pour éviter de les broyer

Des agriculteurs bio de Souvigny-en-Sologne, en Loir-et-Cher, proposent à tous de venir cueillir leurs haricots verts et de les emporter gratuitement. Une solution trouvée en urgence, après le refus de leur partenaire de distribution d'acheter la récolte pour cause de présence d'une plante toxique.

Un ballet de voitures, des inconnus accroupis dans les champs... Voilà une scène insolite à l'exploitation Calers de Souvigny-en-Sologne, en Loir-et-Cher et à deux pas du Loiret et du Cher. Plus habitués à traiter directement avec la grande distribution, les agriculteurs ont cette fois dû se débrouiller autrement.

Ainsi, depuis le 29 septembre, tous et toutes peuvent se présenter à la ferme, au lieu-dit de Maisonnette, pour ramasser eux-mêmes les haricots verts et repartir avec leur cueillette gratuitement. Un geste de générosité qui cache une catastrophe financière pour l'exploitation.

En agriculture biologique, chaque parcelle de la ferme est "désherbée à la main, pied par pied, mètre carré par mètre carré, 7 ou 8 fois", explique Emmanuel Calers au milieu de ses champs. Pas assez pour venir à bout du datura, une plante toxique "qui pousse en permanence". Sauf que le contrat qu'Emmanuel Calers avait signé avec son partenaire de la grande distribution était stricte : zéro datura, un point c'est tout.

150 tonnes de haricots et 80 000 euros de perdus

Le couperet est tombé : la récolte mécanique est annulée, les haricots sont refusés, pour un manque à gagner de 80 000 euros à en croire l'agriculteur. Au total, 150 tonnes de légumes sont restés au sol à cause de ce refus. "Eux prennent le parapluie et se protègent à 100%, mais nous on travaille avec une matière vivante, le sol, la plante, le climat", s'insurge-t-il.

Alors, pour ne pas devoir broyer les récoltes, les exploitants ont décidé d'en faire don aux particuliers. Tout simplement. Et la nouvelle a fait l'effet d'une traînée de poudre : chaque jour, environ 80 personnes se présentent pour fouler les 10 hecatres de terre meuble de la ferme et remplir leurs petits paniers. Des visiteurs avertis à l'entrée par un petit panneau d'information sur le datura, pas effrayés le moins du monde : "On a récolté à la main donc il n'y a pas de mélange avec la plante toxique."

Cette mésaventure pourrait-elle faire abandonner le bio à Emmanuel Calers ? "Non, c'est une conviction que j'ai." En revanche, l'exploitant ne s'interdit pas de "s'orienter un peu différemment sur la façon de produire ou de commercialiser", comme en systématisant la cueillette par exemple. Une idée qui trotte de plus en plus dans sa tête, lui qui prophétise une colonisation des champs par le datura dans les dix prochaines années.

 

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