Néonicotinoïdes : les apiculteurs inquiets face au retour du poison "tueur d'abeilles"

Depuis le 6 août, un plan de soutien de la filière betteravière autorise la réintroduction des néonicotinoïdes. Mais ces insecticides très puissants tuent aussi les insectes pollinisateurs comme les abeilles. Dans le Loiret, les apiculteurs sont très critiques de la mesure.
"C'est un scandale" lâche Michel Trémeau. L'apiculteur loirétain, qui s'occupe de 400 ruches, ne cache pas sa déception face au cadeau offert par le gouvernement aux betteraviers. Face à une épidémie de jaunisse, transmise par un puceron, le gouvernement a autorisé le retour des insecticides de la famille des néonicotinoïdes, surnommés les "tueurs d'abeilles", au grand dam des associations de protection de l'environnement.
 

Du poison pour les pollinisateurs

Lors de ses annonces le 6 août, le gouvernement avait pourtant donné des gages : la pulvérisation de ces insecticides extrêmement puissant reste interdite, seul l'enrobage des graines étant autorisé. Par ailleurs, les betteraviers devront s'engager à se planter aucune espèce de plante susceptible d'attirer les insectes pollinisateurs à la suite des betteraves, qui elles-mêmes ne produisent ni fleur ni pollen.

Mais les néonicotinoïdes sont si puissants que cela ne fait pas une grande différence pour Michel Trémeau, qui préside depuis quinze ans le syndicat des apiculteurs du Gâtinais, et dont la moitié de la production vient du miel de fleurs. "Avec les néonicotinoïdes, on en retrouve partout, jusque sur les arbres. Quand on fait des traitements avec des graines enrobées, on utilise des semoirs pneumatiques, ça vole partout !"

Tueur silencieux, le poison s'attaque au système nerveux des insectes : certaines abeilles meurent sur le coup, d'autres ne retrouvent jamais le chemin de la ruche, ce qui rend difficile la comptabilité de leur mortalité. Mais depuis 2013, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a tranché, sur la base d'avis scientifiques constatant la dangerosité de ces produits vis-à-vis des populations d'abeilles. Ces premières restrictions imposées par la Commission européenne ont été suivies par l'interdiction complète des néonicotinoïdes en France, en 2018.
 
 

Un écosystème en sursis

"On n'est pas contre nos collègues cultivateurs, ni contre les insecticides, on est contre les insecticides qui ne sont pas sélectifs", nuance l'apiculteur. "Et avec un procédé de traitement avec des enrobés ça n'est pas possible. Ça tue tous les insectes, et pas seulement : les oiseaux qui mangent ces graines-là ça peut leur être fatal !"

Face aux dégâts produits sur les abeilles et la faune (qu'il s'agisse d'oiseaux ou de mammifères), des inquiétudes existent aussi sur les effets à long terme sur la santé humaine. "Quand on voit le dégâts que ça fait sur les abeilles, sur l'humain c'est juste une question de poids et de temps", lance Michel Trémeau.
 

Au nom du sacro-saint rendement, qu'on sacrifie la faune entomophile, je trouve ça particulièrement grave.

Michel Trémeau

Par ailleurs, les néonicotinoïdes auront également un impact sur le rendement de ses ruches, déjà touchées par la sécheresse. En perçant l'écorce des pins, les pucerons laissent s'écouler une sève dont les abeilles se servent pour faire du miel. Avec le retour de ces puissants insecticides, c'est donc tout un écosystème qui pourrait être en sursis. Et c'est un nouveau clou dans le cercueil des apiculteurs, déjà mis à l'épreuve par la sécheresse de 2019 et par la crise du coronavirus.

Les néonicotinoïdes devraient être réautorisés pour les betteraviers dès l'automne prochain. Mais d'autres filières n'ont pas laissé passer l'occasion de faire valoir leurs intérêts. Dans une annonce du 7 août, l'Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) demande le même régime de faveur. 
 
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