Fac de médecine à Orléans : une première feuille de route à 8 millions d'euros

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Écrit par Bertrand Mallen, Thomas Hermans

La mission de préfiguration pilotée par Matignon a rendu ses conclusions ce 19 avril. Plutôt qu'une antenne de Tours, elle recommande l'établissement d'une faculté de médecine à part entière à Orléans.

Lancée le 22 février, après l'annonce de l'implantation d'une future fac de médecine à Orléans, la mission de préfiguration commandée par le Premier ministre sur les possibilités et les moyens à mettre en œuvre vient de rendre ses conclusions ce 19 avril, dans un rapport que s'est procuré France 3. Il en ressort un "calendrier ambitieux", chiffré à près de 8 millions d'euros sur quatre ans. La mission était co-réalisée par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (Igésr)

L'objectif de 500 médecins atteint en 2025

Étant donnée l'urgence du manque de médecins dans la région, sur lequel ont insisté acteurs politiques et professionnels, le rapport indique des "actions rapides afin de donner corps au développement de la formation médicale à Orléans".

Concrètement, il s'agit, comme le demandait le "collectif 200 médecins", de porter à 500 le nombre d'étudiants formés par an dans la région, contre 300 actuellement, et "d'autre part" de porter "à 350 dès 2022 le nombre d'internes". Selon une simulation réalisée par l'IGAS, toutes années confondues, le nombre total d'étudiants en médecine à Orléans passerait d'une centaine en 2021 à un peu plus d'un milliers en 2025.

Un département de santé à l'université d'Orléans dès 2022

Première brique du nouveau projet : l'établissement d'une "faculté de médecine de plein exercice" à Orléans. Autrement dit, il ne s'agira pas d'une simple antenne de l'université de Tours, comme cela a été envisagé pendant un temps.

Dans un premier temps, 105 places en première année de médecine (PASS) et 90 places supplémentaires de Licence d'accès santé (LAS) devront ouvrir à Orléans dès la rentrée 2022, comme l'avait déjà promis la rectrice Katia Béguin. Ce "département de santé" au sein de l'université d'Orléans aura vocation à devenir, en 2025, une faculté pleinement fonctionnelle.

En outre, "il est envisageable d'ouvrir une PASS à Bourges à la rentrée 2023" selon les auteurs du rapport.

Un investissement de 7,8 millions d'euros supplémentaires en 2025

Au-delà, la mission ministérielle a chiffré un calendrier exigeant, nécessitant des actions rapides mais "permettant d'arriver à 500 étudiants en médecine formés dans la région" dès 2025, en prenant en compte la création de nouveaux postes d'enseignants et une meilleure répartition des internes.

Les 195 places supplémentaires de l'université d'Orléans, qui pourraient être financées dès mai 2022 à hauteur de 370 000 euros, ne sont que la première brique d'un projet ambitieux qui coûtera 1,3 millions supplémentaires par an. Au total, en 2025, 7,8 millions d'euros auront été dépensés pour mettre en place cette nouvelle faculté.

Car pour former 200 médecins, il ne suffit pas de pousser les murs, comme le faisait remarquer le doyen de l'université de Tours, Patrice Diot, au mois de février. Il faudra aussi ouvrir de nouveaux postes de formateurs, y compris à Tours où le taux d'encadrement par le personnel hospitalo-universitaire (HU) est déjà bien en-deçà de la moyenne. 

Il faudra donc "créer environ 25 postes d’ici 2025 pour atteindre l’objectif de 500 étudiants formés en médecine en Centre-Val de Loire, en commençant dès 2022 quitte à les pourvoir dans un premier temps par des personnels contractuels", indique le rapport, soit un investissement de 4,3 millions d'euros en 2025.

Le projet Orléans-Zagreb enterré

Si le projet d'une fac de médecine orléanaise se veut ambitieux mais réaliste, le rapport ne se prive pas de lâcher une critique sur le projet d'association avec l'université de médecine de Zagreb, qualifié "d'incertain".

Lancé par le maire d'Orléans et président de la Métropole Serge Grouard au mois de janvier, un protocole d'accord entre les deux universités devait permettre à la capitale croate d'ouvrir à Orléans une antenne de son école de médecine avec comme objectif de former 50 étudiants par an. Techniquement possible, cet accord se serait néanmoins heurté à des difficultés réglementaires et juridiques. 

Or, pointe le rapport, le déplacement de plusieurs élus dans la capitale croate, du 24 au 27 mars dernier, n'a donné lieu à la signature d'aucune convention qui aurait pu augurer d'un début de mise en place d'un protocole.

Si la volonté des élus est compréhensible eu égard à la situation du territoire [...] un tel partenariat conduirait à tendre la situation en termes de terrains de stage, déjà critique, sans que cela puisse être piloté par l'État au niveau déconcentré. La mission considère qu'il convient plutôt de soutenir les acteurs engagés dans le projet développement de la formation médicale sur Orléans, qui est déjà -- notamment concernant les stages, ambitieux.

Rapport sur le développement de la formation médicale à Orléans

Mandatée uniquement pour estimer les moyens et le calendrier à mettre en œuvre, la mission ministérielle a donc rendu sa copie. Charge désormais aux pouvoirs publics, parmi lesquels la Région, les deux universités concernées et l'État, de jouer le jeu. Mais la "transformation du site d'Orléans doit être engagée pleinement et sans tarder, afin de répondre aux enjeux du territoire et à la mobilisation des acteurs", conclut le rapport. Les instruments d'une coopération efficace entre les deux universités et les deux futurs CU doivent également "être mis en œuvre sans tarder".