Municipales 2020 : des élections redoutées pour LREM, carte des villes où l’investiture des candidats coince

A droite Christophe Bouchet, maire sortantd e Tours, au milieu, Olivier Carré, maire sortant d'Orléans, à gauche Pascal Blanc, maire sortant de Bourges. / © F3CVDL
A droite Christophe Bouchet, maire sortantd e Tours, au milieu, Olivier Carré, maire sortant d'Orléans, à gauche Pascal Blanc, maire sortant de Bourges. / © F3CVDL

A cinq mois des municipales, LREM, jeune parti en quête d'ancrage local, redoute un scrutin traditionnellement peu politisé et dominé par une prime au sortant. Le parti vise "peu de conquêtes emblématiques, mais davantage d'élus".
 

Par Fabienne Marcel avec AFP

Vous ne créez pas un crédit municipal sur une étiquette ex nihilo qui est celle de Macron, tranche un ministre qui prédit : "il y en a pas mal qui vont déchanter le soir du premier tour quand ils auront fait 8%..." le 15 mars 2020.

La République en marche, dont les troupes s'écharpent dans plusieurs grandes villes, a d'ailleurs revu ses espérances à la baisse : "Si, à un moment, certains ont dit +On va faire un raz-de-marée+, c'était une erreur", affirme le patron des marcheurs, Stanislas Guerini, qui ne jure désormais que par "l'humilité" et dont l'objectif ne se compte pas en "drapeaux plantés", mais au nombre d'élus municipaux: 10.000, contre 2.000 actuellement.
"Ce qui, rapporté au quelque 536.000 conseillers municipaux français, reste modeste", reconnaît un membre du gouvernement.
Les municipales sont traditionnellement marquées par une "prime au sortant", un axiome qui semble avoir résisté au nouveau monde macroniste : dans une étude Ifop-Fiducial pour Territoires formation et conseil réalisée la première quinzaine de septembre, 54% des quelque 10.000 sondés disent souhaiter la réélection de leur maire. Et, paradoxe, ce taux grimpe à 62% chez... les sympathisants LREM.
 

Des guerres fratricides 

Depuis juin, LREM a donné 256 investitures et "soutiens" dans les villes de plus de 9.000 habitants. Mais "le nombre d'investis qui ne sont pas sortants, il y en a très peu", fait remarquer un haut cadre du parti. L'équation est complexe : là où le mouvement a choisi d'adouber un maire sortant - Lyon, Orléans, Bourges, Auxerre ou Bourg-la-Reine, avant les probables onctions de Christian Estrosi à Nice et Jean-Luc Moudenc à Toulouse -, les frictions avec les marcheurs historiques se multiplient. "Car, presque partout, les militants ont la couleur de l'opposition locale", fait observer le maire d'Angers, Christophe Béchu, qui pourrait lui-aussi obtenir le soutien de LREM.

C'est compliqué aussi avec les partenaires de la majorité - le MoDem, les juppéistes d'Agir et le Mouvement radical - dans plusieurs de leurs bastions, Bordeaux en tête. Certains choix du parti continuent par ailleurs de créer des guerres fratricides : si, à Lille, la députée Valérie Petit, candidate malheureuse à l'investiture, a promis de ne pas se présenter contre sa rivale Violette Spillebout, la rupture est consommée à Besançon, où le candidat investi, le député Éric Alauzet, se prépare à affronter la probable candidature de la référente LREM locale, Alexandra Cordier.


En Centre-Val de Loire, rares les villes où cela se passe bien

A Tours en Indre-et-Loire, la lutte a été féroce pendant plusieurs mois entre Christophe Bouchet, le maire sortant et Benoist Pierre, le candidat qui a fini par avoir les faveurs d'En Marche. "Après de longues semaines d’échanges avec La République en Marche, en vue d’un accord pour les municipales à Tours, je prends acte que les conditions d’une collaboration ne sont pas réunies," a réagit Christophe Bouchet dans un communiqué.  Amer, il a fustigé des"propositions irréalistes, hors-sol, et certainement pas à la hauteur", mais aussi "des alliances contre mes valeurs au mépris total des intérêts de notre territoire."

A Bourges, l'ambiance n'est pas meilleure. Alors que Pascal Blanc, maire UDI sortant, a raflé le ticket LREM, le député en Marche,  François Cormier-Bouligeon, s'est fendu d'un tweet on ne peut plus sarcastique :  

Tant critiqués et maintenant si courtisés. Il y a de quoi se réjouir. Pas au point d’être naïfs. Réjouissons-nous donc pour les fabriquants de râteliers qui vont pouvoir écouler quelques produits.

A Orléans, on ne peut pas dire que le soutien d'En Marche pour le maire sortant Olivier Carré a soulevé les foules. Jihan Chelly, la référente LaRem Loiret, l'a félicité du bout des lèvres. Pendant longtemps, elle était la favorite chez les marcheurs locaux pour être candidate à la mairie d'Orléans. "Nous souhaitons en effet, au-delà des clivages partisans proposer un projet qui réponde aux attentes des habitants et qui s’inscrive dans une démarche moderne et constructive." a-t-elle déclaré. 
 
Cliquez sur les points pour connaître la ville où ça coince
  • En rouge : candidat investi mais avec dissidence /
  • En Bleu : candidat investi mais contesté par les partenaires politiques /
  • En Orange : candidat pas encore investi et ça se déchire sur place /
  • En Vert : candidat investi mais contesté localement par les marcheurs

Tout se joue à Paris : "il faut gagner la capitale !"

Le plus gros bastion LREM, Lyon, dirigé par Gérard Collomb, pourrait tomber, depuis que son ex-dauphin devenu rival, David Kimelfeld, est se présente en dissident à la tête de la puissante métropole. Les espoirs de conquête se sont également amoindris, notamment depuis qu'à Metz, jugée prenable, la favorite des sondages, l'ex-eurodéputée MoDem Nathalie Griesbeck, a renoncé à concourir. Et laissé la place au député Richard Lioger, pour lequel les intentions de vote sont autrement moins flatteuses.

Chez les marcheurs, on entend relativiser. "La seule comparaison qu'on ait, c'est les municipales de 1959" : un an après le retour pourtant triomphal du général de Gaulle au pouvoir, "les gaullistes s'étaient planté les dents contre les Radicaux", rappelle l'eurodéputé LREM Stéphane Séjourné.

Un autre cadre, davantage sévère : "ce n'est pas étonnant que ça s'effondre de partout, parce qu'en vrai, on a fait l'impasse sur les municipales", selon lui pour mieux préparer départementales et régionales de 2021.

En fait, il n'y a qu'un sujet : il faut gagner Paris, tranche un ministre,

selon qui "tout se joue dans la capitale. Si vous la gagnez, vous gagnez les municipales".

Le dissident Villani, distancé d'à peine quelques points dans les sondages par l'investi Griveaux, laisse pour l'instant peu d'espoirs quant à un ralliement. Quitte à hypothéquer une victoire des marcheurs qui, il y a quelques mois, apparaissait pourtant à portée de main.
 

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