Coronavirus : deux spécialistes de gestion de crise proposent la mise en place d'un centre de tri flottant

Plutôt qu'un hôpital flottant, un navire de la Corsica Linea pourrait devenir un centre de tri. / © PHOTOPQR/LA PROVENCE/David Rossi
Plutôt qu'un hôpital flottant, un navire de la Corsica Linea pourrait devenir un centre de tri. / © PHOTOPQR/LA PROVENCE/David Rossi

Pour Daniel Di Giambatista et Jean-Jacques Casanova, si l'épidémie de Covid-19 est pour l'heure "contenue" en Corse, il faut "anticiper le pire". Les deux hommes, spécialistes de situation de crise, proposent la mise en place d'un centre de tri de patients flottant pour "soulager" les hôpitaux.

Par Axelle Bouschon

L'idée lui est venue en voyant le communiqué de la STC Marinari, jeudi. Ce dernier proposait la mise à disposition d'un navire de la Corsica Linea en tant qu'hôpital flottant, capable d'accueillir une partie des malades du Covid-19 de l'île.

"Un hôpital flottant, je ne pense pas que ce soit possible, estime Jean-Jacques Casanova, ancien colonel des pompiers, et ancien directeur du SDIS de Haute-Corse. Mais on pourrait en revanche faire d'un bateau un centre d'accueil et de tri pour les gens qui ont des symptômes, qui ont appelé le médecin et a qui on a dit de rester à la maison ; ou qui se posent des questions et ont des inquiétudes".
 


Soutenir le personnel hospitalier

Ainsi, pour Jean-Jacques Casanova, investir un bateau dans le port de Bastia - et peut-être à terme également à Ajaccio - où se relaieraient des ex-soignants, pompiers, ou professionnels de santé spécialisés (comme les psychologues, glisse-t-il) pourrait être un bon moyen pour "soulager" quelque peu les hôpitaux, saturés de patients. Ceux-ci pourraient ainsi accueillir les cas "suspects", et répondre aux inquiétudes des insulaires.

Une proposition soutenue par Daniel Di Giambatista, ancien médecin chef Sapeur-Pompier Haute-Corse. "L'idée n'est pas de faire de la concurrence aux centres hospitaliers, mais de soutenir le personnel, d'intervenir en complément".
 

L'idée n'est pas de faire de la concurrence aux centres hospitaliers, mais de soutenir le personnel, d'intervenir en complément


En mettant en place, par exemple, explique Jean-Jacques Casanova un numéro vert géré par les bénévoles mobilisés : ils recevraient ainsi les appels de personnes symptômatiques et pourraient les orienter, mais éventuellement aussi du SAMU, qui en cas de surcharge pourrait leur demander de prendre en charge certains coups de fils.
 

Mais en assurant, surtout, le rôle de centre de "tri" des patients, à l'image d'un poste médical avancé, appuie Daniel Di Giambatista. "Là, on pourrait dans un premier temps rassurer la population, puis faire le tri entre les "faux" cas, ceux qui ne sont pas graves, et ceux qui nécessitent une prise en charge hospitalière. Ce qui permettrait de fait de décharger les services des hôpitaux."

Pour le professionnel de la santé, un bateau serait de plus une structure d'accueil idéale en terme de logistique : "On aurait accès à des toilettes, des moyens téléphoniques... Des choses essentielles pour ce type de structure. Et on pourrait définir un point d'entrée clair, comme le garage, pour comptabiliser exactement les patients entrants."
 

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Anticiper "le pire"

Les deux hommes, spécialistes de situation de crise - ils ont notamment été mobilisés en secours lors de la catastrophe de Furiani, le 5 mai 1992 -, le reconnaissent : l'idée n'est pour l'heure qu'au stade de la réflexion. Mais, si la situation n'est pour l'heure "pas gravissime en Corse", tout du moins à Bastia, "dans une situation comme celle-ci, il est nécessaire d'anticiper. Ce n'est pas demain quand il sera trop tard et dans la panique qu'il faudra prendre des décisions" argue, catégorique Daniel Di Giambatista.
 

Dans une situation comme celle-ci, il est nécessaire d'anticiper. Ce n'est pas demain quand il sera trop tard et dans la panique qu'il faudra prendre des décisions


Même constat pour son collègue et ex-colonel des pompiers. "Si on attends d'être pris à la gorge, ce sera déjà trop tard. C'est dès maintenant qu'il faut agir. Il faut se préparer au pire." argue, catégorique, Jean-Jacques Casanova. Avec comme exemple celui de l'Italie : "il y a un mois, les Italiens n'avaient que quelques cas. Aujourd'hui, ils ont plus de 4.000 morts".
 



Nécessité de "se serrer les coudes"

Jean-Jacques Casanova et Daniel Di Giambatista se sont entretenus avec la collectivité de Corse pour présenter leur projet. Si les retours ont été "positifs", les deux hommes restent pour l'heure dans l'attente et la réflexion avant de pouvoir, peut-être, engager la mise en oeuvre de leur centre de tri de patients flottant. Ils ont cependant déjà commencé à contacter autour d'eux ex-soignants et ex-pompiers. Avec l'espoir de rallier le plus grand nombre autour de leur initiative.

Car pour l'ancien colonel des pompiers, la situation appelle aujourd'hui "à se serrer les coudes". "Il y a plein de personnes qui comme moi, sont à la retraite, et à qui ont ne demande pas forcément grand chose mais qui pourrait aider. Les gens ont besoin de comprendre qu'aujourd'hui ce n'est plus une question de retraite ou de repos, c'est un appel au civisme."

"On ne sait pas combien de personnes nous rejoindront, reconnaît Daniel Di Giambatista. Mais souvent, il suffit que quelques personnes se mettent en marche pour que d'autres se rallient derrière."

 

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