40 ans du Corsica Sera : les témoignages des figures de la chaîne

À l'occasion des 40 ans du Corsica Sera, d'anciens journalistes, techniciens et cadres de France 3 Corse reviennent sur la création du journal télévisé insulaire et les nombreux événements qui ont marqué l'actualité corse des quatre décennies écoulées. Témoignages.

Le Corsica sera est né le 16 décembre 1982 en même temps que FR3 Corse.

"Ça y est, nous y sommes", avait lancé le regretté Jean-Marc Leccia au moment de prendre l'antenne du tout premier journal télévisé réalisé en Corse. L'épilogue de longues années de tractations et de combats où les journalistes insulaires n'avaient droit, de temps en temps, qu'à quelques reportages diffusés dans le journal de FR3 Marseille. 

"On "subissait" Marseille, souligne Jacques Bastianesi, ancien journaliste et présentateur du journal. Les sujets que nous tournions en Corse étaient envoyés en vrac à Marseille pour y être montés et diffusés selon les volontés du rédacteur en chef." "Et nous avions souvent des surprises", complète Angelina Risterucci, elle aussi présente dès le début de l'aventure.

Une semaine avant la Noël 1982, le lancement du premier Corsica Sera s'inscrit alors dans un contexte assez tendu. L’État, qui avait la mainmise sur la télévision, n'en voulait pas. Les notables locaux pensaient quant à eux en faire leur instrument de propagande ; ils fustigeaient cette toute nouvelle rédaction insulaire qui ouvrait son antenne aux revendications nationalistes. Dans ces conditions, exercer le métier de journaliste représentait souvent un "combat"…

"Toute l'équipe s'est battue pour qu'il y ait ce journal, se souvient Sampiero Sanguinetti, le rédacteur en chef de l'époque. On avait des doutes et on se disait : “ est-ce qu'on va y arriver ? Est-ce qu'on va le faire ? Est-ce qu'il y a la place pour un journal télévisé quotidien en Corse ?""  
Quarante ans après, ces questions n'appellent plus de réponses. En témoigne le journal télévisé insulaire qui se décline désormais en trois éditions : Prima, Sera et Nutiziale.

Pour célébrer ce quarantième anniversaire du Corsica Sera, France 3 Corse ViaStella consacre cette semaine une programmation spéciale.

L'occasion d'évoquer avec d'anciens journalistes, techniciens et cadres de la chaîne leurs souvenirs les plus marquants. Témoignages.

Sampiero Sanguinetti : "certaines infos restent ancrées"

D'abord journaliste à FR3 dans les années 1970 où il officiait à la radio, Sampiero Sanguinetti a été le premier rédacteur en chef de FR3 Corse. Il a également été chef des services jusqu'en 1987.

 
"Le meilleur souvenir, c'est l'esprit d'équipe qui a dominé pendant toutes les années, de 1980 à 1987. La rédaction, c'était une grande famille. C'était formidable parce qu'on avait tous des avis différents. Nous étions politiquement et philosophiquement très différents. Mais il y avait une confiance et une chaleur entre nous qui surpassaient tout et qui faisaient qu’on a tenu le coup un certain temps, parce que sinon on n'aurait jamais tenu. 

Il est difficile de dire quelle info m'a le plus marqué car à chaque fois qu'on couvre une info, elle est au moment où on la couvre, la plus importante. Il y en a donc eu énormément. Disons qu'il y en a eu qui, par la dramaturgie, sont davantage restées ancrées dans notre esprit. Je pense à l'affaire de la prison d'Ajaccio, à la disparition de Guy Orsoni. Même si je n'étais plus à France 3 à ce moment-là, je pense 
que le drame de Furiani et à l'assassinat du préfet Erignac sont des événements qui ont obligatoirement marqué les journalistes qui les ont couverts. Ne serait-ce que par la dramaturgie et la conscience du fait qu'on est en train de vivre quelque chose qui est absolument dramatique."

Angelina Risterucci : "la rencontre avec les gens"

Ancienne attachée de presse, Angelina Risterucci a d'abord commencé à travailler à la radio en tant que journaliste avant d'intégrer la rédaction de FR3 Corse dès sa création en 1982. Elle y a, entre autres, présenté le Corsica Sera pendant de longues années. 

"Je préférais le terrain mais il fallait aussi faire la présentation du journal. À l’époque, nous étions très peu nombreux à travailler à la station. J'ai beaucoup de souvenirs à la rédaction... Mon meilleur, c’est la rencontre avec les gens parce que ce sont eux qui vous amènent l’information. Et en allant sur le terrain, on se crée un carnet d’adresse et les gens vous donnent aussi des idées de sujet. C’est comme ça qu’on construit une télévision : en allant vers les autres. L'information qui m’a le plus marquée, c’est celle de l’assassinat du président de la chambre d’agriculture, le pauvre Lucien Tirroloni (en décembre 1990, ndlr). C’était la première fois que je présentais un journal avec un assassinat. Ça m’avait vraiment marquée..."

Jacques Bastianesi : "un moment d'émotion particulier"

D'abord journaliste à FR3, Jacques Bastianesi a lui aussi présenté le Corsica Sera dès sa création en décembre 1982. Il a également occupé les fonctions de rédacteur en chef.

"L’ouverture du journal télévisé demeure un moment d’émotion particulier. On l’attendait depuis des années. Sampiero Sanguinetti, le rédacteur en chef, était à l’origine de cette création. Il s’est beaucoup battu et a souvent payé les conséquences de cette bataille. On a eu des bons souvenirs, des mauvais aussi ; mais on en a surtout eu des bons. L’une des infos qui m’a le plus marqué est celle de l’accident de l'avion yougoslave au-dessus de Petreto (en décembre 1981, ndlr). Un accident dramatique qui avait fait près de 180 victimes. Avec Francis Rombaldi, qui était caméraman, nous étions arrivés les premiers sur place. Aujourd’hui encore, malgré les années, c’est un sentiment d’injustice et de tristesse qui domine..."

Christophe Mac Daniel : "c'était la télé des gens""

Ingénieur du son au studio de musique Ricordu, Christophe Mac Daniel a commencé à travailler pour la télévision en effectuant des piges à FR3. Lui aussi à participé au début de l'aventure de FR3 Corse et du Corsica Sera, dont il a notamment composé la musique du premier générique.

"À l'époque, on partait en reportage. On tournait avec Francis Rombaldi, Serge Delacroix,. Il y avait deux autres ingénieurs du son : Gérard Sorbara et Christian Finocchi. On enregistrait sur des magnétophones. On faisait un clap. On coupait les bandes. Il y avait une cellule de montage et on montait l’image et le son. Pour le Corsica Sera, on partait dans les villages avec parfois un banc de montage et de mixage. Nous étions reçus à bras ouverts. C’était la télé qui arrivait et c'était surtout la télé des gens. Ils se voyaient. Souvent, les reportages se décidaient au bar du village. On montait et on mixait les sujets sur place. Ensuite, un assistant était chargé d'amener la cassette avec le reportage à Ajaccio ou à Bastia. Il partait en moto ou en voiture jusqu’à la station. 

L’information qui m’a marqué reste le 5 mai 1992. J’étais en reportage à Furiani ce jour-là. Avec Patrick Vela, nous avions posé notre pied dans la partie de la tribune qui s’est effondrée. Nous étions descendus faire l’interview sur le terrain de Pascal Olmeta et on a entendu le bruit... J’avais des parents dessus. C’était compliqué. J’avoue que j’ai laissé mon matériel et je suis allé porter des blessés et chercher mes parents."

Pierre-Jean Luccioni : "ici Monsieur, on parle français"

Anzianu ghjurnalistu è capiriddatori aghjuntu à France 3 Corse, Pierre-Jean Luccioni faci parti di i primi ch’ani parlatu corsu à a televisiò.

"Ùn era micca cum’è oghje : u corsu, u parlavamu naturalamente. In paese, si parlava corsu. Allora, emu cumenciatu à fà qualchì affarucciu in corsu. Ùn ci vole micca pensà chi tutti i ghjorni si parlava corsu à a televisiò. C’era ogni tantu un travagliu in lingua corsa. Dopu, emu fattu più tardi u ghjurnale ma à u principiu, c’era pocu affare in corsu. 

Quand’emu cumenciatu à FR3, eramu dece ghjurnalisti. C’eranu trè squadre di reportage in Aiacciu è trè in Bastia. Chì parlavamu u corsu à u principiu, eramu trè o quattru. Ma in più, quand'è vo parlavate corsu, a sera, a ghjente vi chjamavanu pè divvi : “ùn capimu micca, parlate francese !” A ghjente ùn eranu micca cuntenti. Certi dicianu ch’elli ùn cappianu micca. M’hè accadutu parechje volte di ghjunghje in certi paesi induve i merri mi dicianu "ici monsieur, on parle français". 

Ma emu cuntinuatu à parlà è à fà sughjetti in corsu. C’era u povaru Jean-Marc Leccia (smaritu in u 2000) ch’era u redacteur en chef. Aghju dettu, o Jean-Marc, “ci vole à cuntinuà !” Sampiero Sanguinetti dinò ci forzava à parlà corsu. Pianu pianu emu cuntinuatu è, à forza, sò venute l’abbitudine. Un hè micca stata una voluntà. L’emu fatta cusì. Ci n'infuttavamu di e critiche."

Pierre Leca : "la langue, c'était normal et naturel"

Ancien rédacteur en chef adjoint, Pierre Leca a contribué à développer la lague corse à l'antenne, notamment en créant l'émission "Par un dettu". 

"L'évolution de la langue corse sur la chaîne n'a pas été facile mais n'a pas été non plus difficile. C'était normal et naturel. C'était quelque chose de nouveau dans un média nouveau. Il était normal que cela rencontre quelques problèmes. Mais ceux qui étaient là, c'est-à-dire nous, et si cela avait été vous, vous auriez fait ce que nous avons fait : trouver la solution pour faire en quelque sorte avancer la chose. Nous n'étions pas spécialement confrontés à des problèmes mais plutôt à la nécessité de travailler en essayant avec les forces des uns, les faiblesses des autres, les différences entre nous de trouver les moyens et de faire en sorte que le téléspectateur y trouve son compte. C'était l'essentiel." 

René Siacci : "le lancement du Meziornu..."

Ancien journaliste à RCI, Kyrn, au Provençal-Corse puis à RCFM, René Siacci a également été le directeur territorial de France 3 Corse.

"Mon plus beau souvenir, ça a été le lancement de la première émission du Meziornu. En fait, on avait l'avait "arrachée" de façon improbable. Le jour où elle a démarré, le 15 janvier 1996, je l'ai fait sans l'autorisation de Paris qui nous demandait de gagner trois mois. Et quand le président (de France Télévisions, ndlr) m'a appelé pour me dire "mais vous vous rendez compte que vous avez outrepassé les règles budgétaires ?!"

Je lui ai répondu : vous savez, le 15 janvier, c'est mon anniversaire et en fait, ils ont voulu me faire cette surprise-là. Finalement, cette espèce de réponse un peu absurde a suffi à faire passer la pilule. Il faut dire qu'à l'époque, cette émission dirigée par Daniel Parigi (décédé en 1999), où il y avait quelques participants, coûtait 1.700.000 francs pour un an. C'était le prix d'une seule émission de soirée sur une chaîne nationale. Les enjeux n'étaient donc pas énormes."

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